Bruits dans l’océan: un danger pour les espèces marines

Depuis que les humains parcourent les océans à bord de lourds paquebots ou de hors-bord rapides, font des sondages sismiques, pêchent à la dynamite, fabriquent des plateformes pétrolières ou forent les fonds marins, l’ambiance sous-marine a bien changé. Toutes ces activités s’assemblent en une cacophonie néfaste pour les écosystèmes marins.

Une baleine à bosseUne baleine à bosse © Unknown

Quand on évoque pollution des océans, on pense d’abord à la pollution au plastique ou aux marées noires. Mais il faut désormais prendre en compte un autre type de pollution : les bruits que nous émettons sous l’eau. Cette pollution sonore dérange les animaux marins, au point de perturber tout leur écosystème.

C’est la conclusion d’une étude internationale de grande ampleur intitulée “Le paysage sonore de l’océan anthropocène” et publiée dans la revue Science. Réalisé en collaboration avec 25 auteurs du monde entier et spécialistes de l’acoustique marine, ce document est la plus grande synthèse de preuves sur les effets de la pollution sonore océanique.

Les scientifiques ont analysé les effets des sons que pouvait produire l’être humain dans les océans : bateau, pieux, pêche, plate-forme de forage, études sismiques, sous-marins ou même surf. Ils ont conclu que tous ces bruits dominaient désormais le paysage sonore des océans et recouvraient les sonorités naturelles.

L’étude propose une meilleure gestion des bruits humains dans les océansL’étude propose une meilleure gestion des bruits humains dans les océans © Xavier PITA / KAUST

“Le cycle est rompu”

Dans les océans, le son peut parcourir des milliers de kilomètres. Des espèces marines sont adaptées pour détecter et communiquer grâce aux sons qu’elles émettent sous l’eau, comme les baleines ou les dauphins. Mais pour certains animaux, le son est encore plus important, voire vital à la survie de l’espèce.

C’est le cas des bébés poissons clowns, qui ne peuvent pas voir les récifs pour s’y réfugier mais qui peuvent y entendre les bruits. Lorsque le poisson clown n’est encore qu’une larve à la dérive dans la mer, il retrouve son chemin vers les récifs uniquement grâce au son.

Sauf que les bruits émis par l’Homme peuvent brouiller les paysages sonores naturels et condamner les bébés poissons clowns à errer dans l’eau sans qu’ils puissent retrouver leur chemin. “La bande-son de la maison est désormais difficile à entendre et, dans de nombreux cas, a disparu. Le cycle est rompu”, explique l’auteur principal de l’étude Carlos Duarte, de l’Université des Sciences et Technologies du Roi Abdallah en Arabie saoudite.

Déclin des animaux émetteurs de sons

“Durant les cinquante dernières années, la croissance du transport maritime a contribué à multiplier par 32 le bruit à basse fréquence présent le long des principales voies de navigation”, résument les auteurs.

En plus des bateaux, l’étude pointe les ponts, les avions à basse altitude, le développement côtier ou encore les mines et missiles utilisés pendant les exercices militaires. Plus surprenant, elle vise aussi les champs d’éoliennes lorsqu’ils sont ancrés sur les fonds marins, les études sismologiques ou les sonars qui perturbent l’environnement aquatique.

Le problème est accentué par le réchauffement climatique, la détérioration des récifs corail et la chasse des grands mammifères qui contribuent à réduire l’abondance d’animaux émetteurs de sons. Les bruits naturels des océans ont donc tendance à décliner, quand les nuisances humaines augmentent, perturbant encore plus l’équilibre de l’écosystème.

© Sud-Ouest

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