Le vaccin contre la Covid-19: un désastre pour les requins

Des centaines de milliers de requins pourraient être pêchés pour le développement et la commercialisation d’un vaccin contre la Covid-19. Une molécule présente dans le foie des squales est en effet utilisée pour fabriquer cosmétiques, médicaments… et vaccins.

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Les requins sont victimes de la surpêche. ©Corinne BOURBEILLON / Ouest-France

Les requins utilisés dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 ? C’est probable. Alors que la recherche d’un vaccin contre le nouveau coronavirus est toujours en cours, l’organisation non-gouvernementale (ONG) américaine de défense des requins Shark Allies alerte sur la présence potentielle d’une substance dans certains vaccins: le squalène.

Le squalène, déjà présent dans des vaccins

Présente dans le foie de l’humain et des animaux, cette substance est «extraite de l’huile de poisson, en particulier de l’huile de foie de requin» à des fins commerciales, indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur son site. «Le squalène est ensuite purifié et utilisé dans certains produits pharmaceutiques et vaccins.»

Matthieu Lapinski, président de l’association Ailerons, qui protège les requins et les raies de Méditerranée, explique: «Le squalène est très prisé par ces industries. C’est une molécule qu’on retrouve facilement chez les requins puisque leurs foies sont énormes.»

Le rôle du squalène dans les vaccins: amplifier la réponse immunitaire. On parle alors d’adjuvant. «On retrouve notamment le squalène dans le vaccin contre le papillomavirus», complète Matthieu Revest, infectiologue au CHU de Rennes.

Une utilisation qui n’est pas systématique

Tous les vaccins ne contiennent pas d’adjuvants. Ces derniers ne sont généralement utilisés que lorsqu’il faut une réponse à une pandémie. «L’adjuvant permet la vaccination de masse, poursuit l’infectiologue. S’il n’y a pas d’adjuvant, il y a moins de doses de vaccins. Dans le cas du Covid-19, si l’adjuvant amplifie la réponse immunitaire, c’est sûr qu’il sera utilisé.»

Le squalène pourrait donc être utilisé. Il en existe des versions synthétiques et végétales, mais c’est bien le squalène de requin qui pourrait être privilégié…

«Les laboratoires s’orientent plutôt vers le squalène du requin car il est plus facile de l’extraire d’un animal, précise Fabienne Rossier, présidente de l’association de défense des requins Shark Mission. Pour un requin, il faut compter entre dix et douze heures. Pour en retirer la même quantité, à partir d’huile d’olive par exemple, il faut sept fois plus de temps.»

Les requins déjà largement en danger

Pour l’ONG américaine Shark Allies, la hausse de la demande de squalène en cas d’utilisation pour un ou des vaccins anti-Covid serait «un désastre pour les requins et les humains».

Selon ses calculs, 500 000 requins seront nécessaires pour récolter la quantité de squalène suffisante pour vacciner l’ensemble de la population mondiale, en comptant deux doses par personne.

Ces chiffres effraient grandement les associations de défense des squales. «Ils sont en voie de disparition partout dans le monde, s’inquiète Matthieu Lapinski. Toute nouvelle demande de squalène sur le marché est une mauvaise nouvelle. Les espèces ont du mal à se régénérer. Elles se reproduisent tardivement, font très peu de petits à chaque portée.»

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© Global Finprint / afp

Une menace de disparition liée au massacre déjà subi par ces prédateurs marins, victimes de la surpêche et du braconnage. «Il y a déjà des dizaines de millions de requins tués chaque année. Il y a un gros marché de soupe d’aileron de requin et de viande de requin en Asie. Si on ajoute un vaccin à échelle mondiale en plus de la cosmétique et de la pharmaceutique, c’est une très mauvaise nouvelle...»

Un massacre qui prend aussi place dans des eaux proches de la France. «Dans la mer Méditerranée il y a le requin grisé. Il est peu exploité pour la pêche mais commence à l’être pour le squalène, poursuit le président de l’association basée à Montpellier. Si du squalène est nécessaire pour le vaccin, il faut que ce soit synthétique, et il faut que ce soit contrôlé.»

Shark Allies a lancé une pétition en ligne afin que le squalène de requin ne soit pas utilisé pour la fabrication du vaccin contre le coronavirus.

Léo ROUSSEL - © Ouest-France

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