Les requins-baleines cicatrisent à une vitesse "extraordinaire"

Les requins-baleines font preuve d'une remarquable capacité à se remettre de leurs blessures, d'après une étude parue en février 2021 dans la revue Conservation Physiology.

Le requin-baleine (Rhincodon typus).Le requin-baleine (Rhincodon typus). © Whale shark Georgia aquarium / Wikipedia-CC BY-SA 2.5

Pour la première fois, des chercheurs ont mesuré la rapidité à laquelle les requins-baleines, classés "en danger" sur la liste rouge de l'UICN, peuvent se remettre de leurs blessures.

En raison des collisions avec les bateaux et leurs hélices, les plus grands poissons du monde – ils peuvent atteindre 18 mètres – souffrent souvent de lacérations, d'amputations… Les conclusions des scientifiques, parues courant février dans la revue Conservation Physyiology, font état d'une vitesse de guérison "extraordinaire".

L'auteure principale, Freya Womersley, en doctorat à l'université britannique de Southampton, a eu l'idée d'éplucher les photos compilées dans des bases d'observation des requins-baleines des régions entourant le golfe de Tadjourah (Djibouti) et l'atoll de South Ari (Maldives).

Là-bas, des enquêtes annuelles de photo-identification ont été menées par la Marine Conservation Society Seychelles (MCSS) et par le Maldives Whale Shark Research Programme (MWSRP).

Cicatrisation du requin-baleine.Exemple de cicatrisation 16 jours (B) après que la blessure a été initialement repérée (A) en décembre 2016. © Conservation Physiology.

L'équipe de Freya a donc examiné des clichés pris dans ces deux sites de l'océan Indien où les requins se rassemblent fréquemment, et a utilisé des marquages pour uniformiser les images entre elles, précise un communiqué.

Cette méthode lui a permis de comparer des photographies prises sans équipement spécialisé au fil du temps et a augmenté la quantité de données disponibles pour évaluer et suivre l'évolution de ces blessures externes.

Des nageoires qui repoussent

Il est apparu que les plaies pouvaient se refermer en quelques semaines. Mieux, les scientifiques se sont aperçus que dans certains cas, des nageoires dorsales partiellement arrachées avaient fini par repousser, un phénomène jamais observé jusqu'alors.

Autant de résultats encourageants pour la conservation du requin-baleine et des chondrichtyens en général (requins, raies…).

Repousse d'aileron de requin-baleine.En 2006 (A,C), l'individu est repéré avec l'extrémité de la première nageoire dorsale manquante. Environ 5 ans plus tard, en 2011 (B,D), les tissus semblent s'être régénérés pour remplir la zone précédemment sectionnée et réformer la forme incurvée naturelle de la première nageoire dorsale. © Conservation Physiology.

Néanmoins, conclut l'étude, les effets à long terme des traumatismes sur l'état général des requins-baleines restent indéterminés : dommages internes, capacité de nage réduite... Aussi, il y a fort à parier que ces gros poissons dépensent beaucoup d'énergie à guérir, au lieu de croître ou de se nourrir.

"Les requins-baleines ont connu un déclin de leur population à l'échelle mondiale en raison de diverses menaces résultant de l'activité humaine, renchérit Freya Womersley. Il est donc impératif que nous minimisions les impacts humains et que nous protégions l'espèce là où elle est la plus vulnérable, en particulier là où les interactions avec l'homme sont importantes."

Léia SANTACROCE - © GEO

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