Quand le réchauffement rend l’océan plus bruyant

Elles n’en ont pas l’air, mais ces petites crevettes sont le deuxième animal le plus bruyant dans l’océan. Avec l’eau qui se réchauffe, elles risquent de faire encore plus de bruit, selon une étude scientifique. Ce changement de comportement pourrait menacer l’écosystème marin.

Image 1024 1024 14236771Avec leurs pinces claquantes, ces crevettes font un bruit semblable à une détonation. © Woods Hole Oceanographic Institution

On les nomme les «crevettes pistolets à pattes épineuses». Les Alpheus dentipes tirent cette qualification de l’impressionnant bruit que produit leur grosse pince claquante, qui s’approcherait de celui d’un coup de feu. En termes de volume, ce bruit dépasse même la détonation d’une arme à feu, en atteignant les 210 décibels.

Si elles font un tel fracas sous l’eau, c’est pour communiquer entre elles, afin de défendre leur territoire et chasser. En se refermant, leur pince crée une bulle qui implose en engendrant un claquement très sonore.

Si la crevette pistolet n’est pas l’animal marin le plus bruyant – c’est le cachalot qui détient le record, avec 230 décibels – elle produit cependant un boucan bien supérieur lorsqu’elle se balade en bande. Lors de leurs déplacements collectifs, ces crevettes sont en effet capables d’émettre des crépitements si forts qu’ils peuvent perturber, voire bloquer le sonar d’un sous-marin. L’étonnante faculté de ces petites bêtes a même été utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale pour brouiller les sonars ennemis.

Un son plus fort et plus fréquent

Et le concert subaquatique des crevettes ne semble pas devoir s’atténuer. Des recherches de l’Institut océanographique de Woods Hole, aux États-Unis, assurent en effet que les crevettes pistolets risquent de devenir «encore plus bruyantes et plus gênantes pour les humains et la vie marine avec le réchauffement de l’océan». Cela se traduirait à la fois en fréquence – les crevettes feront plus souvent du bruit – et en volume – ce bruit sera plus fort.

Les chercheurs sont parvenus à ces conclusions après une série d’expériences : ils ont placé les crevettes dans des aquariums en laboratoire et écouté les sons qu’elles produisaient, en fonction des variations de la température de l’eau. La température influerait en effet sur leur comportement, les amenant à plus ou moins se déplacer par exemple.

Des océans plus chauds, comme c’est déjà le cas, seraient donc aussi synonymes d’océans plus bruyants. Des conséquences qui pourraient mettre en danger les écosystèmes marins, les poissons utilisant le son pour communiquer.

Des conséquences à nuancer

Toutefois, une autre étude présente une tendance différente. Publiée en 2016 par l’institution scientifique britannique The Royal Society, elle s’intéresse pour sa part aux conséquences non pas du réchauffement climatique mais de l’acidification des océans, un phénomène qui est aggravé par la pollution aux émissions de CO2.

Selon les chercheurs, l’acidification du milieu aurait pour conséquence de réduire considérablement la fréquence et le volume des crépitements émis par la crevette pistolet à pattes épineuses. Dans de l’eau à forte concentration de CO2, les crevettes seraient effectivement nettement moins rapides, ce qui les amènerait à faire moins de bruit…

Reste à savoir quel effet, entre le réchauffement climatique et l’acidification des océans, influencera le plus le comportement de ces étonnantes crevettes dans les années à venir.

© Ouest France

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