Une banque de coraux devrait voir le jour en Australie

Les semences ont leur arche de Noé, installée dans les glaces du Svalbard, les coraux auront bientôt la leur. En Australie, l'ONG Great Barrier Reef Legacy s'est lancée dans un projet ambitieux: construire la première banque mondiale de coraux afin de préserver ces organismes essentiels.

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Une ONG veut construire une vaste banque contenant des centaines d'espèces de coraux pour les protéger de la disparition. © Dean Lee/EyeEm/Getty Images

Les récifs coralliens représentent à peine 0,1% des étendues océaniques. Mais ils abritent quelque 25% des espèces marines de la planète, soit plus de 7.000 espèces de poissons, invertébrés, plantes, tortues ou encore mammifères. Et ces écosystèmes sont aujourd'hui soumis à rude épreuve.

Selon une étude, un tiers des coraux formant les récifs font face à un risque élevé d'extinction. En cause : le phénomène de blanchissement lié au réchauffement climatique, la pêche non durable ou encore la pollution.

C'est pour les empêcher de disparaitre que Great Barrier Reef Legacy a imaginé cette banque d'un nouveau genre.

"Ce besoin est entrainé par les pertes sans précédent de surface corallienne et les déclins de santé des récifs provoqués par un ensemble de pressions", explique l'ONG sur le site officiel. "Avec chaque épisode de blanchissement successif, nous perdons les espèces et les récifs coralliens les plus vulnérables".

Un centre pour stocker, mener des recherches et sensibiliser

Inspiré de la Réserve mondiale de semences du Svalbard, la Living Coral Biobank vise ainsi à abriter plus de 800 espèces de coraux durs afin de les protéger et de les faire se reproduire.

Le bâtiment devrait voir le jour à Port Douglas dans le Queensland, au nord-est du pays. Et les premières photos du concept ont déjà été dévoilées.

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Pour concrétiser le projet, l'ONG a fait appel au cabinet d'architectes Contreras Earl qui a imaginé un bâtiment circulaire inspiré d'un "champignon" corallien. Etendu sur 6.830 mètres carrés et plusieurs étages, il devrait abriter des espaces de stockage pour les précieuses espèces mais aussi des laboratoires, un centre d'exposition et un auditorium.

Outre ses visées scientifiques et de conservation, cette banque devrait ainsi également permettre d'accueillir du public pour sensibiliser à la protection des récifs coralliens. Avec l'espoir de devenir un atout touristique pour la région située non loin de la Grande barrière de corail.

Première collecte prévue dès novembre

Selon le Dr Dean Miller, biologiste marin et directeur de la Biobank interrogé par The Guardian, le projet a déjà réuni 4,8 millions de dollars en accords de partenariat. L'équipe prévoit désormais de passer à la prochaine étape. Le 6 novembre, elle commencera à prélever des fragments vivants, tissus et ADN de coraux dans la Grande barrière.

Durant cette expédition, le but sera d'identifier et de collecter des spécimens de 20 espèces de coraux présents dans cette zone. Mais la deuxième phase du projet voit plus grand. Au total, ce sont 50% des coraux durs de la Grande barrière qui seront prélevés et stockés, soit environ 200 espèces.

La construction du bâtiment multi-fonctions n'interviendra elle que dans la troisième phase après avoir trouvé des financements supplémentaires. Elle sera accompagnée d'une nouvelle étape de collecte permettant de réunir 100% des espèces de la Grande barrière et les quelque 400 autres espèces de coraux durs présents à travers le monde.

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L'objectif est à terme d'abriter plus de 800 espèces de coraux durs dans la Living Coral Biobank. © Pixabay

Les dates des prochaines expéditions ne sont pas encore annoncées mais le Dr. Miller suggère que la banque pourrait sortir de terre en 2025. Un délai relativement court car le temps presse, a-il souligné. "Chaque année, nous attendons, nous perdons des coraux, et nous n'avons plus de temps à perdre".

Une collection qui doublera tous les six mois

Dans des conditions favorables, les coraux peuvent vivre pendant des milliers d'années, a assuré le biologiste marin. En favorisant leur reproduction, l'équipe espère que les spécimens stockés "doubleront de taille tous les six mois, donc la collection de la Biobank doublera tous les six mois", a-t-il affirmé au New Scientist.

En septembre dernier, des scientifiques ont justement publié une étude encourageant la création d'une banque de coraux pour protéger les écosystèmes et sensibiliser à leur conservation. Le professeur Ove Hoegh-Guldberg, chercheur à l'université du Queensland et co-auteur de ces travaux, a ainsi salué l'initiative de l'ONG australienne.

Interrogé par The Guardian, il a cependant souligné l'importance de coupler ce projet à d'autres stratégies notamment pour favoriser la pêche durable et lutter contre le changement climatique qui accroit le réchauffement des eaux et conduit au blanchissement des coraux.

Des travaux dévoilés au début de l'année ont conclu que le réchauffement et l'acidification des océans pourraient faire disparaitre la quasi-totalité des habitats de récifs coralliens d'ici la fin du siècle.

Émeline FÉRARD - © GEO

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