Autopsies : des niveaux élevés de PCB détectés

Plus de trente ans après leur interdiction, les perturbateurs endocriniens de la famille des PCB sont toujours présents dans les chairs des mammifères marins.

Une orque échouée en Norvège.

Une orque échouée en Norvège. © Norwegian Orca Survey

Les autopsies de sept orques échouées en Norvège, dont un bébé, ont révélé des niveaux élevés de polychlorobiphényles (PCB) dans leurs tissus. Ces produits chimiques nocifs sont pourtant interdits depuis plusieurs décennies. Les détails de ces travaux sont publiés dans la revue Environmental Toxicology and Chemistry.

Il y a quelques semaines, une équipe du Norwegian Orca Survey a réalisé un examen nécropsique sur huit orques. Toutes sont décédées après s’être échouées sur le rivage ou avoir été prises dans des filets. L’objectif était d’en apprendre davantage sur la santé de ces prédatrices dans les eaux norvégiennes.

Des niveaux élevés de polluants industriels

Au cours de ces examens, les chercheurs ont analysé des échantillons de graisse, de muscles et d’organes. Ils ont ensuite réalisé des examens histologiques (tissus) pour détecter la présence ou non de produits chimiques fabriqués par l’Homme.

Résultat : sur les huit orques passées sur le billard, sept présentaient encore des niveaux de polychlorobiphényles (PCB). Ces derniers étaient suffisamment élevés pour causer des problèmes de santé chez les animaux. En Norvège comme en France, ces produits ont pourtant été interdits depuis plusieurs décennies.

En outre, les chercheurs ont également souligné de faibles niveaux de retardateurs pentabromotoluène (PBT) et d’hexabromobenzène (HBB) – des nouveaux produits chimiques encore non réglementés – dans la graisse des huit orques.

Ces produits chimiques ont été créés pour remplacer les BPC. On les retrouve aujourd’hui dans de nombreux produits comprenant les cosmétiques, les textiles, le cuir, le papier, ou encore les agents extincteurs à base de mousse. Si l’on ignore encore leurs effets sur l’organisme de ces animaux, l’étude souligne que «ces produits chimiques de remplacement ont les mêmes propriétés daccumulation dans les tissus des épaulards».

Transfert maternel

Plus inquiétant encore, parmi ces orques figurait un très jeune spécimen âgé de seulement dix jours. «Cest peut-être la découverte la plus frappante : l’épaulard nouveau-né était aussi pollué que les adultes», souligne en effet Eve Jourdain, fondatrice de la Norwegian Orca Survey. «Cela signifie que ces polluants sont également transmis de la mère au petit (transfert maternel à travers le placenta et le lait)».

Le corps de la jeune orque autopsiée.

Le corps de la jeune orque autopsiée. © Norwegian Orca Survey

Enfin, les chercheurs ont également examiné les niveaux de mercure et des substances dites “perfluoroalkylées” (PFAS), au processus de dégradation très lent. On utilise aujourd’hui ces produits dans un large éventail de secteurs industriels (textile, produits ménagers, automobile, transformation des aliments, construction, électronique).

Bien que toujours préoccupants, les niveaux de PFAS et de mercure étaient en revanche plus faibles chez la petite orque, «suggérant un transfert maternel moins efficace de ces substances», notent les chercheurs.

Rappelons que ce n’est pas la première fois que des niveaux élevés de PCB sont isolés chez les orques. En 2016, l’autopsie d’un spécimen adulte, dont le corps avait été découvert sur une île au large des côtes écossaises, avait révélé des concentrations de PCB cent fois plus élevées que la normale.

Les scientifiques ignorent encore précisément à quel point ces produits chimiques sont nocifs pour les orques. Cependant, des études ont déjà lié ces contaminants avec une altération du système immunitaire et reproducteur des cétacés.

Brice LOUVET - © SciencePost

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