L'Océan à la bouche

La vie sociale complexe des orques

Comme la plupart des cétacés, l'orque est une espèce très sociale qui évolue en groupe au sein duquel les congénères entretiennent d'étroites relations. Une étude publiée ce mois-ci dans la revue Proceedings of the Royal Society B vient une nouvelle fois le confirmer.

Un groupe d’orques

Un groupe d’orques. © Shutterstock

Ces travaux se sont intéressés aux interactions entre les différents membres d'un pod d'orques résidentes du Sud, l'une des communautés qui évoluent dans le Pacifique au nord-ouest de l'Amérique du Nord. Pour ce faire, les chercheurs ont cette fois-ci fait appel à des outils innovants : des drones.

Des interactions ni aléatoires, ni interchangeables

"Jusqu'ici, les recherches sur les réseaux sociaux des orques se faisaient en observant les cétacés lorsqu'ils font surface, et en enregistrant lesquels sont ensemble", a expliqué dans un communiqué, le Dr. Michael Weiss de la University of Exeter et premier auteur de l'étude.

En utilisant des drones, les scientifiques sont parvenus à étudier plus en détails les contacts entre les différents individus d'un groupe. Au total, quelque 650 minutes de vidéos ont pu être collectées sur une période de dix jours.

Grâce aux drones, quelque 650 minutes de vidéos ont pu être collectées sur une période de dix jours

Grâce aux drones, quelque 650 minutes de vidéos ont pu être collectées sur une période de dix jours. © University of Exeter/Center for Whale Research

Et ces images ont montré que les interactions sont loin d'être aléatoires ou interchangeables.

L'étude a révélé que les orques passent davantage de temps avec certains individus de leur pod et qu'elles ont tendance à favoriser ceux de même sexe et d'âge similaire. "C'est comme quand votre mère vous emmène enfant à une fête", a illustré le Dr. Weiss.

"Vous n'avez pas choisi la fête mais vous pouvez encore choisir qui vous allez fréquenter une fois que vous y êtes", a-t-il continué. Les orques résidentes du Sud ont en effet tendance à rester dans les groupes sociaux dans lesquels elles sont nées.

Un rôle central pour les jeunes et les femelles

Plus particulièrement, l'analyse des contacts physiques entre les cétacés a suggéré que les jeunes et les femelles jouent un rôle social central au sein de leur groupe, en interagissant davantage avec d'autres. En revanche, plus les orques vieillissent, moins elles semblent conserver cette place centrale.

"Nous avons été surpris de voir le nombre de contacts qu'il y avait entre les baleines - à quel point elles étaient tactiles", a précisé le professeur Darren Croft, de la University of Exeter et co-auteur du rapport. Une tendance qui n'est pas sans rappeler celle observée chez d'autres espèces sociales y compris les humains.

Les orques se sont révélées bien plus tactiles que les chercheurs ne le soupçonnaient

Les orques se sont révélées bien plus tactiles que les chercheurs ne le soupçonnaient. © University of Exeter/Center for Whale Research

"Chez de nombreuses espèces, dont les humains, le contact physique tend à être une activité apaisante et déstressante qui renforce la connexion sociale", a-t-il rappelé, évoquant "des parallèles fascinants" entre le comportement des baleines et ceux d'autres mammifères.

Un éclairage inédit

Les précédentes études avaient déjà démontré que les pods comprennent plusieurs générations d'orques apparentées et affichent une hiérarchie bien établie. Elles ont aussi révélé que cette structure sociale est particulièrement stable. Il s'agirait même de l'une des plus stables observées dans le règne animal.

Ces nouvelles recherches apportent toutefois un éclairage inédit sur les "amitiés" qui se nouent entre les individus d'un même groupe et les réseaux complexes qu'ils tissent. Et elles sont loin d'être terminées comme l'a confirmé le Pr. Croft "impatient de voir les prochaines étapes de cette étude".

"Grâce aux drones, nous avons pu plonger comme jamais dans la vie sociale de ces animaux", a-t-il conclu.

Émeline FÉRARD - © GEO

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