Des vagues de plus en plus extrêmes affectent l’Arctique

Avec le recul de la banquise, les vagues deviennent de plus en plus extrêmes à proximité du bassin arctique. Une évolution inquiétante quand on sait l’érosion et les dégâts qu’elles peuvent provoquer au niveau des littoraux. Et cette tendance est amenée à s’accélérer selon des résultats publiés par le Journal of Geophysical Research.

Arctic blizzard hailstorm polar low 2418961 e1594409552123 1200x675© Pexels

Dans le contexte du changement climatique, le bassin arctique joue d’une certaine façon le rôle du canari dans la mine de charbon. En effet, à de nombreux égards, la région se présente comme un éclaireur des bouleversements en cours. Citons entre autres un réchauffement 2 à 3 fois plus rapide que la moyenne globale et un recul des glaces particulièrement abrupt. En raison de cette sensibilité, le monde Arctique est activement suivi par les chercheurs.

Une tendance à des vagues de plus en plus extrêmes

Dans cette perspective, une nouvelle étude parue ce mois de juillet avertit qu’en climat plus chaud, la fréquence et l’intensité des vagues extrêmes s’aggraveront sensiblement.

Or, ces dernières ont des impacts notablement délétères sur l’environnement, l’économie locale ou encore les communautés et les infrastructures côtières.

Selon les chercheurs, la hauteur annuelle maximale des vagues devrait doubler à tripler près des littoraux d’ici la fin du siècle. Autrement dit, les vagues seront en moyenne supérieures de 2 mètres à celles observées actuellement.

Le cas échéant, la fréquence d’inondations côtières extrêmes se verrait multipliée par 7 (± 3). L’incertitude reflétant la dispersion des modèles climatiques utilisés dans le cadre de l’étude.

Actique banquise e1594410308377

Évolution de l’extension de banquise arctique en septembre entre 1979 et 2019 (en millions de km²). Notez le record bas de 2012. © NSIDC

Les simulations montrent que l’un des secteurs les plus touchés sera la mer du Groenland. En effet, l’augmentation moyenne de hauteur des vagues pourra y atteindre 6 mètres d’ici 2100.

De manière générale, cette évolution dans la dynamique océanique est liée à la disparition de la glace de mer qui laisse une surface d’eau libre toujours plus grande.

Ainsi, les vagues peuvent se propager de plus en plus profondément dans le bassin sans perdre en puissance. En particulier, lors des tempêtes d’automne.

Le rôle-clé du recul de la glace de mer

«À mesure que plus de glace fondra et qu’une plus grande partie de la surface de l’océan Arctique sera exposée au vent, la hauteur des vagues augmentera car celle-ci dépend de la distance d’eaux libres sur laquelle le vent souffle» détaille Judah Cohen, spécialiste de l’Arctique n’ayant pas participé à l’étude.

«Le retrait de la glace de mer joue un rôle important (…) également en augmentant les probabilités de vents forts au-dessus des eaux libres de glace» ajoute Mercé Casas-Prat, auteur principal du papier.

Enfin, notons que s’il s’agit bien là de projections, une tendance à la hausse des épisodes de vagues extrêmes est d’ores-et-déjà observée. Les communautés locales rapportant une accélération de l’érosion côtière et des dégâts considérables suite à ces épisodes dans certains secteurs.

Concluons en mentionnant que la présence de vagues plus énergétiques risque d’accélérer encore plus le recul de la banquise. En somme, un cercle vicieux.

Damien ALTENDORF - © SciencePost

Lire aussi :

L’acidification de l’océan Arctique plus importante que prévu

Des chercheurs ont étudié l’acidification future de l’océan Arctique en appliquant une nouvelle technique d’analyse des simulations climatiques. Ils ont ainsi pu mettre en évidence une relation entre la densité des eaux de surface de l'Arctique et son acidification future. Lire la suite…

L'Atlantique nord colonise l'océan Arctique

Une étude montre que les courants de l’Atlantique nord vers l’océan Arctique se sont intensifiés au cours des deux dernières décennies. Un phénomène nommé “atlantification”, qui permet l’intrusion accélérée d’eau chaude et d’espèces atlantiques dans les eaux boréales. Lire la suite…

La fonte du Groenland: "ça fait peur"

Mesurer la fonte des glaces au Groenland ou en Antarctique est un exercice relativement précis en 2019, grâce à un arsenal de satellites, de stations météo et de modèles climatiques sophistiqués. Lire la suite…

La fonte de l’Arctique affecte les courants océaniques

En Arctique, le réchauffement climatique apparaît deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Et en 2019, l'extension minimale des glaces de mer a été inférieure de 33 % à la moyenne de 1981-2010. Selon des chercheurs, cette situation anormale pourrait affecter les courants océaniques et plus encore. Lire la suite…

Arctique: Les effets du changement climatique sur le plancton

La fondation Tara Océan et des chercheurs du CNRS ont étudié la biodiversité du plancton autour du monde. Menacé par le changement climatique, il pourrait disparaître en Arctique, entraînant le dérèglement de tout un écosystème marin. Lire la suite…

À mesure que l'Arctique fond, des tonnes de mercure sont libérées dans l'atmosphère

Le pergélisol cache de grandes réserves de mercure, métal pouvant être toxique et qui à mesure que la Terre se réchauffe pourrait contaminer les poissons et autres animaux marins. Lire la suite…

Ajouter un commentaire