Découverte de forêts sous-marines géantes intactes

Partout dans le monde, elles sont menacées par l’impact du changement climatique. Pourtant, deux forêts d’algues géantes au large de l’Argentine ont été retrouvées intactes, 45 ans après leur dernière observation.

2020 03 26 10h55 44Ces forêts d’algues ont été retrouvées intactes 45 ans après leur première observation dans les zones côtières de la Terre de Feu en Patagonie argentine. (Photo : DR)

Des chercheurs de l’Université d’Hawaï n’en reviennent pas. Ils ont découvert que deux forêts sous-marines géantes composées d’algues brunes, qui n’avaient pas été étudiées depuis 1973, n’ont pas changé, 45 ans après leur dernière observation scientifique.

Ces forêts de varech (ou goémons) sont situées à l’est de la Terre de feu, l’archipel de la Patagonie argentine. Ces formations végétales marines couvrent au total 38 000 hectares autour de l’île. Et à la stupéfaction des chercheurs, elles sont intactes. Elles abritent toujours une riche biodiversité.

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«L’abondance relative des algues, oursins et étoiles de mer n’a pas changé», s’étonne notamment Alan Friedlander, l’un de ces scientifiques qui a témoigné de ce qu’il a vu auprès de la revue scientifique américaine Plos One.

Ces écosystèmes constituent un rempart naturel contre les vagues. Et partout ailleurs, dans le monde, ces forêts sous-marines sont fragilisées par la surpêche et de plus en plus menacées par le changement climatique qui favorise la pullulation d’herbivores.

En 2016, une étude mondiale menée par l’université d’Australie-Occidentale, sur 110 variétés de ces algues, laissait augurer leur disparition. Elle avait conclu que ces végétaux ne peuvent globalement pas prospérer dans des eaux supérieures à 20 °C. Or, les scénarios de variations de température des océans ne laissent guère d’espoir. D’où la surprise des scientifiques de trouver ces zones encore intactes.

Des zones préservées de l’impact humain

«Ces forêts de laminaires de l’extrême pointe de l’Amérique du Sud sont parmi les plus vierges de la planète et n’ont pas beaucoup changé depuis le début des années 1970, quand elles ont été étudiées pour la première fois», confirme Alan Friedlander ajoutant que «le réexamen de cette région reculée est incroyablement précieux en cette ère de changement climatique.

Il permet de mieux comprendre comment ces écosystèmes fonctionnent en l’absence d’impacts humains directs.» Seule explication à leur préservation.

Image 1024 1024 14577803Les populations d’étoiles de mer dans ces forêts sous-marines sont intactes depuis 1973. (Photo : DR)

Les chercheurs ont évalué l’étendue visible de la couverture forestière de varech en utilisant des images du satellite Landsat, qui sont devenues disponibles pour la région en 1998.

S’ils n’ont pas observé de tendances à long terme au cours des 20 dernières années, ils ont noté que le couvert forestier de varech semblait suivre des cycles d’environ quatre ans qui reflètent la température de la surface de la mer et les schémas de précipitations provoquées par El Niño, ce phénomène climatique qui se caractérise par des températures anormalement élevées de l’eau dans la partie est de l’océan Pacifique Sud.

Pour mieux comprendre l’écosystème de ces forêts sous-marines, les scientifiques ont également mené une étude approfondie de ses poissons. Ils ont constaté que l’abondance des différentes espèces de poissons variait d’un endroit à l’autre dans la zone d’étude, avec des variations significatives entre les sites ayant différents niveaux d’exposition aux vagues de l’océan.

Et bien que ces forêts sous-marines aient été préservées ces dernières années, les chercheurs s’attendent à ce qu’elles souffrent, à l’avenir, de la hausse des températures de la mer. Néanmoins, leurs recherches peuvent aider à mieux orienter les efforts de conservation et de protection de cet écosystème unique.

© Ouest France

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