Fonte des glaces: les pires scénarios du GIEC se confirment

Une étude publiée dans la revue scientifique The Cryosphere a dressé un bilan alarmant: ces trois dernières décennies, la fonte des glaces s'est accélérée de 65%. L'évolution des calottes glaciaires suit désormais les pires scénarios du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Avec des effets directs et indirects qui nous plongent au cœur d'un cercle vicieux.

Les glaces de l'océan Arctique sont les plus touchées.Les glaces de l'océan Arctique sont les plus touchées. © Mlenny / Istock

Les scientifiques observent depuis les années 80 que de la quantité de glace diminue progressivement sur Terre. Ils savent désormais que la fonte s’est accélérée de 65% ces trois dernières décennies.

Le phénomène a été mis en avant dans une étude réalisée par l'Université de Leeds et parue dans la revue scientifique The Cryosphere. Elle est la première à passer en revue la fonte des glaces à l’échelle mondiale.

Avec un constat alarmant:  "Les calottes glaciaires suivent maintenant les pires scénarios de réchauffement climatique définis par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat" (GIEC) a alerté Thomas Slater, chercheur à l'Institut des sciences et du climat de l'Université de Leeds.

Ces épaisses couches de glace terrestres jouent un rôle essentiel dans la stabilisation du climat en réfléchissant les rayons du soleil.

Les scientifiques ont suivi l'évolution des calottes glaciaires, des glaces dérivant dans l’Arctique et quelques 215 000 glaciers de montagne par le biais d'images satellites.

Sans surprise, tous les sites étudiés ont été atteints, avec une perte totale de glace estimée à 28.000 milliards de tonnes entre 1994 et 2017. La région la plus touchée reste l’océan Arctique, avec 7.600 millions de tonnes disparues, et des plates-formes de glace de l'Antarctique, avec 6.500 millions de tonnes.

Est directement pointée du doigt l'augmentation de la température de l'atmosphère et des océans.

Des conséquences directes et indirectes

La fonte des glaces a des effets à la fois directs et indirects. Elle a déjà entraîné une hausse du niveau de l’océan de 35 millimètres. "L'élévation du niveau de la mer à cette échelle aura des effets très graves sur les communautés côtières au cours de ce siècle" ajoute le chercheur. 

Et pour cause: il est estimé que pour chaque centimètre, environ un million de personnes risquent d'être déplacées des terres basses. La fonte des glaciers de montagne met également en danger les réserves en eau des populations locales.

Elle entraîne aussi des réactions en chaîne. "L'un des rôles clés de la glace de mer arctique est de refléter le rayonnement solaire dans l'espace, ce qui aide à garder l'Arctique frais, explique Isobel Lawrence, chercheuse au Centre d’observation et de modélisation polaire de Leeds.

"À mesure que la glace de mer se rétrécit, davantage d'énergie solaire est absorbée par les océans et l'atmosphère, ce qui fait que l'Arctique se réchauffe plus rapidement que partout ailleurs sur la planète. Non seulement cela accélère la fonte des glaces de mer, mais cela aggrave également la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ce qui fait monter le niveau de la mer", ajoute la chercheuse.

Un cercle vicieux qui s’emballe, alors que l'année 2020 a été déclarée comme la plus chaude jamais enregistrée, à égalité avec 2016.

Pauline FRICOT - © Novethic

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