Les remarquables rapports sociaux des bélugas

Les bélugas forment une société remarquablement complexe aux relations très diversifiées, à un tel point qu’on les considèrerait plus près des humains que les autres cétacés. Ce sont les conclusions que le chercheur Greg O’Corry-Crowe et son équipe ont publié dans Scientific Reports. Les auteurs y proposent un portrait étonnant de la vie sociale des bélugas.

Depuis le début des années 2000, les bélugas sont en déclin.Depuis le début des années 2000, les bélugas (Delphinapterus leucas) sont en déclin. © Shutterstock

Ils ont comparé les observations obtenues à partir d’études de terrain réalisées dans dix régions de l’Arctique, allant de l’Alaska au Canada et de la Russie à la Norvège. Les techniques de génétique moléculaire appliquées aux échantillons prélevés dans les différents groupes et troupeaux observés ont été utilisées pour élucider la nature et la fonction des liens sociaux chez les bélugas.

Selon l’étude, les bélugas se distinguent d’autres cétacés comme les épaulards ou les globicéphales chez lesquels les groupes sociaux sont centrés sur les liens maternels.

Les bélugas entretiennent des relations de compagnonnage avec des individus de plusieurs lignées maternelles différentes. Ce n’est pas tout, le rôle des pères pourrait aussi être plus important que ce que l’on a pu observer jusqu’ici.

Les rapports sociaux variés

Le béluga est un animal grégaire et un communicateur aguerri avec ses semblables. D’après Greg O’Corry-Crowe, chercheur principal de l’étude, les sons qu’ils émettent permettraient de rester en contact entre individus, même en étant éloignés à plusieurs kilomètres.

Les bélugas forment des groupes (quelques dizaines d’individus ou moins) et des troupeaux (allant jusqu’à 2000 individus) dont la composition est variable, mais se ressemble d’une population à l’autre. Ces groupes et troupeaux se forment et se défont selon les saisons et le contexte environnemental. Il s’agit du phénomène de fission-fusion.

Les soins allomaternels sont prodigués par les femelles autres que la mère du veauLes soins allomaternels sont prodigués par les femelles autres que la mère du veau. © GREMM

L’étude a mis également en lumière une foule d’interactions démontrant la richesse de leurs rapports sociaux. Les scientifiques ont noté au sein des groupes de femelles accompagnées de jeunes des gestes de prise en charge partagée des petits, ce qu’on appelle des comportements allomaternels. Ils ont aussi rapporté des rapports de jeu au sein des groupes rassemblant uniquement des juvéniles et des groupes d’âge mixte.

Certains mystères demeurent encore quant à la vaste gamme de leurs comportement sociaux.Certains mystères demeurent encore quant à la vaste gamme de leurs comportement sociaux. © GREMM

Les auteurs suggèrent que la diversité des relations filiales retrouvées dans les différents groupes sociaux de bélugas est liée à la complexité de leur société et à la diversité des mécanismes évolutifs qui la façonnent.

Plutôt que de former des groupes centrés sur des lignées maternelles au sein desquelles les «avantages» sont partagés entre les membres d’une même famille, les bélugas pourraient former des communautés dynamiques et multigénérationnelles au sein desquelles les «avantages du vivre ensemble» ne seraient pas seulement partagés entre les membres d’une même famille, mais entre les membres de toute la communauté.

Sur la base de cette observation, les auteurs suggèrent que l’organisation sociale des bélugas comporte des similitudes avec les sociétés humaines, dans lesquelles les réseaux sociaux ne sont pas limités aux familles.

S’adapter aux pressions de l’environnement

Ces nouvelles observations sur les comportements sociaux ouvrent la porte à d’autres études portant, entre autres, sur la résilience des bélugas et leur adaptation face à des menaces comme les changements climatiques. Notons que la variété extraordinaire des comportements sociaux adoptés par les bélugas pose encore de nombreux mystères quant à leur rôle dans leur évolution.

Les sons émis par les «canaris des mers» sont très variés et les placent dans une catégorie de cétacés particulièrement communicatifs.Les sons émis par les «canaris des mers» sont très variés et les placent dans une catégorie de cétacés particulièrement communicatifs. © GREMM

Les auteurs de l’étude pensent que leur travail sera utile pour mieux saisir les tendances plus sociables de certaines espèces. «Comment les individus apprennent-ils des autres?» et «comment les cultures animales émergent-elles?» sont des questions pour lesquelles il faudra encore plusieurs travaux de recherche avant d’obtenir des résultats plus précis.

Pour Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM «Cette étude offre un cadre théorique stimulant qui s’ajoute aux possibilités que nous pouvons envisager dans notre étude de l’organisation sociale des bélugas du Saint-Laurent».

Le rapport scientifique (en anglais)

Jasmine TREMBLAY-BOUCHARD - © Baleines en direct / GREMM (Groupe de Recherche et d’Éducation sur les Mammifères Marins)

À écouter :

L’étrange langage des bélugas

Filmés en live par une caméra immergée, les bélugas s’expriment en s’approchant de cet étrange instrument qui se trouve sur leur route de migration.

Lire aussi :

Des dauphins s’apprennent à chasser avec des outils

Des chercheurs ont étudié une population de dauphins évoluant en Australie occidentale et ont constaté que les cétacés sont capables de s'apprendre et de se transmettre des comportements. Pas seulement d'une mère à sa progéniture mais aussi entre congénères. Lire la suite…

Les vocalisations des narvals enregistrées pour la première fois

Alors que les sons de la baleine à bosse, de la baleine bleue ou même de l'orque sont bien connus, ceux du narval n'ont pas encore été étudiés. Cependant, il devient urgent de mieux comprendre comment ces cétacés communiquent pour déterminer comment le réchauffement climatique affecte ses comportements. Lire la suite…

Les dauphins aussi choisissent leurs amis

Nous, humains, avons plutôt tendance à nous lier d’amitié avec des personnes avec qui nous avons certains points ou intérêts communs. Selon une récente étude, cette caractéristique sociale semble se retrouver également chez les dauphins. Lire la suite…

Des bélugas adoptent un narval égaré (vidéo)

Un narval solitaire, nageant à des milliers de kilomètres de son habitat habituel dans l'océan Arctique, s'est trouvé une improbable famille d'adoption au sein d'un groupe de bélugas du fleuve Saint-Laurent au Canada. Voir la vidéo…

Un dauphin a appris le langage des marsouins

Kylie, un dauphin isolé de ses congénères, a appris le langage des marsouins à force de les fréquenter. C'est la première fois que ce phénomène est observé chez un dauphin. Lire la suite…

Ajouter un commentaire