L'Océan à la bouche

Oiseaux marins et réchauffement climatique

Deux degrés de plus feront-ils toute la différence pour les oiseaux marins de l’Atlantique Nord ? Les travaux d’une équipe du CNRS, réalisés en collaboration avec 23 organismes de recherche internationaux, contribuent à déterminer les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes marins, à évaluer l'efficacité des accords de Paris dans leurs limitations et à identifier les besoins présents et futurs en Aires Marines Protégées.

Macareux de retour de pêche. © Steve GARVIE - Wikimedia CommonsMacareux de retour de pêche. © Steve GARVIE - Wikimedia Commons

L'objectif principal des accords de Paris sur le climat est de limiter l'augmentation de la température de notre planète à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Mais quels seront les bénéfices de son respect pour les écosystèmes et les espèces qu’ils abritent ?

Les travaux d’une équipe du CNRS, réalisés en collaboration avec 23 organismes de recherche internationaux, indiquent que cela évitera un chamboulement de la migration des oiseaux marins en Atlantique Nord. Les résultats sont publiés dans Global Change Biology.

La communauté mondiale des oiseaux marins a décliné de plus de 50 % en un demi-siècle, notamment sous l’incidence des changements climatiques.

Les guillemots de Brünnich dépendent fortement de la banquise pour s’alimenter et se reproduire. © Odd Harald Selboskar / Norwegian Polar InstituteLes guillemots de Brünnich dépendent fortement de la banquise pour s’alimenter et se reproduire, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux changements climatiques. © Odd Harald Selboskar / Norwegian Polar Institute

Ces membres de la mégafaune sont souvent utilisés comme sentinelles environnementales des écosystèmes marins, mais on sait peu de choses sur l’impact des changements climatiques sur leurs migrations hivernales.

Ces études sont pourtant cruciales car les conditions rencontrées pendant la période de non-reproduction influencent fortement la dynamique des populations d'oiseaux marins.

Le consortium international de recherche, menée par Manon Clairbaux du Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CNRS / Université de Montpellier / EPHE / IRD) et David Grémillet, du Centre d’Études Biologiques de Chizé (CNRS / La Rochelle Université) a exploré les implications du respect/non-respect des accords de Paris sur la distribution des communautés d'oiseaux marins de l'océan Atlantique Nord, effectuant ainsi la plus grande étude jamais entreprise sur la migration des oiseaux marins.

Guillemots de Troïl. © Dick DANIELS / Wikipedia - CC BY-SA 3.0Guillemots de Troïl. © Dick DANIELS / Wikipedia - CC BY-SA 3.0

Grâce aux suivis électroniques des mouvements de cinq espèces d’oiseaux marins (macareux moine, mergule nain, mouette tridactyle, et deux espèces de guillemots) qui représentent plus de 75% de tous les oiseaux marins nichant en Atlantique Nord, les scientifiques ont pu identifier les zones océaniques essentielles à leur survie hivernale.

Ils ont par la suite déterminé les caractéristiques environnementales de ces zones (conditionnant la dépense énergétique et le nourrissage des oiseaux), et estimé les glissements géographiques des zones d’hivernage de chaque espèce à court (2050) et moyen terme (2100).

Ces projections futures ont été effectuées selon deux scénarios climatiques (RCP2.6 et RCP8.5) aux conséquences diamétralement opposées: Alors que le scénario RCP8.5 n’implique aucun effort de limitation de nos émissions de gaz à effet de serre, le scénario RCP2.6 suppose la prise de mesures d'atténuation fortes grâce auxquelles le réchauffement climatique global devrait être limité à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels.

Mergules nains. © M. Mosk AlikMergules nains. © M. Mosk Alik

L’étude montre qu’en induisant des changements substantiels dans la distribution des champs de proies des oiseaux marins et dans leurs besoins énergétiques, le réchauffement climatique entraînera des déplacements vers le nord des aires d’hivernage, en particulier lorsqu’il dépassera 2°C. 

Si pour certaines espèces le décalage vers les hautes latitudes s’accompagnera d’un gain en habitats favorables, d’autres, comme le mergule nain, verront leurs zones d’hivernage rétrécir suite au réchauffement.

De plus, des zones actuellement très fréquentées par les oiseaux marins, comme celles au large de Terre Neuve, perdront en attractivité, au profit d’autres comme le Golfe du Saint-Laurent ou la mer du Labrador.

Les résultats des analyses démontrent que la réalisation des objectifs de l'accord de Paris limitera ces changements de répartition des habitats de la communauté d’oiseaux marins de l'Atlantique Nord au 21e siècle.

Mouette tridactyle. © Anderson, Brian / Wikipedia CommonsMouette tridactyle. © Anderson, Brian / Wikipedia Commons

Cette étude anticipe des changements majeurs de la migration des oiseaux marins suite au réchauffement de la planète et fournit des informations clés pour la conception de zones marines protégées adaptatives dans un océan en mutation.

Elle propose, ce faisant, un cadre méthodologique transposable à l’étude de la migration des animaux dans toutes les zones de la planète.

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Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques

Ce travail contribue à déterminer les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes marins, à évaluer l'efficacité des accords de Paris dans leurs limitations et à identifier les besoins présents et futures en Aires Marines Protégées.

L’étude complète (en anglais – PDF)

© CNRS

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