L'Océan à la bouche

Captures accidentelles de dauphins: les affamer un peu plus ?

L’ensemble des chalutiers du Golfe de Gascogne sera équipé à partir du 1er janvier et toute l’année de dispositifs acoustiques destinés à éloigner les cétacés, pour limiter les captures accidentelles de dauphins, a annoncé jeudi le ministère de la Mer.

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© Observatoire scientifique PELAGIS

«Cette décision nous engage en faveur d’une limitation des captures de cétacés», a déclaré la ministre Annick Girardin dans un communiqué, alors que la Commission européenne accuse la France de ne pas respecter ses obligations envers le dauphin commun, espèce protégée.

Un arrêté publié jeudi obligera l’ensemble des chalutiers à s’équiper de ces dispositifs acoustiques à partir du 1er janvier 2021, ce qui fera passer de 40 à 80 le nombre de navires équipés, a précisé le ministère, indiquant qu’au moins 25% des navires seront contrôlés.

Et l’obligation s’appliquera toute l’année, et non plus seulement quatre mois par an.

«Nous ne nous arrêterons pas là», a assuré Annick Girardin. «D’autres engagements sont prévus pour 2021. Ils portent notamment sur le renforcement de la connaissance de l’état de conservation de la population des cétacés et des interactions entre les navires de pêche et les dauphins», a-t-elle ajouté.

Depuis 2016, l’observatoire scientifique Pelagis constate une aggravation du phénomène de captures accidentelles liée aux pratiques de pêche, qui menace la population de dauphins communs dans le golfe de Gascogne.

Du 1er janvier au 17 mars, date du 1er confinement, un millier de petits cétacés se sont échoués sur les côtes atlantiques, dont 80% de dauphins communs.

8 à 10.000 cétacés tués chaque hiver

Mais la plupart des cadavres coulent en mer et Pelagis estime entre 8.000 et 10.000 le nombre de cétacés tués chaque hiver depuis deux ans dans le Golfe de Gascogne. Et scientifiques et ONG craignent une nouvelle saison noire.

Le Ciem, organe scientifique qui surveille les écosystèmes de l’Atlantique nord et le niveau des stocks de poissons, a recommandé dans cette zone des «fermetures temporaires» de la pêche.

Mais la ministre de la Mer a rejeté cette hypothèse, promettant davantage de contrôles.

Le plan présenté en octobre, jugé insuffisant par les associations écologistes, prévoit également de renforcer la présence d’observateurs sur les bateaux et d’expérimenter des caméras à bord.

© AFP

Le Ministère de la Mer vient de publier un arrêté imposant la pose de pingers sur 80 chalutiers à partir du 1er janvier 2021 dans le but annoncé de limiter les captures de dauphins.

Sea Shepherd salue la prise de conscience du Ministère de la Mer qui affirme ouvertement la nécessité de réformer le secteur de la pêche afin d'en faire une activité plus durable et plus respectueuse du milieu marin dans un contexte où les captures de dauphins par les engins de pêche ne cessent d’augmenter sur la façade atlantique française.

La situation devient si alarmante que la Commission Européenne a mis la France en demeure de prendre des dispositions d’urgence pour enrayer l’hécatombe de cette espèce protégée.

Si ce constat dramatique est désormais largement partagé, le Ministère reste pour l'instant dans la pure déclaration d'intention et refuse d'imposer les mesures véritablement efficaces évoquées par les scientifiques pour limiter les captures d'espèces protégées, à commencer par les dauphins.

Le Ministère semble vouloir faire des pingers la pierre angulaire de sa stratégie or il s’agit de dispositifs de répulsion acoustique qui visent à exclure les dauphins de leur zone de nourrissage, la même zone qui est occupée par les chalutiers pélagiques et de nombreux autres bateaux de pêche.

Une pose à grande échelle de pingers constitue un problème de survie pour les dauphins qui se retrouvent exclus de leur zone de vie.

À petite échelle, des effets contre productifs ont aussi été notés, le fameux "Dinner Bell effect", ou phénomène d'accoutumance qui conduit les dauphins à braver la pollution sonore induite par les pingers qu'ils ont identifiés comme des indicateurs de la présence de filets de pêche, et donc de nourriture.

Ces derniers se retrouvent alors piégés dans les filets comme nos équipes ont pu le constater et le filmer l'hiver dernier. En l’occurrence, sur les images filmées l’hiver dernier dans le Golfe de Gascogne, paire de chalutiers, Jérémy Simon et Prométhée, équipés de pingers capturent malgré tout un dauphin. Cette paire a été filmée trois années consécutives par nos équipes avec des dauphins dans son chalut.

Par ailleurs, le niveau de décibels des pingers excède les limitations légales en matière d’harcèlement sonore d'espèces protégées.

Pour toutes ces raisons, Sea Shepherd dépose dès ce week-end, un recours devant le Conseil d'État contre cet arrêté.

En outre, nous interpellons le Ministère sur la nécessaire mise en place de mesures sérieuses recommandées par les scientifiques pour enrayer l'hécatombe de dauphins que nous connaissons.

Qu'en est-il des caméras imposées à bord des navires pour documenter les captures, à l'instar des modèles australiens ou danois ? Qu'en est-il également des fermetures spatio-temporelles des zones sensibles demandées par les scientifiques ?

Nous attendons également de savoir quelles mesures vont être prises afin de s'assurer que les pêcheurs respectent enfin l'obligation légale de déclaration de captures de dauphins. En effet, en 2019 sur plus de 10 000 captures estimées par les scientifiques sur la base des cadavres mutilés échoués sur les plages, moins d'une dizaine de déclarations ont été enregistrées.

L'urgence pour enrayer les captures est de lever l'opacité sur le secteur et d'exclure les méthodes de pêche non sélectives des zones sensibles comme le Golfe de Gascogne. Les pêcheurs et le Ministère doivent de toute urgence améliorer la transparence du secteur et sa conversion vers des méthodes de pêche, plus sélectives et durables.

En aucun cas, le déploiement de pingers ne constitue une solution crédible et il ne saurait servir de démonstration d'un quelconque engagement sérieux du Gouvernement français à réduire les captures de dauphins dans le Golfe de Gascogne.

© Sea Shepherd France

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