L'Océan à la bouche

La mystérieuse maladie de peau des requins pointe blanche

En Malaisie, des lésions cutanées récemment observées sur certains requins pourraient être causées par la hausse de la température des océans.

Un requin pointe blanche atteint d’une maladie de peau

Un requin pointe blanche atteint d’une maladie de peau. © Jason ISLEY

Et si c’était une nouvelle conséquence du réchauffement climatique? Des biologistes marins enquêtent sur une mystérieuse maladie de la peau qui touche les requins pointe blanche en Malaisie. Et les premiers rapports suggèrent que la hausse des températures de la mer pourrait en être la cause.

À l’origine de ces inquiétantes observations, Jason Isley. Ce plongeur a réalisé des photographies le 9 avril près de l’île de Sipadan en Malaisie, montrant de graves lésions sur la tête de plusieurs individus. Il a ensuite partagé sa découverte sur son compte Facebook.

“Les requins pointe blanche à Sipadan sont dans une mauvaise passe, ils ont tous eu ces taches blanches folles (peut-être un champignon?) sur le dessus de leur tête l’année dernière année et maintenant il semble que cela mange leur chair. Celui-ci était à Barracuda Point aujourd’hui et semblait certainement dans une situation inconfortable, quelqu’un sait-il exactement ce que c’est et ce que l’on peut faire, le cas échéant ?”

Peu après, une équipe d’experts de l’université de l’État, du gouvernement et de groupes de protection de la nature ont décidé de replonger près de l’île de Sipadan. Cette destination de plongée est devenue très populaire notamment après le documentaire du commandant Cousteau réalisé en 1989 et dans lequel il montre un étonnant cimetière à tortues au fond de l’océan.

Les scientifiques ont observé les mêmes lésions que celles photographiées par Jason Isley dans chaque groupe de requins qu’ils rencontraient. Ces requins, qui doivent leur nom à l’extrémité blanche de leurs nageoires, se reposent généralement en bancs autour des récifs pendant la journée et deviennent actifs la nuit pour chasser les petits poissons et autres animaux.

Une hausse de la température de l’eau constatée

Pour tenter d’expliquer la cause de la maladie, l’équipe a constaté que la température de la surface de la mer à Sipadan avait atteint 29,5 degrés Celsius en mai, soit un degré de plus qu’en 1985.

De graves lésions touchent les requins pointe blanche

De graves lésions touchent les requins pointe blanche. © Jason ISLEY

“Nous pouvons presque certainement attribuer au réchauffement des océans un rôle dans ce que nous observons avec les requins malades de Sipadan”, a déclaré à l’agence Reuters Davies Austin Spiji, biologiste marin principal du groupe de conservation à but non lucratif Reef Guardian.

Le biologiste a exclu les facteurs humains, car Sipadan est une zone marine protégée où la pêche est strictement interdite, et il n’y a pas d’établissements ou d’industries à proximité.

Les observations signalées coïncident avec les rapports sur le blanchiment des coraux dans la région, selon Mohamed Shariff Mohamed Din, professeur en études vétérinaires aquatiques à l’Universiti Putra Malaysia.

“Nous ne pouvons pas ignorer que des choses se passent là-bas. Des changements se produisent en raison de l’augmentation des températures”, a ajouté Mohamed Shariff. Une étude scientifique complète doit cependant encore être réalisée.

En mai, l’équipe de recherche a tenté, mais sans succès, de capturer certains des requins afin d’obtenir des échantillons à tester, a déclaré à Reuters un maître de conférences de l’Institut de recherche marine de Bornéo de l’Universiti Malaysia Sabah. L’équipe prévoit de faire une nouvelle tentative en juillet.

Requin pointe blanche dans le récif

Requin pointe blanche dans le récif. © Jason ISLEY

Les requins pointe blanche sont classés comme étant une espèce “vulnérable” sur la liste de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Leur population est en forte baisse.

En 2010, une étude a démontré que le nombre de requins observés par plongée dans l’archipel des Chagos (océan Indien) est passé d’une moyenne de 4,2 en 1970 à 0,4 en 2006, ce qui représente une baisse de plus de 90 % sur 36 ans.

© Huffpost

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