Quelle est la situation des coraux dans le monde ?

Lieux de vie de nombreuses espèces marines, les récifs coralliens sont indispensables. Mais ils disparaissent inexorablement. Explications.

Quelle est la situation des coraux dans le monde© pixabay

Pourquoi les coraux disparaissent-ils ?

Les récifs coralliens ont deux problématiques. Il y a d'une part les destructions locales, telles que le tourisme de masse, la pêche, la surpêche, les techniques de pêche destructrices, les constructions d'hôtels sur les côtes et la pollution locale.

Et il y a aussi des problématiques globales, avec le changement climatique. Le réchauffement des océans entraîne le blanchissement des coraux et l'augmentation de CO2, qui va se dissoudre dans les océans, avec pour conséquence l'acidification des océans.

Selon Martin Colognoli*, photographe et biologiste marin, "si on ne fait rien, les récifs coralliens seront les premiers à connaître une extinction massive. Ce sont des animaux qui sont là depuis des millions d'années mais qui résistent très peu aux changements climatiques".

Le blanchissement, un problème majeur

Les problèmes de blanchissement sont apparus dans les années 80, et deviennent de plus en plus fréquents et intenses. "C'est un phénomène très bien documenté au niveau de la Grande barrière de corail, mais on le retrouve un peu partout dans le monde, y compris dans des zones qui étaient jusqu'à il y a peu, très peu touchées, comme la mer rouge", indique Denis Allemand, spécialiste des coraux au Centre scientifique de Monaco.

Mais qu'est-ce que le blanchissement ? "La première cause, c'est le stress du corail, explique Serge Planes, chercheur au CRIOBE et directeur scientifique de la mission Tara Pacific. Il peut être dû au réchauffement de l'eau, mais pas seulement. Il peut aussi être provoqué par l'activité humaine. Ce stress fait que le corail ne reconnaît plus l'algue qui vit en symbiose avec lui, et l'expulse.

En faisant ça il perd sa couleur, car il ne reste plus que la structure calcifiée blanche. Toute l'énergie apportée par l'algue microscopique disparaît, empêchant sa croissance. Le corail est affamé, et si la situation dure trop longtemps, plus de 15-20 jours, il finit par mourir.

Mais si la température de l'eau baisse, ou que l'activité humaine qui avait causé son stress diminue, il va recapturer cette algue et se rétablir."

Pourquoi certaines espèces sont résistantes et pas d'autres ?

Il y a deux types de résistances. "L'une est associée à l'espèce, et c'est vrai qu'on a tendance à observer que les espèces massives, les grosses colonies en boule par exemple, sont généralement beaucoup plus résistantes que les colonies branchues.

Là je pense qu'on est sûr de la physiologie du polype, et sa capacité, en fonction de sa structure, à être un peu plus résistant, détaille Serge Planes. Et il y a également des individus, au sein des espèces, qui sont plus résistants que d'autres, et qui peuvent montrer certaines capacités de tolérance au stress."

Où se trouvent les récifs les plus abîmés ?

"Le blanchissement atteint tous les récifs du monde. On estime que 30% des récifs ont disparu ou sont en train de l'être", révèle Denis Allemand. Mais certaines zones sont particulièrement abîmées, comme la Grande barrière de corail, quelques îles du Pacifique et les Caraïbes, frappées par des ouragans à répétition.

Quant à la Méditerranée, "les fonds peu profonds, entre 0 et 30 mètres, sont dans un mauvais état. Là où je vais travailler avec mon association, la problématique est liée aux engins de pêche, les bateaux qui perdent leur filet sur des zones coralligènes", indique Martin Colognoli.

Où trouve-t-on les plus belles barrières de corail ?

"Là où il y a le plus de biodiversité, avec des récifs coralliens magnifiques, je dirais Raja Ampat en Indonésie. Il y aussi le parc national de Komodo, la Papouasie Nouvelle-Guinée, les Philippines, et les îles Palau, affirme Martin Colognoli. Mais tous les récifs sont en danger, et ce n'est pas parce qu'un récif est beau que des espèces n'ont pas disparu."

Chloé GURDJIAN - © GEO

* En 2012, Martin COLOGNOLI, biologiste marin, et Guillaume HOLZER, diplomé en marketing, fondent Coral Guardian, une association française de loi 1901 reconnue d’intérêt général et à but non-lucratif.

Coral Guardian a pour vocation la conservation des écosystèmes coralliens, la sensibilisation du plus grand nombre, la recherche scientifique et la valorisation des écosystèmes marins pour les communautés qui en dépendent.

Coral Guardian a pour objectif la création d’une communauté internationale de programmes de restauration de récifs coralliens en impliquant les populations locales.

En savoir +: Coral Guardian

La sauvegarde d'un récif de corail en Indonésie

2020 11 15 17h51 20«Couleurs» © Martin COLOGNOLI

La couleur, c'est la vie ! Ces récifs coralliens en sont un bon exemple. Les ressources naturelles sont fragiles, les milieux les plus riches se raréfient. Pourtant c’est bien d’eux dont nous dépendons, entre autres, pour manger et donc vivre. Ici nous pouvons observer un récif corallien en parfaite santé, a contrario d’autres récifs entièrement détruits par la pêche à la dynamite.

2020 11 16 11h30 14«Renouveau» © Martin COLOGNOLI

L’évolution d’une zone restaurée en l’espace de seulement 3 ans. Ceci est l’illustration parfaite du retour du récif corallien sur une zone dont le fond a été fragilisé par la pêche à la dynamite. Ces structures offrent un support solide aux colonies transplantées. Les nouvelles conditions de la zone sont propices au retour de la vie.

2020 11 16 11h32 52«Transplantation» © Martin COLOGNOLI

L’équipe est en pleine action de transplantation. Les colonies coralliennes sont fragmentées puis attachées solidement au support métallique. Un mois plus tard, ces coraux auront, grâce à leur squelette calcaire, enveloppé la structure pour se fixer puis commenceront leur croissance vers le soleil.

2020 11 16 11h35 26«Récolte» © Martin COLOGNOLI

Quand les colonies coralliennes grandissent sur les structures et atteignent une taille suffisante, il est possible d’en prélever une partie pour créer de nouveaux fragments à transplanter. Cette technique présente une bonne alternative au prélèvement de coraux sur des colonies sauvages.

2020 11 16 11h37 43«Concentration» © Martin COLOGNOLI

La transplantation de colonies coralliennes doit se faire sous l’eau pour éviter de stresser les coraux au-dessus de la surface. Pour faciliter la tâche, les coraux sont attachés aux structures dans une faible profondeur, avant d’être transportés sur le site final où ils pourront grandir dans des conditions optimales.

2020 11 16 11h39 51«Triomphe» © Martin COLOGNOLI

Ce pêcheur revient tout juste de mer. Son sourire indique une bonne journée de pêche, arborant fièrement son nouveau leurre. Comme à chacun de ses retours, ses enfants l’attendent avec impatience et curiosité. Ils aiment voir ses captures de pêche et jouer sur son bateau.

2020 11 16 11h42 28«Revenants» © Martin COLOGNOLI

Ce bébé requin pointes noires (Carcharhinus melanopterus) mesure seulement quelques dizaines de centimètres et aime évoluer dans des endroits de faible profondeur. Depuis que le programme de protection corallienne a débuté, nous pouvons observer de plus en plus de ces bébés requins. Ils y trouvent un abri et de la nourriture.

2020 11 16 11h44 59«Croissance» © Martin COLOGNOLI

Ce récif est seulement âgé de 3 ans. Il est composé de plusieurs genres de coraux (Pocillopora, Stylophora, Acropora, Seriatopora). Leur vitesse de croissance se révèle remarquable quand nous savons qu’ils ne mesuraient que quelques centimètres au moment de la transplantation.

2020 11 16 11h47 15«Surveillance» © Martin COLOGNOLI

Surveiller et entretenir le récif est un travail quotidien. Il faut contrôler l’état de santé général des coraux, les parasites potentiellement présents, et récupérer les coraux brisés autour des structures pour les transplanter ailleurs. Sur cette photo, Sahril vient de récupérer un corail brisé dans le fond pour le transplanter sur une structure proche.

2020 11 16 11h49 40«Alternative» © Martin COLOGNOLI

Le tourisme de la plongée sous-marine prend de plus en plus d’ampleur dans la région de Komodo car y plonger est sensationnel. La protection du récif corallien à travers la transplantation corallienne est une activité qui ne demande qu’à être développée et constitue une véritable alternative économique pour le village de Seraya Besar en complément de la pêche.

Martin COLOGNOLI © GEO

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