Les fous de Bassan bretons vont-ils disparaître ?

C’est l’unique colonie de fous de Bassan en France et elle représente 4 % de l’effectif mondial. Dans l’archipel des Sept-Îles, à Perros-Guirec (Côtes-d’Armor), une vingtaine de milliers de couples nichent sur l’île Rouzic. Pourtant, le nombre de poussins viables ne cesse de chuter depuis plusieurs années.

Image 1024 1024 13916959D’une envergure de 1,80 mètre, le fou de Bassan est le plus gros oiseau marin d’Europe. Les créateurs du Concorde s’en sont inspirés pour concevoir le fuselage de l’avion. © Ouest France

Les fous de Bassan feront-ils plus de petits cette année ? C’est la question qu’on se pose, non sans une certaine appréhension, à la station de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de l’île Grande, en Bretagne, où l’on veille sur la Réserve naturelle des Sept-Îles au large de Perros-Guirec (Côtes-d’Armor).

Nous sommes à quelques jours de l’arrivée des premiers migrateurs marins, attendus pour la fin de ce mois de janvier sur l’île Rouzic, où niche l’espèce jusqu’à la fin octobre. C’est l’unique colonie de fous de Bassan en France et elle représente 4 % de l’effectif mondial.

Mais leur capacité à renouveler les générations et le peuplement de la colonie commence à être un sujet d’inquiétude pour l’équipe de la LPO. Sachant déjà que l’espèce n’est pas, naturellement, des plus prolifiques, un couple ne produisant, chaque saison, qu’un seul et unique œuf.

Image 1024 1024 13916968© Ouest France

Des nids restent vides

Au fil de la décennie qui vient de s’écouler, les nichées sont, en effet, devenues de moins en moins productives. Il y a une vingtaine d’années encore, 90 % des couples (20 000 environ) donnaient naissance à un poussin viable, c’est-à-dire capable de prendre son envol seul au terme des trois mois passés avec ses géniteurs après la naissance.

En 2018, ce chiffre est tombé à 19 % marquant le point le plus bas d’un déclin amorcé les années précédentes (32 % en 2017, 50 % en 2016, 58 % en 2015, 63 % en 2014). Des statistiques établies par la LPO qui scrute cette évolution à partir d’un échantillon suivi en permanence. Et il apparaît ainsi que des nids restent désespérément vides. Leurs occupants, faute de pouvoir assurer leur descendance, les désertent.

On constate aussi que de plus en plus d’œufs n’arrivent pas à éclosion ou que des oisillons ne survivent que quelques heures ou quelques jours. Parallèlement, la population des fous de Rouzic connaît des fluctuations d’effectif assez importantes depuis le pic de 22 000 couples en 2011.

Depuis, «la situation est chaotique avec des fluctuations d’effectifs», note Pascal Provost, conservateur de la réserve. Les chiffres chutent puis remontent une année, plongent à nouveau avant de remonter une nouvelle fois comme ça a été le cas l’an dernier où l’on y a recensé 21 524 couples.

Image 1024 1024 13916960Cent nids sont suivis en permanence de mai à octobre par les membres de la Ligue de protection des oiseaux de leur station de l’île Grande, sur la côte de Granit rose (Côtes-d’Armor). © LPO

Difficulté à trouver de la nourriture

Ces fluctuations s’accompagnent de changements notables dans le comportement des oiseaux. «Ces dernières années, on constate qu’ils sont obligés de couvrir des distances de plus en plus longues pour trouver de la nourriture», souligne Sophie Guillaume, responsable d’animation à la LPO.

Il y a dix ans, un fou volait, en moyenne, 500 kilomètres pour faire le plein. Aujourd’hui, il doit en faire le double, parfois jusqu’en Atlantique. La raréfaction de la ressource, le réchauffement des eaux qui fait migrer vers le nord ou évoluer plus en profondeur certaines espèces de poissons pourraient, aussi, en être, en partie, à l’origine.

Le préposé au ravitaillement de la nichée passe, en effet, plus de temps loin de sa base. Résultat, l’autre parent doit, à son tour, partir chercher de quoi nourrir leur petit, livré, alors, à lui-même et aux prédateurs. En général, ça finit mal.

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Une vingtaine de milliers de couples nichent sur l’île Rouzic, seule colonie française de fous de Bassan, représentant 4 % de l’effectif mondial. © archives Ouest-France

D’autres facteurs peuvent influer sur cette baisse de population qui affecte aussi les cinq colonies d’Amérique du Nord. Le fait que, par exemple, en se rabattant sur des rejets de pêche, faute de capture, le fou «subit un stress nutritionnel qui affecte sa condition corporelle et finalement sa reproduction», notait la LPO dans son bilan 2018 de la Réserve des Sept-Îles.

Reste que ce déclin n’est pas forcément inéluctable. En 2019, en effet, la proportion de poussins viables est remontée à 58 %. Cette reprise se confirmera-t-elle cette année ? «2020 va être une année cruciale», reconnaît Sophie Guillaume.

Loïc BEAUVERGER - © Ouest France

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