Empreinte carbone, empreinte forêt… voici l'empreinte océan

Câbles sous-marins, pipelines, installations portuaires et éoliennes offshore : l'Homme colonise les océans à vitesse grand V. Une étude révèle pour la première fois «l'empreinte océan» des infrastructures humaines. Et surprise, celle-ci est encore plus élevée dans l'eau que sur la terre ferme.

2020 09 16 15h08 41Les constructions humaines empiètent toujours plus sur l’océan. © Ronan FURUTA / UNSPASH

L'urbanisation, la disparition des espaces sauvages, la dégradation des écosystèmes, ça vous dit quelque chose ? Vous pensez aux forêts vierges d'Amazonie, à la bétonisation des campagnes et à la désertification ?

En réalité, ces maux concernent l'océan tout autant que la terre ferme, révèle un nouveau rapport paru dans Nature Sustainability qui évalue pour la première fois «l'empreinte océan» des infrastructures humaines sur la mer.

L'étude a ainsi calculé que 32.000 kilomètres carrés de fonds marins sont colonisés par des câbles, pipelines de pétrole, éoliennes offshore, tunnels, ou autres installations portuaires et côtières. Une surface équivalente à celle de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Quelque 99 % de ces infrastructures sont situées dans les zones économiques exclusives (ZEE), l'espace maritime appartenant à un état et qui couvre généralement une bande de 370 kilomètres de large au-delà de la côte, soit 1,5 % de la superficie de ces zones.

F56072ebaf 50167141 empreinte ocean 2L’empreinte océan des constructions marines empiète sur 1,5 % des zones économiques exclusives (ZEE) qui couvrent la bordure côtière. © A. B. BUGNOT et al, Nature Sustainability, 2020

Un impact jusqu’à des centaines de kilomètres à la ronde

Mais ce n'est là que la partie immergée de l'iceberg. Car les conséquences se font parfois sentir jusqu'à des centaines de kilomètres au-delà de la zone de construction, en modifiant notamment la composition chimique de l'eau, en changeant le régime hydrologique ou en créant des nuisances sonores qui affectent la vie marine et les écosystèmes.

Du coup, «l'empreinte océan» réelle de ces infrastructures est estimée à 3,4 millions de kilomètres carrés, soit plus de six fois la surface de la France métropolitaine !

Pour les éoliennes offshore par exemple, les auteurs ont considéré une zone de cinq kilomètres autour de la ferme éolienne comme affectée par l'infrastructure. Le rapport cite aussi l'exemple de la centrale houlomotrice de Pentland Firth en Écosse, qui modifie la diffusion des vagues jusqu'à 700 kilomètres alentour !

545d790c66 50167140 empreinte ocean 1La surface impactée par les différents types d’infrastructures maritimes en 2018 (barres bleu foncé) et les prévisions pour 2028 (barres bleu clair). Les astérisques indiquent l’étendue de l’impact (* moins de 100 mètres, ** entre 100 mètres et 10 kilomètres, et *** plus de 10 kilomètres). © adaptation et traduction de A. B. BUGNOT et al, Nature Sustainability, 2020

Le paradoxe, c'est que certaines de ces installations sont érigées pour répondre aux dégâts causés par l'Homme lui-même.

Aux États-Unis, par exemple, une grande partie des côtes naturelles ont été remplacées par des murs de béton ou des brise-lames destinés à réduire l'érosion liée à la montée des eaux.

On pense aussi au gigantesque projet Mose à Venise, qui prévoit la construction de 78 barrages flottants sur la lagune pour faire face aux inondations, ou encore à la multiplication de fermes éoliennes géantes, comme celle de Hornsea One au Royaume-uni qui couvre 4.700 km2.

Les mangroves plutôt que le béton

«La construction maritime affecte et fragmente les écosystèmes existants en créant de "nouveaux habitats" artificiels, comme les fermes aquacoles qui remplacent les vasières», déplorent les auteurs.

Pour autant, toute installation n'est pas à jeter à la poubelle. Les fermes éoliennes ou les usines marémotrices contribuent, par exemple, à réduire le réchauffement climatique, et certaines infrastructures qui interdisent la pêche permettent de restaurer des populations de poissons.

Mais, il faut bien avouer que la plupart du temps, un bon gros complexe touristique n'a pas franchement de vertu écologique.

Pour réduire notre empreinte océan, les chercheurs avancent plusieurs pistes comme l'utilisation des mangroves ou des récifs de corail naturels pour remplacer les brise-lames en béton. Si rien n'est fait, notre empreinte océan pourrait encore s'accroître de 70 % d'ici 2028.

Notre Planète ressemblera alors encore un peu plus à Waterworld.

Céline DELUZARCHE - © Futura Sciences

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