L'Océan à la bouche

La mangrove, un écosystème en danger !

Dans une étude publiée dans la revue Nature communications une équipe de chercheurs, en partenariat avec l'université international de Floride et la Nasa, se sont penchés sur le dépérissement de cet écosystème stupéfiant.

Mangrove de GuadeloupeMangrove de Guadeloupe. © Rosine MAZIN / AURIMAGES / AFP

"La mangrove est une forêt qui se développe dans les zones côtières des régions tropicales et subtropicales", décrit à l'AFP François Fromard, directeur de recherche au CNRS. Jouant un rôle de tampon entre écosystème marin et terrestre, sa survie dépend de sa capacité à convertir efficacement l'eau salée en eau douce.

Dans une étude publiée dans la revue Nature communications une équipe de chercheurs, en partenariat avec l'université international de Floride et la Nasa, se sont penchés sur le dépérissement de cet écosystème stupéfiant.

La mangrove, un puits de carbone phénoménal 

Les mangroves sont composées en grande partie d'arbres aux longues racines et au bois dense à croissance rapide, appelés palétuviers. Ce sont ces caractéristiques qui en font des puits de carbone (CO₂) spectaculaires.

En effet, leur stockage de carbone est trois à cinq fois supérieur à celui des autres forêts.

Le biochimiste australien Daniel M Alongi, dans son livre Carbon sequestration in mangrove forests, publié en 2012 dans la maison d'édition internationale Taylor & Francis, explique que chaque année les mangroves absorbent 13,5 gigatonnes (Gt) de CO₂, soit 14% de la séquestration océanique.

Les palétuviers sont à l’origine d’une forte production de litière (feuilles, branches et troncs morts) dont une partie est enfouie par la sédimentation ou par les crabes. Le carbone piégé dans les sédiments océaniques peut être stocké pendant plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires, selon Justine Delangue, chargée de mission pour l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Certaines mangroves d’Indonésie, par exemple, stockent plus de 1.000 tonnes (t) de carbone par hectare dans leur sol, d'après une étude publiée en 2011 dans Nature.

Cependant, les mangroves sont en danger, leur superficie diminue d’environ 1% par an. En moins de 50 ans, c'est près de 25% des mangroves qui ont été détruites.

Pour cette raison, des chercheurs du département des études côtières de l'Université de Caroline de l'Est se sont penchés sur leur capacité de résilience face à des ouragans comme Irma (en 2017, il avait causé 136 morts et plus de 1.000 blessés).

Les mangroves permettent également de réduire considérablement l'impact des vents d'ouragans et jouent un rôle de barrière contre les tempêtes (atténuant les effets des vagues et du vent et stabilisant les sédiments).

Rien qu'aux États-Unis, les mangroves permettent d'éviter 11,3 milliards de dollars de dommages matériels et 14.200 km2 d'inondations chaque année, les avantages les plus importants en matière de protection contre les inondations se produisant pendant les cyclones, selon le professeur assistant David Lagomasino, auteur principal de l'étude.

Cependant, parfois les tempêtes sont plus fortes que les mangroves. À l'aide de lidar aéroporté - permettant de déterminer la distance d'un objet - et d'images satellites recueillies avant et après l'ouragan Irma, les chercheurs à l'origine de l'étude ont estimé que 62% des mangroves du sud-ouest de la Floride ont subi des dommages à la canopée (sommet des arbres), les impacts les plus importants se situant dans les forêts hautes (plus de 10 mètres de haut).

Dans les sites bien drainés, 83% des mangroves ont repoussé de nouvelles feuilles dans l'année qui a suivi la tempête. En revanche, les sites mal drainés de l'intérieur des terres ont subi les plus grands délabrements de mangroves jamais enregistrés, sur 10.760 hectares - soit l'équivalent de plus de 24.000 terrains de football.

Capacité de résilience limitée : ondes des tempêtes et élévation du paysage

L'aptitude des mangroves à résister aux conditions difficiles des cyclones dépend de la forme de leur relief et de la capacité de résilience des plantes qui les composent. Une mangrove qui dépérit, c'est également un risque de pénurie alimentaire pour les populations qui en dépendent.

En effet, les mangroves sont un grand réservoir de biodiversité animale : poissons, mollusques, crustacés, oiseaux et mammifères. Elles servent de nurserie et de refuge pour beaucoup d'espèces, elles-mêmes faisant ainsi office de ressources alimentaires pour les peuples qui vivent à proximité.

Aux dégâts d'origine climatique, s'ajoute ceux générés par l'empreinte anthropique (humaine). "Les obstacles d'origine humaine, ainsi que les changements naturels de la topographie, peuvent avoir un impact sur l'écoulement de l'eau dans une région", stipule le premier auteur de l'étude.

Il ajoute que "ces résultats ne sont pas seulement essentiels pour la planification des tempêtes en Floride, mais aussi dans d'autres États côtiers comme la Caroline du Nord".

L'élévation du paysage, la connectivité de l'eau à travers le paysage et la hauteur de l'onde de tempête (vagues très élevées et des niveaux d'eau élevés) sont des indicateurs de vulnérabilité.

De fait, "les zones de faible élévation qui sont déconnectées ou qui n'ont pas la capacité de se drainer après avoir été inondées sont plus susceptibles de subir des dommages à long terme", pointe l'étude.

Cette dernière suggère des changements afin d'améliorer la résilience des côtes lorsqu'elles sont confrontées à des événements météorologiques graves. Parmi ces mesures : il faudrait prendre en compte les ondes de tempête, identifier les processus physiques et biologiques dans les zones de basse altitude, ainsi que surveiller les bassins de drainage et améliorer la connectivité des eaux.

Ainsi, l'étude conclut que "ce qu'il faut retenir, c'est que les vents intenses font beaucoup de dégâts pendant les ouragans. Cependant, l'intensité des dégâts ne coïncide pas nécessairement avec la capacité du système à se rétablir au fil du temps.

D'autres facteurs, comme de légers changements dans l'élévation du paysage côtier et l'onde de tempête, jouent un rôle important dans la façon dont l'écosystème se rétablit ou non après les dégâts initiaux.

Avoir ces facteurs à l'esprit avant la saison des ouragans peut aider à réduire les impacts à long terme dans les communautés vulnérables." Prendre en compte ces facteurs serait donc une manière de prévenir la dégradation de cet écosystème indispensable rendant des services aussi bien écologiques, sanitaires, économiques que culturels.

Colombe HENRION - © Sciences et Avenir (abonnés)

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