Un précieux trésor pour le corail

Non, les poissons mangeurs de corail ne sont pas de terribles prédateurs qui affaiblissent les structures des récifs. En leur faisant, disons-le, caca dessus, ils leur fournissent de précieuses algues essentielles à leur survie.

Même les poissons qui mangent le corail, comme ce poisson-papillon, ont un rôle dans la survie du récif.

Même les poissons qui mangent le corail, comme ce poisson-papillon, ont un rôle dans la survie du récif. © Gilles SIU

Un aspect inattendu de la symbiose sous-marine récemment découvert par des chercheurs de l'université Rice, au Texas, dont les résultats ont été publiés dans la revue Animal Microbiome.

Lors d'une expédition menée ces derniers mois autour de Moorea, en Polynésie française, ils ont suivi des poissons qui se nourrissaient de différentes quantités de corail et d'algues. À l'instar des abeilles pollinisatrices qui visitent de nombreuses fleurs à chaque virée, les poiscailles sillonnent constamment les récifs et interagissent avec eux.

Des excréments pleins de micro-algues

"La plupart d'entre eux prennent de petites bouchées de coraux adultes et ne tuent pas les colonies qu'ils grignotent", dit dans un communiqué Carsten Grupstra, doctorant à l'université Rice et auteur principal de l'étude. Il a noté minutieusement tout ce que les poissons avalaient et où et à quelle fréquence ils déféquaient, avant d'examiner au microscope des échantillons de crottes.

Le sous-titrage en français est accessible dans les paramètres de la vidéo.

Surprise, les excréments étaient bourrés de micro-algues vivantes. Par exemple, il a estimé avec son équipe que les poissons-papillons Chaetodon ornatissimus et Chaetodon reticulatus, deux amateurs de corail, pouvaient répandre chacun quelque 100 millions de micro-organismes par jour sur une zone d'une taille équivalente à six places de parking.

En échange d'une vie à l'abri, ces toutes petites algues symbiotiques nourrissent leurs hôtes en partageant avec eux la nourriture qu'elles "photosynthétisent". Le corail, cet animal, ne pourrait pas vivre sans elles. Quand elles disparaissent en raison d'une eau plus chaude ou plus acide, il blanchit, puis meurt.

Des pistes pour lutter contre le blanchissement des coraux ?

Le largage fécal des poissons pourrait expliquer comment les bébés coraux se fournissent en micro-algues, avancent les scientifiques. Ils prévoient de nouvelles expériences sur des individus juvéniles et adultes afin d'étudier comment ils absorbent ces organismes bénéfiques. Objectif, entre autres, trouver de nouvelles méthodes pour aider les récifs à se remettre des épisodes de blanchissement, de plus en plus fréquents en raison du dérèglement climatique.

Et puisque le caca marin a la cote, notons cette autre étude parue début février dans Coral Reefs. Des chercheurs, australiens ceux-là, ont révélé l'importance des crottes de concombres de mer pour la préservation des récifs dans le monde. Pas d'algues dans leurs déjections, mais des sédiments "frais" qui aèrent les fonds marins et favorisent la croissance des coraux.

Léia SANTACROCE - © GEO

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