C’est «L’océan (qui) rend notre planète habitable»

Biologiste du CNRS et océanographe, Françoise GAILL explique en quoi l’océan joue un rôle majeur dans le changement climatique.

Australie corail blanchiment francesoir field mise en avant principale 1 1L’accroissement des évènements extrêmes risque de causer de fortes mortalités chez les organismes marins, notamment chez ceux qui ne peuvent pas bouger comme les coraux. © WWF

Quel rôle l’océan joue-t-il dans le climat ?

L’aspect le plus important est le fait que l’océan régule le changement climatique. Il modère l’amplitude de ce changement parce qu’il absorbe la chaleur découlant des activités humaines, ces émissions de gaz à effet de serre que nous émettons dans l’atmosphère.

L’océan absorbe plus de 90 % de la chaleur qui résulte de ces émissions. Imaginez quelle température nous aurions à la surface de la terre sans cet océan ! Ce serait irrespirable.

L’océan absorbe également du gaz carbonique, ce qui en fait un puits de carbone important puisqu’il stocke près de 30 % du CO2 que nous émettons. Ce que fait l’océan ? Il rend notre planète habitable !

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Françoise GAILL, biologiste du CNRS. © CNRS

Quels sont les principaux effets du dérèglement climatique sur l’océan ?

Avec le changement climatique, l’océan se réchauffe. Quand la température s’élève, l’océan se dilate, son volume augmente, ce qui a comme conséquence un accroissement du niveau de la mer.

Ce réchauffement modifie aussi les caractéristiques de l’eau de mer qui perd son oxygène. Elle s’acidifie avec l’absorption de CO2, ce qui est dommageable pour la vie marine, comme les mollusques qui possèdent des coquilles calcaires.

Ces modifications présentent des risques : l’accroissement de la fréquence des événements extrêmes, le ralentissement éventuel de la circulation océanique, et des migrations d’espèces qui iront vers des zones plus froides… tout cela impactera les littoraux, les pêches régionales.

Il y aura aussi de fortes mortalités d’organismes marins qui ne peuvent pas bouger, comme les coraux, des écosystèmes emblématiques de nos territoires d’outre-mer.

Nos mers et océans sont-ils en bonne santé et en mesure de jouer leur rôle ?

Les mers sont les plus fragiles à court terme. L’océan se renouvelle grâce la circulation océanique ; les mers, situées près des continents, moins.

Elles sont soumises à des pollutions physiques diverses comme les plastiques, ou chimiques comme les polluants ou les perturbateurs endocriniens, pollutions dont on ignore encore les incidences précises sur l’équilibre des écosystèmes.

Tout ce qu’on trouve dans l’océan est exacerbé dans les mers. Avec le réchauffement des eaux et la désoxygénation qui s’ensuit, elles seront soumises à des explosions ponctuelles de microbes potentiellement toxiques, à des arrivées de méduses ou des épisodes de ce qu’on appelle des blooms plus fréquents.

Un océan en bonne santé, c’est un climat préservé.

Quelles mesures urgentes de préservation aimeriez-vous que les États et les organismes internationaux prennent ?

Il faut considérer l’océan comme un bien commun de l’humanité. Deux mesures majeures pourraient être prises : l’investissement dans l’exploration scientifique de l’espace océanique et la mise en place d’un réseau de 30 % d’aires marines protégées efficacement.

Il est aussi souhaitable que les États s’engagent sur un nouveau modèle d’usages de la mer qui permettent de préserver ses richesses (énergétiques, minérales ou vivantes), durablement, en adoptant par exemple le principe d’éco-conditionnalité des subventions aux activités de la mer.

Et les citoyens ?

Chaque citoyen a droit à l’accès à la mer physiquement, par l’imagination et les récits. Un mouvement culturel «ocean litteracy» – qui signifie en gros, «apprendre l’océan» – devrait jalonner cette décennie des sciences de l’océan. Il a déjà commencé dans le réseau des aquariums dont Océanopolis fait partie. N’oublions pas que la France est un archipel.

L’océan, ce n’est pas seulement le climat ou la biodiversité, c’est la partie de la planète qui nous permettra de rebondir demain. Il nous faut apprendre la mer.

Propos recueillis par Christelle GUIBERT - © Ouest-France - https://www.ouest-france.fr/environnement/climat/entretien-l-ocean-rend-notre-planete-habitable-explique-une-oceanographe-6854501

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