Sentinel-6a va scruter la hauteur des océans

Le satellite de mesure de la hauteur des océans Sentinel-6a, dont le lancement est samedi, va poursuivre avec une précision inégalée une mission de presque trente ans dont les données sont capitales pour observer le changement climatique à l’œuvre sur les mers du globe.

85be66b08fc5f815df43b53ff0c4acb93446f0b1

Image transmise le 19 novembre 2020 par l'Agence spatiale européenne (ESA) du satellite Sentinel-6, qui mesure la hauteur des océans et qui doit être lancé le 21 novembre 2020. © EUROPEAN SPACE AGENCY / AFP-Archives

De la taille d'une grosse camionnette, l'engin pesant 1,2 tonne doit s'élancer dans l'espace à l'aide du lanceur américain Falcon-9, depuis la base californienne de Vandenberg à exactement 17H17 GMT. "Pour le moment tous les voyants sont au vert" pour la fenêtre météo, a indiqué dans un point de presse jeudi Pierrick Vuilleumier, le chef du projet, fruit d'une coopération entre l'Agence spatiale européenne (ESA) et la Nasa.

Sentinel-6a est le cinquième et dernier-né d'une lignée de veilleurs du niveau de la mer, depuis 1992 et la mission franco-américaine Topex/Poseidon, une machine développée par le Centre national d'études spatiales (CNES) et la Nasa.

Leurs altimètres ont établi que sur presque trente ans, le niveau moyen de la mer a augmenté d'environ 8 cm. Un chiffre en apparence minime mais traduisant des effets environnementaux et climatiques d'ampleur, comme la fonte des glaciers et banquises et le réchauffement climatique.

Une hausse en accélération, inquiétante pour les quelques 770 millions d'humains vivant à moins de cinq mètres au dessus du niveau des mers.

Cb4f82c5cf02b78bbed791371e0dcb68d8338867

Vue du cyclone Ida, à l'ouest de Madagascar, prise par le satellite d'observation des océans Sentinel-3, précurseur de Sentinel-6. Le 13 mars 2019. © ESA / AFP-Archives

Pour la surveiller, Sentinel-6a va être placé à 1.336 km d'altitude, sur une orbite polaire lui permettant de couvrir 95% des océans de la planète en dix jours. Sa durée de vie théorique est de cinq ans et demi. Il sera relevé par son clone, Sentinel-6b, en 2025.

"Ce qui est très important est d'être capable de regarder les accélérations, les évolutions (du niveau des océans, ndlr), pour voir si certains scénarios de rupture du changement climatique, qui sont en cours dans l'Arctique en particulier, vont se réaliser", a dit Alain Ratier, directeur d'Eumetsat, l'agence européenne d'exploitation des satellites météorologiques. Elle est avec son équivalent américain, la NOAA, un des partenaires de la mission.

Précision d'un centimètre

M. Ratier a remarqué que de plus en plus de prévisions météo "utilisent des modèles couplés de l'océan et de l'atmosphère", pour prévoir aussi bien le temps d'une saison que l'arrivée d'une vague de chaleur.

Quand la première mission de mesure Topex/Poséidon apportait une précision de quelques centimètres, Sentinel-6a atteint le centimètre grâce à une batterie d'instruments de pointe.

2793712ea74764f27b1b4ba192988a7e3cc5a3ef

Les trois plus importants glaciers du Groenland, qui contient suffisamment d'eau pour faire monter le niveau de la mer de plus d'un mètre, pourraient fondre plus vite encore que ne l'estimaient les prédictions les plus alarmistes. © Jonathan NACKSTRAND / AFP-Archives

Le satellite, dont Airbus Defense and Space a assuré le développement, intègre un altimètre radar, Poséidon-4, fabriqué par Thales Alenia Space France. Il émet une onde vers la surface de la mer, et calcule le temps, et donc la distance, qu'elle met pour lui revenir. Reste à calculer précisément la position du satellite.

Comme l'a expliqué Selma Cherchali, cheffe du programme des sciences de la Terre au CNES, qui apporte son soutien technique, les performances de cet altimètre "passent en particulier par la précision de la restitution de l'orbite" du satellite. Elle repose sur une technique développée par le CNES, appelée Doris, et deux systèmes américains fournis par la Nasa-JPL.

Deux autres instruments vont corriger les perturbations de la mesure altimétrique engendrées par la vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère, et mesurer la température de cette dernière.

Sentinel-6a est une des composantes du programme européen d'observation de la terre Copernicus. Il vient compléter, pour les océans, la gamme d'observations déjà fournies par les deux satellites Sentinel-3.

8077c9ad263f0c05c825185dc451c0351c431170

Le satellite Sentinel-6a encapsulé dans sa coiffe sur la base californienne de Vandenberg, le 3 novembre 2020. © NASA / AFP-Archives

Leurs données sont d'accès libre et présentées à l'utilisateur final par le délégataire de la commission, européenne, Mercator Ocean, a expliqué son directeur Pierre Bahurel, lors du point de presse.

Elles sont intégrées, avec des données comme la température ou la salinité de l'eau, dans un "modèle de description d'océan digital --avec une vingtaine de variables essentielles-- pour générer des produits qui vont servir une grande gamme d'applications", a-t-il dit. Des produits proposés à ses 25.000 abonnés, et téléchargés à parts égales par les secteurs privé, public-opérationnel et académique-scientifique.

© AFP

Lire aussi :

Climat: avec plus 2°C, l'océan va monter de 2,5 mètres

L'Antarctique est, de loin, la source potentielle d'élévation du niveau de la mer la plus importante. De la stabilité de la calotte glaciaire déprendra l'avenir de grandes villes côtières telles que Hambourg, New York, Tokyo... Lire la suite…

Niveau des mers: inondation globale des zones côtières d’ici 2100

Les incendies et la montée des températures ne sont pas les seules conséquences du réchauffement climatique, la montée du niveau des mers et les inondations subséquentes en font également partie. Lire la suite…

Contre la montée des eaux, les digues ne suffiront pas

La conséquence inéluctable du réchauffement climatique en cours est une élévation du niveau marin global. Cette dernière est évaluée par deux méthodes indépendantes mais complémentaires : l’altimétrie embarquée sur des satellites, et la marégraphie, en général opérée depuis la côte. Lire la suite…

La moitié des plages pourrait disparaître d'ici à 2100

Le changement climatique et la hausse du niveau des océans [mais pas que (1)] pourraient faire disparaître la moitié des plages de sable dans le monde d'ici à 2100, selon une étude parue dans Nature Climate Change. Lire la suite…

Plus vite et plus haut que prévu pour les océans ?

Le dérèglement climatique pourrait faire monter le niveau des océans bien plus vite et plus haut que jusqu'ici envisagé, selon une étude sur la dernière période de réchauffement, il y a 125.000 ans. Lire la suite…

Ajouter un commentaire