L’océan devient si acide qu’il dissout les carapaces des crabes

Une nouvelle étude révèle un fait alarmant : l’acidité de l’Océan Pacifique est devenue si importante qu’elle dissout les coquilles des larves de crabes. Ce phénomène arrive bien plus tôt que ce que les chercheurs craignaient, démontrant encore une fois l’état critique de nos océans et ses conséquences potentielles sur toute la chaîne du vivant.

Big 20160624153154 82

Cette étude a été menée par une équipe internationale de chercheurs et financée par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). La NOAA étudie notamment l’acidification des océans et l’impact des changements de pH sur les côtes.

L’acidité de l’eau ne fait qu’augmenter

Il faut savoir que les océans du monde absorbent environ 30% du dioxyde de carbone rejeté dans l’atmosphère. Cela signifie que, comme les niveaux de CO2 dans l’atmosphère ont augmenté, il en va de même pour les niveaux de CO2 dans l’eau de mer, ce qui entraîne à son tour une augmentation de l’acidité de l’eau.

À présent, les chercheurs ont constaté que l’acidification des océans le long de la côte ouest des États-Unis s’intensifie plus rapidement que celle observée dans le reste du globe.

Cela est particulièrement criant dans les régions littorales (allant jusqu’à 200 mètres de profondeur), qui connaissent une capacité tampon inférieure tout en fournissant en même temps des habitats conséquents pour les espèces importantes sur le plan écologique et économique.

C’est pour cette raison que les chercheurs se sont concentrés sur cette zone lors de leur étude, en étudiant une espèce emblématique de la région : le crabe dormeur.

Et, selon les résultats, l’acidité de l’eau est devenue si élevée qu’elle va jusqu’à dissoudre les coquilles de crabes dormeurs nouvellement éclos.

Les crabes vont s’affaiblir… et ce, plus vite que prévu

Les chercheurs ont découvert que les niveaux de pH plus faibles dans leur habitat affectent les larves en dissolvant des parties de leur carapace et endommageant leurs organes sensoriels (qu’ils utilisent généralement pour naviguer dans leur environnement).

Ce fait particulier est déjà bien inquiétant. Cependant, les scientifiques ont davantage été alertés sur la prématurité de ce phénomène. En effet, l’acidité de l’eau ne devrait pas affecter les crabes de manière aussi rapide.  «Nous avons découvert des effets de dissolution sur les larves de crabes qui ne devraient pas se produire avant bien plus tard dans le siècle», a déclaré Richard Feely, co-auteur de l’étude et scientifique principal de la NOAA.

Cela ne peut que générer de nombreux problèmes pour les crabes : une incapacité à se défendre face aux prédateurs, une mauvaise flottabilité et une perte d’orientation en raison de la perte de leurs organes sensoriels, et de la difficulté à se déplacer.

En effet, les conséquences de la dissolution des larves de crabe sont absolument dramatiques pour leur développement vers l’âge adulte.

«Si ces larves de crabe ont besoin de trouver de l’énergie pour réparer leurs exosquelettes et sont par conséquent plus petits, le pourcentage qui atteindra l’âge adulte sera au mieux variable et baissera probablement à long terme», a déclaré la chercheuse Nina Bednarsek, de la Southern California Coastal Water Research Project, l’auteure principale de l’étude.

Cette découverte n’a pas seulement un impact sur les crabes et sur l’écosystème du Pacifique : elle pourrait également affecter les économies des villes du nord-ouest du Pacifique, qui pêchent et vendent les crustacés (dans ces zones, le crabe dormeur est un élément essentiel de la pêche commerciale).

Malheureusement, ce n’est pas tout

Le fait de prendre conscience de ces lésions des crabes n’est que l’un des nombreux symptômes démontrant l’état critique de nos océans. À présent, l’acidification des océans menace toute la chaîne alimentaire (car toutes les espèces sont interconnectées et vitales).

«Si les crabes sont déjà affectés, nous devons vraiment nous assurer que nous prêtons beaucoup plus d’attention aux différents composants de la chaîne alimentaire avant qu’il ne soit trop tard», a déclaré Bednarsek.

De plus, comme l’océan s’acidifie car il absorbe plus de dioxyde de carbone de l’atmosphère, cela abaisse le pH de l’eau. Puis, le fait que le pH soit plus bas, selon la NOAA, modifie les côtes en libérant un excès de nutriments pouvant donner lieu à des proliférations d’algues et ainsi participer à l’augmentation de la température et de la salinité de l’eau.

Par conséquent, les crustacés et les coraux ont plus de mal à former une coquille solide, car ils dépendent des ions carbonate, moins abondants dans les eaux plus acides.

En première ligne de mire, il n’y a donc pas uniquement les crabes, mais également les huîtres, les palourdes et le plancton, qui ont tous besoin des mêmes ions carbonate pour se renforcer.

Finalement, c’est donc tout le cycle des océans qui s’en retrouve affaibli de manière considérable.

La NOAA souligne qu’il est absolument vital de réduire notre empreinte carbone globale pour diminuer le dioxyde de carbone absorbé par la mer et tenter d’au moins ralentir l’augmentation de l’acidification des océans.

Stéphanie SCHMIDT - © Trust My Science

Lire aussi :

L'acidification des océans endommage la peau des requins

L’acidification des océans inquiète les scientifiques

Tout ce qu’il faut savoir sur l’acidification des océans

Ajouter un commentaire