L'Océan à la bouche

La France étend son territoire sous-marin de 151.000 km²

La France a étendu son territoire sous-marin de 151 000 km², soit environ un quart de l’Hexagone. Deux arrêtés en ce sens ont été publiés au Journal officiel, après l’aval d’une commission spécialisée des Nations Unies. Beaucoup d’enjeux entourent ces extensions.

L’île Saint-Paul.L’île Saint-Paul. © Marc LEBOUVIER / CNRS

Imaginez une immense étendue sous-marine, vaste comme un quart de la superficie de l’Hexagone, ou comme la moitié de l’Italie. Cela représente 151.323 km², et c’est la surface que vient de gagner le territoire sous-marin de la France.

Celui-ci s’est étendu au large des îles Saint-Paul et Amsterdam, situées dans l’océan Indien et qui font partie des Terres australes et antarctiques françaises, et de La Réunion.

Les îles Saint-Paul et Amsterdam et La Réunion.Les îles Saint-Paul et Amsterdam et La Réunion. © Ouest-France

Le gouvernement français vient d’entériner ces extensions, dans deux arrêtés publiés au Journal officiel à la fin du mois de janvier et repérés par le site web La 1ère.fr, et après avoir reçu l’aval d’une commission spécialisée de l’Organisation des Nations unies (Onu).

«Droit souverain»

Une précision: cet agrandissement concerne seulement les fonds marins et le sous-sol sous-marin, et pas l’océan en lui-même.

La France ne gagne donc pas, par exemple, de droits sur la pêche dans ces espaces. C’est ce que souligne, joint au téléphone, Walter Roest, géophysicien au laboratoire Aléas géologiques et dynamique sédimentaire de l’Ifremer, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

De 2003 à 2012, il a piloté Extraplac, le programme français d’extension du plateau continental, c’est-à-dire les fonds marins et le sous-sol au large d’un territoire terrestre donné qui forment un prolongement naturel de celui-ci.

L’île Amsterdam vue depuis l’espace, sur cette image saisie par un satellite de la NasaL’île Amsterdam vue depuis l’espace, sur cette image saisie par un satellite de la Nasa, l’agence spatiale américaine. © Nasa Earth Observatory

Dans le cadre d’Extraplac, des chercheurs ont mené des campagnes scientifiques en mer, visant notamment à cartographier, en partie, ces fonds marins. Ils ont ensuite présenté un dossier devant la Commission des limites du plateau continental de l’Onu, qui siège à New York, aux États-Unis.

Objectif: prouver scientifiquement que ces 151.323 km² de surface constituent bien un prolongement naturel de la masse terrestre de La Réunion et des îles Saint-Paul et Amsterdam.

C’est donc ce qu’a validé cette commission composée de scientifiques, qui a rendu publiques ses recommandations au mois de juin.

Aujourd’hui, la France a «un droit souverain» sur ces espaces, nous explique Walter Roest, qui a également siégé dans cette commission de 2012 à 2017. Elle gagne des droits d’exploration et d’exploitation de ces sous-sols.

Des droits exclusifs, qui empêchent d’autres États, par exemple, de s’intéresser à ces territoires.

Il y a donc beaucoup d’enjeux, économiques, géopolitiques, ou environnementaux, derrière cette extension.

L’exploitation «pas à l’ordre du jour» (?)

Il faut préciser que «l’exploitation de ces espaces sous-marins n’est pas à l’ordre du jour», indiquait un communiqué notamment publié par le secrétariat général de la Mer en juin dernier.

Et concernant les hydrocarbures ? «Dans certaines zones, il pouvait y avoir des demandes de permis de recherche qui étaient en attente. Aujourd’hui, ils seront tous refusés», ajoute Annick Girardin, la ministre de la Mer, au micro de France 2, mardi 2 février.

Cela veut dire qu’à l’heure actuelle, la France entend utiliser sa souveraineté sur ces territoires pour les protéger.

Et maintenant, que va-t-il se passer au large La Réunion et des îles Saint-Paul et Amsterdam ? «Une réflexion est en cours» concernant de nouveaux travaux scientifiques sur place, ajoute Walter Roest. Il s’agirait, notamment, d’établir une «cartographie complète des fonds marins et des sous-sols», tout en étudiant la biodiversité.

L’enjeu ? «Avoir une connaissance approfondie de ces zones» méconnues, poursuit-il.

À l’échelle de la planète, environ 20 %, seulement, de l’ensemble du plancher océanique a été cartographié, indiquait la BBC, la radiotélévision britannique, en juin dernier.

L’île de La Réunion.L’île de La Réunion. ©-Serge GELABERT

500.000 km² de plus ?

Ce n’est pas la première fois que le domaine sous-marin de la France s’étend ainsi. En 2015, celui-ci s’était déjà agrandi de 579.000 km², au large des Antilles, de la Guyane, des îles Kerguelen ou encore de la Nouvelle-Calédonie. Et «la France peut encore prétendre à environ 500.000 km² de plateau continental», précisaient les autorités au mois de juin.

Des demandes en ce sens ont été déposées devant la commission de l’Onu. Elle doit se prononcer sur ces nouvelles extensions au large de l’archipel de Crozet (Terres australes et antarctiques françaises), de Wallis et Futuna, à Saint-Pierre-et-Miquelon, du sud-est de la Nouvelle-Calédonie ou à l’est d’îles faisant partie de Polynésie française.

Nicolas HASSON-FAURÉ - © Ouest-France

Lire aussi :

Les fonds marins : nouvel eldorado minier

Après le pétrole, et alors que les ressources terrestres s'épuisent, États et industriels se lancent dans une nouvelle course pour exploiter les fonds marins. La militante écologiste Claire Nouvian explique les enjeux de cette nouvelle ruée vers l'or. Lire la suite…

La Chine veut exploiter les ressources des abysses

La Chine a ainsi acquis, ces cinq dernières années, les droits miniers pour exploiter 86.000 km2 de fonds marins internationaux. Ces ressources serviront notamment à l’industrie électronique et à la haute technologie. Lire la suite…

Après les forages pétroliers… les mines sous-marines !

Le Japon a annoncé la semaine dernière avoir extrait avec succès du zinc, de l’or, du cuivre et du plomb des fonds marins le long de la côte d’Okinawa. Plusieurs autres pays et compagnies privées se préparent également à l’exploitation des ressources minières sous-marines. Lire la suite…

Ajouter un commentaire