Les motions du congrès de l’UICN adoptées

Étape importante du congrès mondial de l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN), qui doit se dérouler à Marseille au cours du second semestre 2021, plus d’une centaine de motions devant structurer l’action de l’organisme onusien pour les quatre prochaines années ont été adoptées. Interview de Sébastien Moncorps, directeur de l’UICN France.

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Le marsouin aptère du fleuve chinois Yang Tsé, parmi les espèces les plus critiques selon l'UICN. © HE LEIJING / XINHUA / AFP

Sciences et Avenir : Quels sujets sont couverts par ces 109 motions de l'UICN qui viennent d’être adoptées ?

Sébastien Moncorps : On peut distinguer trois grands domaines: les recommandations portant sur la protection d’espèces en voie de disparition ou d’écosystèmes menacés, le soutien à des politiques et des stratégies de protection de la biodiversité plus efficaces et enfin la mise en œuvre d’actions plus fortes contre les pressions humaines sur la nature.

Quelles espèces et écosystèmes sont particulièrement concernés par ces motions ?

Au niveau mondial, des demandes de protection renforcée et d’actions de préservation urgentes concernent les jaguars, les raies, les loutres, les grands félins du nord-est de l’Asie, des animaux menacés d’extinction. Parmi les espèces les plus critiques figurent l’outarde à tête noire d’Inde ou encore le marsouin aptère du fleuve chinois Yang Tsé. L’UICN France a vu trois de ses principales propositions adoptées.

Nous appelons à une protection renforcée des poissons herbivores des récifs coralliens trop pêchés. Sans eux, les algues prolifèrent et mettent en péril l’équilibre écologique des récifs comme on peut déjà le constater dans les Caraïbes. Nous plaidons également pour un renforcement et un appui plus appuyé des petites ONG qui travaillent à la sauvegarde des grands singes tant en Afrique équatoriale qu’en Asie du sud-est. L’UICN France est également à l’origine d’une motion sur une protection plus efficace des mangroves qui ont perdu la moitié de leur surface dans le monde ces dernières décennies.

"Les peines des trafiquants vont être plus sévères"

Les grands écosystèmes comme les Caraïbes insulaires, le bassin du Mékong ou celui du rio Plata en Argentine ou évidemment l’Amazonie font l’objet de recommandations particulières. Mais des textes visent des sites plus localisés comme la forêt Atewa au Ghana ou la montagne bleue australienne.

Quelles politiques de protection de la nature doivent être renforcées selon l’UICN ?

L’UICN réclame évidemment que la biodiversité soit intégrée à toutes les politiques publiques, décisions d’aménagement ou réformes sectorielles comme par exemple la mutation de l’agriculture vers l’agro-écologie. Nous plaidons également pour que tous les États élaborent des stratégies nationales de protection de la biodiversité comme ils le font désormais pour leur lutte contre les gaz à effet de serre dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015.

Nous poussons également pour que des solutions basées sur la nature comme par exemple le stockage de carbone par les plantes ou l’utilisation de zones humides pour diminuer l’impact d’inondations soient privilégiées. Elles permettent d’améliorer la qualité des écosystèmes tout en rendant des services contre des catastrophes naturelles plus sévères induites par le réchauffement climatique.

Nous enregistrons de bonnes nouvelles. La stratégie de l’Union européenne en faveur de la biodiversité entérine l’objectif de 30% de protection des terres et des mers européennes pour 2030. Et les Etats signataires de la Convention contre le crime transnational organisé (UNTOC) ont intégré les atteintes à l’environnement dans le champ d’application de ce texte. Les peines des trafiquants vont être plus sévères et les moyens de lutte contre le trafic des espèces rares ou de matières comme l’ivoire ou les écailles de pangolins vont augmenter.

"Chaque motion a été approuvée par au moins 50% des États et 50% des ONG"

La lutte contre les pollutions est-elle aussi concernée ?

Tout à fait. Une motion proposée par l’UICN France et adoptée prône une action immédiate des États contre le déversement de plastique dans les océans. Nous appelons également à une régulation de l’extraction de sable dans le monde et à une généralisation des alternatives aux pesticides chimiques.

Ces motions ont-elles une chance d’être suivies d’effet ?

109 textes ont été votés par les 1300 membres de l’UICN. Parmi ceux-ci figurent 150 États membres de l’ONU, 250 agences gouvernementales comme pour le cas de la France, l’Office français pour la biodiversité, le Conservatoire du littoral ou l’Office national des forêts, et enfin plus de 800 ONG du monde entier et 23 organisations de peuples autochtones. Chaque motion a été approuvée par au moins 50% des États et 50% des ONG.

Ces textes ont une réelle légitimité. Ils montrent un consensus sur la nécessaire protection des milieux naturels. Une fois adoptées, ces motions peuvent être utilisées sur le terrain par des associations en lutte. Elles sont en droit de reprendre les motions de l’UICN en appui de leurs arguments.

Comment les motions de l’UICN s’articulent-elles avec les négociations intergouvernementales sur la biodiversité, la COP15, qui vont s’ouvrir en Chine à Kunming en 2021?

À Marseille, dans le cours du second semestre 2021, les membres de l’UICN vont débattre des motions qui restent en suspens. Il s’agit d’un moratoire partiel ou total de l’activité minière quand elle impacte la nature, de la protection des forêts primaires qui reste discutée car la définition même ne fait pas consensus, ou encore de la planification des activités maritimes auprès des côtes et dans les zones économiques exclusives (ZEE).

Plus globalement, les participants au congrès de Marseille vont se pencher sur les propositions de protection de 30% de la surface terrestre qui devraient être discutées lors de la COP15. Jusqu’à présent, les aires protégées n’ont pas rempli leur rôle du fait d’un manque de moyens financiers et de personnel.

Les négociateurs avaient dans un premier temps inclus dans leur discussion l’engagement d’une protection haute impliquant une restriction des activités humaines sur 10% de la surface terrestre. Cette proposition a été écartée. L’UICN devrait remettre ce sujet sur la table.

Loïc CHAUVEAU - © Sciences et Avenir (abonnés)

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