Prises accidentelles de dauphins: ça va continuer

Les pêcheurs bretons s'opposent à une fermeture pour 15 jours (seulement) de la pêche dans le Golfe de Gascogne envisagée pour limiter les prises accidentelles de dauphins.

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Un dauphin à quelques encâblures de la Forêt-Fouesnant dans le sud du Finistère. © Fred TANNEAU / AFP-Archives

Les pêcheurs bretons se sont dits opposés le 2 octobre 2020 à une fermeture pour 15 jours de la pêche dans le Golfe de Gascogne au premier trimestre 2021, envisagée selon eux par l'Union européenne pour limiter les prises accidentelles de dauphins.

Une interdiction "injuste et arbitraire", selon les pêcheurs

"Imposer une interdiction de pêche dans le Golfe de Gascogne serait injuste et arbitraire", a dénoncé Olivier Le Nézet, président du comité régional des pêches de Bretagne, cité dans un communiqué.

"Ce projet de l'UE ne repose sur aucune considération scientifique prouvant son utilité. Il s'agit d'une mesure politique visant à répondre à l'émotion médiatique créée par quelques ONG environnementalistes", a-t-il ajouté.

Selon le comité des pêches du Morbihan, cette fermeture s'appliquerait "à tous les fileyeurs, chalutiers pélagiques et bolincheurs français".

Le 1er octobre, une délégation de sept pêcheurs lorientais et d'un pêcheur finistérien a été reçue par le cabinet de la ministre de la Mer.

Ils disent avoir demandé "l'abandon du projet de fermeture de pêche", "la définition d'un périmètre de sécurité autour des navires de pêche interdit" aux ONG et "l'adoption d'un programme de recherche scientifique permettant de comprendre pourquoi la population de cétacés augmente dans le Golfe de Gascogne (1) et comment ainsi la protéger efficacement" (2).

La France rappelée à l'ordre par l'Union européenne

La Commission européenne a ouvert début juillet une procédure d'infraction contre la France, l'Espagne et la Suède pour n'avoir pas pris suffisamment de mesures pour empêcher les prises accidentelles de dauphins.

"Une réunion interministérielle aura lieu à Matignon dans les prochaines heures pour définir la réponse de la France", a indiqué le 2 octobre à l'AFP l'entourage de la ministre de la Mer Annick Girardin.

La ministre "rencontrera les pêcheurs la semaine prochaine pour leur exposer la position de la France", a-t-on ajouté de même source sans plus de précisions sur la date et le lieu de cette rencontre.

Fin mai, le Conseil international pour l'Exploration de la mer (CIEM) a recommandé de nouvelles mesures pour limiter ces prises, à savoir "une combinaison de fermetures temporaires des pêcheries problématiques" et l'utilisation de "pingers" (dispositifs acoustiques destinés à éloigner les cétacés) (3) sur les chalutiers pélagiques.

Il a aussi évoqué des alternatives comme une fermeture de quatre semaines (mi-janvier à mi-février) de tous les métiers ou une baisse annuelle de 40% de l'effort de pêche des pêcheries problématiques.

© AFP / 2020

Notes d’Océan-Vivant

(1) – La surpêche en croissance permanente exercée par des bateaux sans cesse plus grands (comme le Scombrus inauguré à Concarneau le 25 septembre 2020 – bateau «français» appartenant aux Pays-Bas) appauvrissent drastiquement les sources de nourriture des dauphins, les amenant à rechercher d’autres zones d’alimentation… plus près des côtes.

(2) – La pression exercée par les pêcheurs, notamment sur le bar pendant sa période de reproduction (et aussi de regroupement de ce poisson solitaire) se trouve localisée au même endroit (Golfe de Gascogne) que celle de nourrissage des dauphins pendant cette période, multipliant, ainsi, considérablement le nombre de prises accessoires.

(3) – Les «pingers», qui n’équipent que très peu de bateaux n’ont, à ce jour, pas significativement prouvés leur efficacité. Par ailleurs s’ils éloignent les dauphins des pêcheurs, ils les éloignent également de leur zone de nourrissage et les affament un peu plus.

Dès lors, comme pour la coquille Saint-Jacques (et quelques autres espèces) il y aura nécessairement lieu d’interdire la pêche pendant une période et/ou une région déterminées, faute de quoi, comme pour la langouste bretonne, si présente dans les années soixante-dix, il n’y aura plus rien dans les filets…

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