L'Océan à la bouche

Une jeune baleine survit à une attaque d'orques

En Australie, des observateurs ont assisté à la longue attaque de deux groupes d'orques (une quinzaine) sur une jeune baleine à bosse. Un assaut auquel cette dernière a survécu. C'est la première fois qu'une telle confrontation est documentée dans la région de Bremer Bay.

La jeune baleine attaquée par une des orques.La jeune baleine attaquée par une des orques. © Whale Watch Western Australia

Si les requins sont souvent décrits comme les seigneurs des mers, ils ne sont pas les seuls super-prédateurs à peupler les écosystèmes marins. C'est aussi le cas des orques. Ces cétacés reconnaissables à leur robe noire et blanche sont en effet réputés pour être des chasseurs redoutables.

Poissons, oiseaux, manchots, phoques ou encore dauphins, les orques s'attaquent à une grande variété de proies, en fonction de leur régime alimentaire. Parfois, en utilisant des techniques de chasse sophistiquées. Mais c'est une confrontation relativement inattendue à laquelle des observateurs ont assisté en Australie.

Pendant plusieurs heures, ils ont suivi l'attaque de deux groupes d'orques sur une jeune baleine à bosse. Un affrontement ponctué de multiples assauts qu'ils ont réussi pour la première fois à filmer.

Une attaque inhabituelle

Gemma Sharp et sa famille sont propriétaires d'une entreprise spécialisée dans l'observation des cétacés, la Whale Watch Western Australia. À bord de leurs bateaux, ils emmènent les curieux observer des orques, des baleines bleues, des baleines à bosse ou d'autres cétacés au large de Fremantle, Bremer Bay ou Augusta sur la côte sud-ouest.

C'est lors de l'une de ces sorties, le 17 février dernier, que l'attaque est survenue. Gemma Sharp était partie en mer avec une quarantaine de touristes depuis Bremer Bay quand elle a observé une activité inhabituelle. Pas moins d'une quinzaine d'orques ont jailli de la surface en semblant se diriger vers une cible précise.

L'été, l'équipe de Whale Watch Western Australia a l'habitude d'observer les cétacés chasser et se nourrir de calmars ou de baleines à bec. Mais la scène a semblé ici bien différente. "Les orques avaient été appelées par leur matriache. C'est là que nous avons su que c'était du sérieux", a expliqué Gemma Sharp au Sydney Morning Herald.

Et ils n'ont pas tardé à découvrir la cible de leur assaut : une jeune baleine à bosse (Megaptera novaeangliae). Par le passé, l'équipe avait bien observé des cicatrices sur certains spécimens, suggérant qu'ils avaient peut-être été attaqués. Mais jamais encore la preuve de ces confrontations n'était apparue à leurs yeux.

Une cible pas si vulnérable

"Nous avons compris que nous assistions à quelque chose d'important. Les orques étaient en mode pleine attaque et la baleine essayait désespérément de se protéger", a-t-elle raconté. Les assaillantes se sont mises à viser la nageoire dorsale de leur victime pour tenter de la retourner et la noyer. Une technique de chasse habituelle.

Mais elles avaient visiblement sous-estimé leur cible. Selon les observateurs, la baleine était un mâle d'au moins deux-trois ans, en bonne santé et robuste. Les orques "ne se lancent pas de tel défi généralement mais il était seul et elles devaient espérer qu'il était inexpérimenté", a suggéré Gemma Sharp.

Les chasseuses ont rapidement compris que ça n'allait pas être aussi simple. À chaque fois qu'elles l'attrapaient, le mâle agitait sa queue pour les déloger. Et pendant près d'une heure, celui-ci est parti se réfugier à proximité du bateau des observateurs. Sans que les orques ne parviennent à l'en éloigner.

"Les baleines à bosse en danger cherchent toujours une diversion pour les aider à sa sauver et nous avons vu le mâle nager vers le bateau et se mettre juste en dessous... les orques sur ses traces", a-t-elle poursuivi. Probablement attirés par les remous, des globicéphales sont arrivés sur place. Puis un groupe de requins-bouledogues.

L'un des groupes d'orques a commencé à s'écarter, avant d'abandonner. Mais restait encore six chasseuses bien déterminées à ne pas lâcher leur proie. "Elles savaient qu'à un certain moment, la baleine tenterait de s'éloigner, alors elles ont attendu environ 40 minutes", a décrypté Gemma Sharp.

Des blessures subies lors d'un premier assaut.Des blessures subies lors d'un premier assaut. (capture d'écran)

Second assaut

La confrontation était malheureusement loin d'être terminée pour le mâle. Après avoir parcouru 500 mètres à peine, il a dû essuyer un nouvel assaut. Les orques n'étant plus que six, c'est l'un des plus grands mâles du groupe, un spécimen d'environ 9 tonnes surnommé El Notcho, qui a chargé la baleine.

"El Notcho essayait très probablement de briser sa mâchoire. C'est ce qu'ils font généralement mais de façon incroyable, quand El Notcho a foncé sur lui, ça ne l'a pas effrayé", a-t-elle détaillé. La riposte du mâle de quelque 15 tonnes a sans doute fait comprendre aux prédatrices qu'elles ne remporteraient pas la bataille cette fois-ci.

Elles ont commencé à se regrouper et s'éloigner. La baleine en a profité pour s'enfuir vers les côtes aussi vite qu'elle pouvait. Au final, l'affrontement aura duré près de quatre heures mais le mâle a tenu bon et s'en est sorti indemne. Ou presque. Les observateurs ont pu constater que sa nageoire dorsale avait été arrachée.

La nageoire dorsale arrachée.La nageoire dorsale arrachée. © Whale Watch Western Australia

Toutefois, ses nageoires caudale et pectorales ont semblé intacts et aucune blessure grave n'a été repérée. "À un moment, nous avons cru qu'il n'allait pas s'en sortir mais il a prouvé sa résistance", s'est réjouie la codirigeante de Whale Watch Western Australia dont l'équipe connait bien les deux groupes d'orques impliqués dans l'attaque.

"Jamais rien vu de tel"

C'est la première fois qu'une telle chasse est filmée et documentée dans cette région australienne. "Nos biologiste marins et scientifiques à bord étaient complètement stupéfaits. Ils ont passé des années à étudier ces créatures et ils n'avaient jamais rien vu de tel", a-t-elle renchéri.

D'autres scènes d'attaque ont néanmoins déjà été filmées par le passé. Elles ont permis notamment d'observer des orques jouer avec des tortues marines, s'en prendre à des grands requins blancs ou encore pourchasser des phoques. De quoi largement appuyer leur réputation de "baleines tueuses" (en anglais "killer whales").

"Le privilège d'assister à un événement aussi important a offert l'opportunité de découvrir un aspect complètement différent de la population d'orques de Bremer Bay", a souligné Whale Watch Western Australia en commentaire de la vidéo postée sur YouTube. Quant au jeune mâle, l'équipe ne désespère pas de le voir un jour repasser dans les parages.

"Peut-être qu'un jour, lors de futures migrations, nous recroiserons la route de cette baleine à bosse si spéciale dans de meilleures circonstances. Nous ne l'oublierons jamais et il nous rappellera toujours que tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir", a-t-elle conclu.

Émeline FÉRARD - © GEO

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