L'Océan à la bouche

Pourquoi faudrait-il protéger 45 % des océans

À quelques mois du congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), plusieurs scientifiques ont fait le point sur les avancées concernant la protection des océans. L’objectif, généralement admis, de 30 % d’aires marines protégées leur paraît insuffisant.

L’objectif, généralement admis, de 30 % d’aires marines protégées paraît insuffisant

L’objectif, généralement admis, de 30 % d’aires marines protégées paraît insuffisant. © IFRECOR

À l’initiative de la fondation Pew-Bertarelli et de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une table ronde réunissait, mardi 22 juin, des spécialistes de la protection des océans de plusieurs organisations. Enric Sala, explorateur en résidence du National Geographic, y a présenté les résultats d’une étude qu’il a publiée en mars dans la revue Nature.

Pourquoi créer des aires marines protégées ?

Trois mots : urgence, efficacité, rentabilité. «82 % des stocks de poissons sont surexploités», attaque Enric Sala, ancien professeur à luniversité de San Diego (Californie) devenu écologiste à plein temps. Explorateur en résidence au National Geographic, il est à l’origine du projet Pristine Seas qui a abouti à la protection de 6,5 millions de kilomètres carrés d’océan.

«Il faut aller plus loin, explique-t-il à ses interlocuteurs. Car ni la gestion de la pêche ni les protections partielles ne fonctionnent». Alors que dix années de protection forte suffisent à rétablir une abondante biodiversité, des revenus issus du tourisme et une pêche productive dans les alentours.

Quelle proportion de la surface des océans faut-il protéger ?

C’est la question à laquelle tente de répondre l’étude publiée dans la revue scientifique Nature en mars. «En regardant l’effet d’une protection marine forte sur des paramètres comme la biodiversité, le bénéfice socio-économique ou le changement climatique, on parvient à une moyenne est 37 % d’océan à préserver», affirme larticle. Soit bien plus que les 3 % actuels ou que l’objectif français de 10 %.

Mais cela ne suffit pas, ajoute l’auteur. «Si l’on veut obtenir le bénéfice maximal, notamment en ce qui concerne la capacité des sédiments marins à piéger le carbone, il faut optimiser les trois bénéfices en protégeant près de 45 % de nos océans».

Où placer les réserves marines ?

Cartes à l’appui, l’étude de Nature, estime que des réserves bien placées, «et non majoritairement en haute mer comme actuellement», permettraient de générer un supplément de production halieutique de près de 10 millions de tonnes au niveau mondial.

Bien placées, c’est-à-dire essentiellement à proximité des continents, dans les zones économiques exclusives des États où leurs effets peuvent se cumuler vertueusement.

Combien coûte la protection de l’océan ?

«Pour parvenir à 30 % de protection forte, il faudra investir, globalement, environ 15 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros)», estime Enric Sala qui rappelle que chaque dollar placé dans la protection de locéan en rapporte entre 3 et 10».

Ainsi, protéger correctement les océans pourrait rapporter près de 75 milliards de dollars (62 milliards d’euros), au plus près des réserves et au bénéfice des populations voisines. Mais cela ne fonctionnera, conclut le scientifique, que si l’on abandonne l’illusion que l’on peut protéger des zones en y conservant de la pêche.

Stéphane GALLOIS - © Ouest-France

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