La fonte de l’Arctique affecte les courants océaniques

En Arctique, le réchauffement climatique apparaît deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Et en 2019, l'extension minimale des glaces de mer a été inférieure de 33 % à la moyenne de 1981-2010. Selon des chercheurs, cette situation anormale pourrait affecter les courants océaniques et plus encore.

2020 02 13 18h40 09© Kathryn HANSEN / Nasa

Grâce à des données satellitaires, des chercheurs de la Nasa (États-Unis) ont étudié l'évolution du gyre de Beaufort sur ces douze dernières années. Ils ont pu observer comment ce système anticyclonique de circulation dans l'océan Arctique a précairement équilibré un afflux massif d'eaux froides et douces. Afflux massif lié à la fonte estivale et automnale des glaces de mer, anormalement importante depuis quelques décennies.

Depuis les années 1990, le gyre de Beaufort a accumulé une quantité importante d'eau douce : 8.000 km3. « Presque le double du volume du Lac Michigan », précise un communiqué de la Nasa (États-Unis). C'est dire, puisque le lac Michigan, en volume, apparaît comme le deuxième plus grand des Grands Lacs américains. « Si le gyre de Beaufort venait à libérer cet excès d'eau douce aujourd'hui, cela aurait des implications sur le climat, notamment sur celui de l'Europe de l'ouest », assure Tom Armitage, chercheur à la Nasa.

Rappelons que le gyre de Beaufort participe à l'équilibre de l'environnement polaire en stockant de l'eau douce près de la surface de l'océan. C'est un système anticyclonique de circulation dans l'océan Arctique.

Du côté du nord du Canada et de l'Alaska, d'abord, il recueille naturellement de l'eau douce venant de la fonte des glaciers, du ruissellement des rivières et des précipitations. Cette eau douce flotte sur l'eau salée. Elle aide à protéger les glaces de mer de la fonte. Et ainsi, à réguler le climat. Le gyre de Beaufort libère ensuite lentement - sur une période de plusieurs dizaines d'années - cette eau douce dans l'océan Atlantique. Qui lui-même, l'évacue progressivement.

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C’est en septembre de chaque année que l’étendue de glace de mer en Arctique atteint son minimum. Ce graphique montre clairement un déclin de l’étendue de ces glaces depuis 1979. © NSIDC, Nasa

Un équilibre délicat entre vents, océan et glaces

Mais cette belle et délicate mécanique semble donc aujourd'hui remise en question. À cause du déclin de la couverture glacée estivale de l'Arctique, le gyre de Beaufort s'est trouvé plus exposé à des vents d’ouest. Des vents d'ouest persistants là où par le passé, les vents changeaient de direction tous les cinq à sept ans.

Résultat : le gyre de Beaufort s'est élargi et il s'est mis à tourner plus vite et il est devenu plus turbulent. L'eau douce en est restée prisonnière.

En effet, l'eau douce qui circule de l'océan Arctique vers l'Atlantique nord peut modifier la densité des eaux de surface. Normalement, l'eau de l'Arctique perd de la chaleur et de l'humidité dans des échanges avec l'atmosphère.

Elle coule au fond de l'océan et file de l'Atlantique nord vers les tropiques. Ce courant important est appelé la circulation méridienne de retournement atlantique ou Amoc. Il aide à réguler le climat de la planète en transportant la chaleur de l'eau chauffée par les tropiques vers les latitudes plus nordiques.

Son ralentissement - conséquence de déversement brutal dans l'Atlantique de l'excès d'eau douce contenue dans le gyre de Beaufort - pourrait avoir un impact négatif sur la vie marine et les communautés qui en dépendent.

Les chercheurs de la Nasa révèlent également que, le gyre de Beaufort est déstabilisé en raison d'un surplus d'énergie dû aux vents. Cependant, il parvient toujours à expulser cette énergie excédentaire en formant de petits tourbillons circulaires d'eau.

Bien que la turbulence accrue ait contribué à maintenir le système en équilibre, elle a le potentiel d'entraîner une fonte des glaces supplémentaire, car elle mélange des couches d'eau froide et douce avec de l'eau salée relativement chaude en dessous.

La fonte des glaces pourrait, à son tour, entraîner des changements dans la façon dont les nutriments et les matières organiques dans l'océan sont mélangés, affectant considérablement la chaîne alimentaire et la faune dans l'Arctique.

Des travaux qui font finalement la lumière sur l'équilibre délicat qui existe en Arctique entre le vent et l'océan alors que la banquise recule sous l'effet du changement climatique.

Nathalie MAYER - © Futura Sciences

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