Découverte d’un immense groupe de morses

Au nord de la Russie, des scientifiques ont repéré un groupe de plus de 3.000 morses rassemblés sur les rives de la mer de Kara. Une observation inédite pour cette espèce dont l'habitat est menacé par la fonte des glaces et l'exploitation arctique.

Detroit de bering les morses debarquent en siberieMorse du Pacifique (Odobenus rosmarus), mammifère de la famille des odobénidés. © Jean-François LAGROT

Les morses sont des mammifères particulièrement imposants dont la longueur dépasse généralement les 2,50 mètres pour une masse qui excède facilement la tonne. Autant dire qu'ils peuvent former des groupes très impressionnants lorsqu'ils se mettent à se rassembler par centaines.

C'est l'un de ces groupes - appelés échoueries - que des scientifiques ont repéré au nord de la Russie. Le rassemblement a été découvert l'année dernière sur les rives de la mer de Kara qui borde l'océan Arctique. Mais ce n'est que récemment qu'ils sont parvenus à le documenter et ils y ont dénombré plus de 3.000 morses.

Les morses qui sont des animaux très grégaires, se réunissent pour socialiser, communiquer et se reproduire. Les colonies se forment généralement sur la banquise ou les îles arctiques. Mais les scientifiques n'avaient encore jamais observé un groupe d'une telle ampleur à un tel endroit et montrant une telle diversité.

"Cette échouerie est unique parce qu'elle compte à la fois des femelles et des mâles, ainsi que des petits d'âge différent", a souligné à Reuters, Aleksander Sokolov, chercheur de l'Académie des Sciences russe. "Ce sont des animaux fascinants et vous vous retrouvez au milieu de milliers d'entre eux", s'est-il réjoui qualifiant le groupe de "laboratoire à ciel ouvert".

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Un "signe positif" pour une espèce quasi menacée ?

Pour l'heure, les scientifiques savent peu de choses sur ce groupe et la raison de leur présence à cet endroit. Ils ont prélevé des échantillons ADN et équipé plusieurs spécimens de balise satellite afin de pouvoir suivre leurs mouvements au cours des prochains mois. Cette colonie pourrait toutefois faire figure de "signe positif", selon eux.

La sous-espèce de morse de l'Atlantique (Odobenus rosmarus rosmarus) est classée comme "quasi-menacée" par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Sa population est aujourd'hui estimée à 12.500 individus adultes mais elle a subi et subit encore de nombreuses pressions.

Les morses ont longtemps été tués pour leur graisse et leur ivoire avant que la chasse commerciale ne soit interdite au milieu du XXe siècle. Désormais, ils sont menacés par la dégradation et la disparition de leur habitat liées à la fonte des glaces et à l'exploration pétrolière et gazière.

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Les morses sont menacés par la disparition de la banquise dont ils sont très dépendants.  © Pixabay

L'Arctique fait partie des régions les plus touchées par le changement climatique. En septembre dernier, la banquise estivale a atteint sa deuxième superficie la plus basse jamais enregistrée: 3,74 millions de kilomètres carrés. Et sa croissance peine chaque année un peu plus à redémarrer.

En octobre dernier, des chercheurs ont publié des données indiquant que la superficie de la banquise n'avait jamais été aussi basse pour cette période, atteignant seulement 6,5 millions de kilomètres carrés le 27 octobre. Soit plus de trois millions de kilomètres carrés de moins que la moyenne observée pour les mois d'octobre entre 1981 et 2010.

"Avec le changement climatique et la fonte des glaces, la banquise est plus fine et se forme plus tard. Tout ceci affecte les morses", a confirmé Aleksander Sokolov. La mer de Kara où le groupe a été repéré n'échappe pas à cette tendance. La saison sans glace y dure de plus en plus longtemps ces dernières décennies.

La présence de ces milliers de morses pourrait ainsi montrer que, malgré les pressions, la population parvient à se rétablir. "Nous voulons penser que c'est un signe positif", a confié à Reuters Andrei Boltunov du Marine Mammal Research and Expedition Center, soulignant ne pas pouvoir pour l'instant tirer de conclusions.

D'autres rassemblements importants de morses ont déjà été observés par le passé. En 2014, quelque 35.000 spécimens se sont amassés sur une plage près de Point Lay en Alaska, sur les rives de la mer des Tchouktches. Ils y reviennent depuis régulièrement poussés, là encore, par la raréfaction de la glace dont ils dépendent.

Émeline FÉRARD - © GEO

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