Le requin-aigle, un planeur des mers qui se nourrissait de plancton

Des scientifiques ont mis au jour le fossile d'une nouvelle espèce disparue et «bizarre», baptisée requin-aigle, qui se nourrissait probablement de plancton avant d'être remplacée par les raies mantas, selon une récente étude.

Illustration montrant un requin-aigle (Aquilolamna milarcae) qui nage dans une eau peu profonde

Illustration montrant un requin-aigle (Aquilolamna milarcae) qui nage dans l'eau peu profonde de la mer. © Oscar SANISIDRO / CNRS

Le spécimen, Aquilolamna milarcae (requin-aigle), âgé de 93 millions d'années, a été découvert dans un gisement à conservation exceptionnelle du nord-est du Mexique, explique à l'AFP Romain Vullo, principal auteur de l'étude parue dans la revue Science (en anglais).

Long de 1,60 mètre, il a une particularité remarquable : des fines nageoires pectorales qui s'étendent de chaque côté de son corps fuselé, pour une envergure de 1,90 mètre. Ce qui en faisait, avec une nageoire caudale élancée, un animal qui se déplace lentement.

«On peut le comparer par analogie avec un planeur […], pas du tout adapté à une nage rapide pour poursuivre des proies», selon le chercheur du CNRS à Géosciences Rennes, de l'université éponyme.

«Si l'on y ajoute une large tête courte, et plus aucune dent dans la mâchoire du spécimen retrouvé, laissant penser qu'elles étaient de très petite taille, on aboutit à une combinaison de caractères faisant penser qu'il s'agit plus d'un mangeur de plancton que d'un prédateur».

«À cette époque du Crétacé, on ne connaît comme seul amateur de ces organismes végétaux ou animaux de taille minuscule que les Pachycormidae, de gros poissons osseux, alors que le requin-aigle a un squelette cartilagineux comme tous les requins modernes».

Les deux groupes ont disparu avec la grande extinction des espèces marquant la fin du Crétacé, il y a 66 millions d'années, quand une gigantesque météorite frappant la Terre a bouleversé les écosystèmes et raréfié notamment la source de plancton dans les océans.

«Les Pachycormidae ont été remplacés par de gros requins planctophages, comme l'actuel requin-baleine. Les requins-aigle ont été peu à peu remplacés par les raies mantas et raies diables, qui se développent au début de l'ère tertiaire», explique M. Vullo.

Le chercheur espère que de futures fouilles permettront de faire le lien entre Aquilolamna et des dents isolées, qui pourraient lui correspondre, trouvées dans des gisements du même âge. Elles appartiendraient à un mangeur de plancton assez énigmatique, qui pourrait être justement le requin-aigle.

Le requin-aigle a été trouvé en 2012, dans une carrière qui, à l'époque où il planait entre deux eaux, se trouvait bien au large du continent, avec une profondeur de plusieurs centaines de mètres.

Ce gisement, proche de la frontière avec le Texas, a préservé tout un écosystème océanique, c'est-à-dire de haute mer, avec des requins océaniques préservés, des poissons, des reptiles marins, des ammonites, selon M. Vullo.

Et c'est par le hasard d'une rencontre avec un spécialiste des ammonites – une sorte de mollusque – que le spécimen de requin-aigle est sorti de l'anonymat.

Romain Vullo a rencontré le Pr Wolfgang Stinnesbeck, de l'Université allemande d'Heidelberg, lors d'un congrès au Chili qui n'avait rien à voir avec la paléontologie des vertébrés, et encore moins des requins.

Le futur co-auteur de l'étude a montré dans sa présentation une image de ce requin à l'allure bizarre, découvert cinq ans plus tôt, pour illustrer la richesse du site mexicain de Vallecillo.

Ils se sont retrouvés sur place un an plus tard pour étudier le requin-aigle, premier spécimen de son espèce à revoir le jour. Un animal décidément bizarre, comme l'indique leur étude dans son introduction.

© AFP

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