L’océan se mélange beaucoup moins que prévu !

Les travaux de chercheurs français, et notamment brestois, viennent de mettre en évidence les conséquences du changement climatique et des activités de l’homme sur l’océan et la vie marine. Ainsi que la capacité future de l’océan à jouer son rôle de thermostat global.

Photographie prise du Marion Dufresne fin janvier 2021 lors de la récente campagne Swings.

Photographie prise du «Marion Dufresne» fin janvier 2021 lors de la récente campagne Swings. © Stéphane BLAIN / CNRS

Des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), de Sorbonne Université et de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), viennent de mettre en évidence les conséquences du changement climatique et des activités de l’homme (dits «anthropiques») sur l’océan et la vie marine, ainsi que la capacité future de l’océan à jouer son rôle de thermostat global.

Dans la revue «Nature»

D’une importance capitale, ces travaux ont été publiés, mercredi 24 mars 2021, dans la revue de référence Nature, détaillés par l’article «Summertime increases in upper ocean stratification and mixed layer depth».

Ils sont le résultat d’une collaboration internationale, réunissant les scientifiques de deux laboratoires français : d’une part, le Laboratoire d’océanographie et du climat (Locean)/expérimentations et approches numériques, unité mixte de recherche réunissant CNRS, Institut de recherche pour le développement (IRD), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et Sorbonne Université.

Et, d’autre part, le Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (Lops), unité mixte de recherche regroupant CNRS, Ifremer, IRD et Université de Bretagne occidentale (UBO).

La nature dynamique de l’océan

Rappelons que l’océan «est de nature dynamique, ce qui lui confère un rôle fondamental de thermostat planétaire atténuant le réchauffement climatique».

Or, comme l’explique la publication, «en réponse au changement climatique, l’océan tend à se stabiliser de plus en plus depuis 50 ans, à un rythme six fois supérieur aux estimations passées.»

Comme de l’eau sur de l’huile

La raison de cette tendance ? «Le réchauffement des eaux, la fonte des glaciers et le dérèglement des précipitations forment une couche à la surface de l’océan qui se découple des profondeurs : comme de l’eau sur de l’huile, cette séparation limite le mélange océanique et rend l’atténuation du changement climatique par l’océan plus difficile.»

Par ailleurs,  le changement du climat entraîne une intensification des vents qui a épaissi la couche de surface de l’océan de 5 à 10 m par décennie depuis 50 ans, rendant plus ardu l’accès vital à la lumière pour la majorité de la biodiversité marine vivant dans cette couche».

Sur ce schéma idéalisé de l’océan mondial, on observe la nouvelle barrière entre océan de surface et océan profond, du fait du changement climatique.

Sur ce schéma idéalisé de l’océan mondial, on observe la nouvelle barrière entre océan de surface et océan profond, du fait du changement climatique. Or, cette barrière est de plus en plus difficile à franchir. | Jean-Baptiste SALLÉE/LOCEAN (CNRS/MNHN/IRD/SORBONNE UNIVERSITÉ)

Pour illustrer son propos, Jean-Baptiste Sallée présente un schéma idéalisé (et édifiant) de la structure verticale de l’océan mondial.

«Mélangée par les vents, la couche de surface absorbe de la chaleur atmosphérique qui augmente en réponse au changement climatique.»

Or, pour que l’océan joue un rôle d’atténuation du changement climatique, il faut que cette chaleur soit transmise dans l’océan profond, loin de l’atmosphère.

Seulement, «l’océan se stabilise depuis 50 ans, avec une barrière entre océan de surface et océan profond de plus en plus difficile à franchir. En parallèle, l’intensification des vents approfondit la couche de surface.»

© Ouest-France

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