Un filet de pêche biodégradable et compostable en test

Pour lutter contre les déchets plastiques non recyclables et le fléau des filets perdus en mer, un prototype de filet de pêche en bioplastique, biodégradable et biosourcé est actuellement en test sur un bateau fileyeur de Boulogne-sur Mer.

W453 118405 aamp batoUn fileyeur de Boulogne-sur-Mer Jérémy DEVOGEL, s'est porté volontaire pour tester le prototype de filet de pêche. Crédits : Line VIERA / OFFICE FRANÇAIS DE LA BIODIVERSITÉ

C'est une première en Europe: fin juin, 900 mètres de filet de pêche compostable ont été embarqués à bord du Néréides II, un navire de pêche ancré à Boulogne sur Mer. L'objectif est de lutter à la fois contre l'accumulation des déchets plastiques difficilement valorisables et le fléau de la "pêche fantôme" engendrée par les filets de pêche perdus en mer.

Un filet dérivant continue à emprisonner inutilement et pendant des siècles des espèces marines et leurs prédateurs, causant chaque année la mort de près de 140.000 mammifères marins, tortues, et autres oiseaux de mer.

La solution ? Des filets biodégradables en mer et compostables à terre. Tel est le projet qui a été conçu par le Parc naturel marin des Estuaires Picards et de la Mer d'Opale, coordonné par la société Nautique Conseil et développé techniquement par l'entreprise Seabird.

Rendre un plastique biodégradable, une histoire d'atomes

Basée à Lorient, la société Seabird est spécialisée dans la formulation et la mise en œuvre de bioplastiques compostables pour des applications dans l'environnement marin. "Il existe de nombreux types de bioplastiques sur le marché aujourd'hui, explique Vincent Mathel, ingénieur bioplastique chez Seabird. Mais leur mise en œuvre chez les industriels peut s'avérer difficile et le produit obtenu a souvent des propriétés inadaptées à l'application, notamment dans un milieu comme l'environnement marin. C'était notre tâche d'adapter ces matières et de trouver la recette pour cette utilisation spécifique."

Soit un savant mélange de bio-polyesters non toxiques pour l'environnement qui doit à la fois assurer un temps d'application de 3 à 5 ans et se biodégrader dans l'environnement.

Cover r4x3w1000 5f04ef1fbc836 aamp filet ouverture900 mètres de filets biosourcés et compostables ont été embarqués sur un bateau de pêche côtière à Boulogne-sur-Mer pour une première expérimentation de quatre mois. © Line VIERA / OFFICE FRANÇAIS DE LA BIODIVERSITÉ

Qu'est-ce qui rend un plastique biodégradable ? "Les plastiques les plus communs, biodégradables ou non, sont composés de groupements d'atomes de carbone, d'hydrogène, d'oxygène liés entre eux par des liaisons chimiques. À l'inverse des plastiques conventionnels, les liaisons chimiques des plastiques biodégradables, plus faibles, peuvent être cassés par les micro-organismes", souligne Vincent Mathel.

Un processus qui permet d'une part de convertir le matériau en gaz carbonique, eau, méthane et biomasse, et d'autre part d'être assimilé et digéré par ces microorganismes.

Après deux ans de développement pour obtenir le bon matériau, un prototype de 900 mètres a été filé. Un autre filet de 900 mètres de nappes conventionnelles va servir de témoin.

Le filet de pêche finalisé est composé au final d'une alternance de nappes de 300 mètres de filet conventionnel suivi de 300 mètres de filet compostable, le tout répété trois fois. Cela forme ainsi un trémail, un filet utilisé par les fileyeurs, ces pêcheurs qui pratiquent la petite pêche côtière.

Un financement de 750.000 euros

Ce trémail sera testé pendant une période de quatre mois, soit une saison de pêche, les filets conventionnels n’ayant que cette même durée de vie. D’où l’intérêt du compostage ! Après quatre mois d’utilisation, ils deviennent en effet des déchets. Or comme ils ont accumulé sable, algues, etc., ils ne peuvent être recyclés.

Pour chaque pêcheur fileyeur, ce serait ainsi sept tonnes de filets en nylon qui partiraient chaque année à l’enfouissement.

Ce nouveau type de filets pourraient en revanche être compostés industriellement à leur débarquement au port. Et s’ils étaient perdus en mer, ils se décomposeraient et seraient in fine assimilés par l’environnement.

"Cette première expérimentation doit permettre d’améliorer le matériau, l’idée étant d’adapter ensuite le concept à toutes les flottilles", conclut Vincent Marthel.

L’hiver prochain, quatre navires de pêche boulonnais pourraient ainsi embarquer 3.000 mètres de filets biodégradables chacun. Le projet bénéficie d’un financement de 750.000 euros provenant de l’Europe et de France Filière Pêche.

Seabird développe par ailleurs des produits pour les secteurs ostréicole, mytilicole, mais aussi avec les hôpitaux de Paris pour les textiles jetables, tels que surblouses, surchaussures, charlottes et… masques ! Qui pourraient produire eux aussi du compost.

Sylvie ROUAT - © Sciences et Avenir (abonnés)

Lire aussi :

Des balises satellites pour lutter contre les filets fantômes

Pris au piège dans les mailles des filets de pêche perdus, espadons, dauphins, requins et autres poissons et crustacés sont piégés en très grand nombre. Pour lutter contre ces ravages au fond des mers, un projet expérimental va les tracer par satellite. Lire la suite...

Des filets de pêche biodégradables pour lutter contre la pollution plastique

Le projet Indigo, qui vise à créer des engins de pêches biodégradables (filets, casiers, etc.), en vue de réduire les déchets marins et leurs conséquences "dévastatrices" pour l'environnement et la biodiversité, a été lancé mercredi à l'Université de Bretagne Sud. Lire la suite…

Des filets de pêche lumineux contre les prises accidentelles

Des chercheurs britanniques ont testé des filets de pêche munis de LED. Ils ont noté une réduction considérable des prises accidentelles de dauphins et de tortues qui semblent mieux repérer les installations ainsi. Lire la suite…

Les ravages de la pêche fantôme (vidéo)

La pêche fantôme définit les conséquences de la perte ou de l’abandon de matériel de pêche sur l’environnement marin. Les filets continuent de piéger les animaux marins. De plus, composés de plastiques, ils polluent les mers en se dégradant ils menacent la biodiversité. Le matériel de pêche tombé à l’eau représente 10 % de la pollution plastique des océans, rappelle la FAO. Voir la vidéo…

Ajouter un commentaire