MSC "pêche durable": le label qui détruit l’océan

Une étude de l’ONG de protection des océans, Bloom Association, révèle que le plus connu des écolabels de pêche certifie à plus de 80 % des pêcheries industrielles, irrespectueuses des écosystèmes.

Peche durable label msc 1Le label MSC a été créé en 1997 par le WWF et le géant de l’agroalimentaire Unilever. © Marine Stewardship Council

Dans la jungle touffue qu’est la consommation de masse, un label est un repère : une manière pour le citoyen-consommateur de se raccrocher à des usages qu’il espère vertueux, à un cahier des charges responsable.

En matière de produits de la mer, l’écolabel le plus célèbre auprès du public est sans conteste celui du Marine Stewardship Council (MSC), créé en 1997 par le WWF et le géant de l’agroalimentaire Unilever.

Hélas ! Le petit logo au poisson bleu ne serait pas aussi respectueux de l’environnement que ses défenseurs le disent (le label jure en effet garantir «qu’aucune méthode destructrice n’est autorisée»).

Une étude de l’équipe scientifique de l’ONG Bloom et publiée dans la sérieuse revue «Plos One» ce mardi 5 mai, révèle ainsi que «le label MSC certifie principalement des pêcheries industrielles destructrices» et «cache ce vice fondamental en mettant en avant, dans sa communication, la petite pêche côtière ayant un faible impact sur l’environnement marin».

Un décalage entre réalité et com si grand que Bloom n’hésite pas à parler d’«imposture».

Impact dévastateur sur les écosystèmes

Selon les calculs effectués par chercheurs des universités de New York et de Dalhousie (Canada), seuls 7 % des pêcheries certifiées par MSC relèvent de «la petite pêche à faible impact» (navires de moins de 12 mètres de long, méthodes douces à la ligne, au casier, au filet, à l’hameçon).

L’écrasante majorité (83 %) de celles qu’il estampille ont des méthodes industrielles (chaluts de fond et dragues) présentant un impact dévastateur sur les écosystèmes marins.

2020 05 06 12h00 45© Bloom Association

«Rien d’étonnant à cela», note Bloom. «Le label MSC considère que seule la pêche à l’explosif et au poison, comme le cyanure, n’est pas “durable”. Tout le reste peut prétendre à une certification».

En outre, l’ONG qui s’est fait connaître publiquement pour ses campagnes victorieuses contre le chalutage profond (1) met en cause assez violemment les méthodes de certification elles-mêmes :

«Le cabinet chargé d’évaluer la pêcherie est choisi et rémunéré par… la pêcherie ! Le modèle du MSC repose sur la zone grise de la corruption: le clientélisme, la confusion des intérêts, la partialité.» (2)

Mais il y a peu de chances pour que le consommateur soit au courant des pratiques réelles de MSC.

L’écolabel sait parfaitement communiquer: selon les calculs de Bloom, la moitié (47 %) des illustrations qui figurent dans ses documents de communication représente des petits bateaux de pêche peu impactants. Les gros chaluts destructeurs apparaissent, eux, dans moins d’un tiers de sa com.

Cachez ce chalut que je ne saurais voir…

Arnaud GONZAGUE – © L’OBS

2020 05 06 11h48 50Lire le dossier de bloom Association: Imposture label msc (Pdf-9.46 Mo) - © Bloom Association

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Notes d’océan-vivant :

(1) …mais aussi contre la pêche électrique !!

(2) Un choix en toute confiance ?

Principales marques «françaises» de grande distribution «clientes» du MSC : Aldi, Carrefour, Casino, Connétable, Findus, Gourmet, Ikea, Lidl, Labeyrie, Marque Repère, Monoprix, Netto, Petit Navire, Picard, Purina, Sheba, Système U…

(3) Le "Margiris" (photo d'illustration de l'article) est un bateau-usine hollandais de plus de 140 m certifié "MSC pêche durable"

Mgg5bvmanchrfogcbvsla57zeu© Le Parisien

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Commentaires (1)

Lejet
  • 1. Lejet | 06/05/2020
Comment faire confiance à un label certifié par la wwf qui est en réalité un mensonge. On nous prend vraiment pour des jambons

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