Lavage des vêtements: 5,6 millions de tonnes de microplastique

Une équipe de recherche américaine a calculé la quantité de microfibres synthétiques relâchées dans les environnements aquatiques et terrestres à cause du lavage des vêtements, depuis 1950. Les chercheurs alertent sur la nécessité de réduire dès maintenant ces émissions de microplastiques.

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Au cours du nettoyage, les vêtements en matière synthétique libèrent des microfibres dans les eaux de lavage. © PIXABAY

Ils sont partout ! Les microplastiques inondent les océans du monde entier mais aussi les écosystèmes terrestres.

Immédiatement, nous pensons aux bouteilles plastiques ou aux emballages qui, en se dégradant lentement dans l'environnement, sont responsables d'une partie de la pollution aux microplastiques. Mais il existe bien d'autres sources de pollution responsables de la libération de ces toutes petites particules indésirables.

Depuis plusieurs décennies, des microfibres synthétiques - qui mesurent moins de cinq millimètres - issues de nos vêtements s'infiltrent dans l'environnement, avertit une équipe de chercheurs américains en sciences de l'environnement au sein de l'Université de Californie.

Plusieurs millions de tonnes de microfibres relarguées dans l’environnement

Les résultats de leur étude, publiés le 16 septembre 2020 dans la revue Plos One montrent que 5,6 millions de tonnes de microfibres synthétiques se sont accumulées dans les environnements terrestres et aquatiques depuis 1950, uniquement à cause du lavage de nos vêtements, à la main ou en machine.

Au cours du processus de lavage, les fibres synthétiques des vêtements subissent une fragmentation mécanique, libérant ainsi des particules de microplastiques. Et la moitié de ces émissions de microfibres ont eu lieu au cours de la dernière décennie, constatent les auteurs de l'étude.

Leur modélisation s'appuie sur plusieurs paramètres, dont les estimations mondiales de stocks de vêtements en cours d'utilisation, les émissions de microfibres provenant de leur lavage, et le devenir des microfibres après traitement – ou non – des eaux usées.

Les écosystèmes terrestres de plus en plus touchés par cette pollution

Sans surprise, ce sont les plans d'eau qui sont les plus touchés par cette pollution: ils auraient accumulé 2,9 millions de tonnes de microfibres depuis 1950, ce qui équivaut au poids de 7 milliards de vestes polaires !

Certaines microfibres sont piégées au cours du traitement des eaux, mais les plus petites "passent entre les mailles du filet" au cours de cette étape et se retrouvent dans les plans d'eaux douces ou dans les océans, expliquent les auteurs de l'étude.

Les écosystèmes terrestres sont aussi très affectés: on y trouve 1,9 million de tonnes de ces microparticules indésirables. Plus de 90 % des microfibres synthétiques accumulées dans l'environnement terrestre seraient issues de la réutilisation des résidus issus du traitement des eaux usées dans les stations d'épuration.

Ces "boues d'épuration" sont en grande partie épandues sur les champs car elles possèdent de bonnes vertus fertilisantes.

Réduire les émissions de microfibres à la source

Mais alors comment se débarrasser de ces particules fibreuses qui polluent notre environnement… et dont certaines peuvent persister pendant plusieurs dizaines d'années ?

"Il est peu probable que l'élimination à grande échelle des microfibres accumulées dans l'environnement soit techniquement réalisable, l'accent doit donc être mis sur la réduction des émissions", précise dans un communiqué Jenna Gavignan, chercheuse en sciences de l'environnement à l'Université de Californie et auteure principale de l'étude.

Les auteurs de la publication suggèrent que les industriels utilisent donc moins de fibres synthétiques dans la fabrication des vêtements. Car ces polymères ont littéralement colonisé nos penderies et nos armoires: le stock mondial de fibres synthétiques utilisé pour la confection des vêtements est passé de 0,5 million de tonnes en 1950 à 196 millions en 2016.

Une croissance stratosphérique de l'usage du plastique qui explique que l'on se trouve désormais face à une pollution d'aussi grande ampleur...

Thomas ALLARD - © Sciences et Avenir (abonnés)

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