L’élévation du niveau de la mer sous-estimée

L'élévation du niveau de la mer est l'une des conséquences du réchauffement climatique. Dans l'espoir de protéger au mieux les populations exposées, les chercheurs tentent d'affiner leurs modèles. Et plus ils y intègrent de détails, plus les résultats sont inquiétants.

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Deux manchots Adélie au cap Denison, dans l’est de l’Antarctique. © Pauline ASKIN / REUTERS

Avec les températures qui augmentent, le niveau de la mer s'élève. D'abord par effet de dilatation thermique. Car une eau plus chaude occupe un volume plus important. Dans une proportion plutôt facile à évaluer et à prévoir toutefois.

Ensuite, parce qu'en Arctique - entre autres -, les glaces fondent. La calotte glaciaire du Groenland est ainsi réputée susceptible de contribuer à une élévation du niveau des eaux de plus de sept mètres.

C'est colossal. Et d'autant plus inquiétant que la région se réchauffe incontestablement plus rapidement que le reste de la planète. Mais le processus global est plus complexe.

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«Les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent et un réchauffement climatique supérieur à 4 °C d'ici 2100 est devenu du domaine du possible.

Actuellement, des centaines de millions de personnes vivent dans des régions sujettes aux inondations côtières et la probabilité d'inondations encore pires augmentera considérablement en cas de forte élévation du niveau de la mer.

Pour l'heure, les mesures mises en place pour lutter contre les effets de ces inondations montrent une certaine efficacité. Mais si nous ne faisons rien pour limiter le réchauffement climatique anthropique, nous atteindrons un point où nous ne pourrions plus protéger les gens», prévient Martin Siegert, chercheur à l'Imperial College London (Royaume-Uni) dans un communiqué.

Avec son équipe, il a analysé les modèles qui prévoient les effets du réchauffement sur les calottes glaciaires. Pour un réchauffement de 4 °C d'ici 2100, ils entrevoient une élévation du niveau de la mer comprise entre 0,61 et 1,10 mètre.

Une fourchette sous-estimée, selon les chercheurs de l’Imperial College London. Car ces modèles ne tiennent pas suffisamment compte des détails des processus susceptibles d'entraîner rapidement une perte de masse importante du côté des calottes glaciaires.

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Le bilan de masse, c’est la différence entre la perte de masse annuelle de la calotte glaciaire par la fonte de surface et le gain de masse par les chutes de neige. Ici, en rouge, les prévisions des modèles les plus récents (CMIP6) et en bleu, celles des anciens (CMIP5). En haut, dans un scénario d’émissions de gaz à effet de serre élevées, au milieu, dans un scénario d’émissions moyennes et en bas, dans un scénario de faibles émissions. © Hofer et al.

Nouveaux modèles, nouvelle élévation du niveau de la mer

Des chercheurs de l’université d’Oslo (Norvège) confirment qu'à scénario d'émission équivalent, la contribution de la calotte glaciaire du Groenland au niveau de la mer du XXIe siècle est plus élevée dans les modèles les plus récents (CMIP6) que dans les précédents (CMIP5). Entre plus 2,6 et plus 5 centimètres.

En cause selon eux : une augmentation de température plus importante - jusqu'à plus 1,3 °C supplémentaire en Arctique - s'accompagnant d'une fonte plus intense.

Ainsi dans un scénario d'émissions très élevées, les nouveaux modèles donnent, d'ici 2100, une saison de fonte plus longue de 22 jours! Le résultat à la fois d'une sensibilité du climat aux émissions de gaz à effet de serre plus importante que le pensaient les chercheurs. Et à des phénomènes de rétroaction positive qui prendraient de l'ampleur.

Les chercheurs indiquent notamment qu'un seuil critique pour l'Arctique est désormais annoncé pour 2046 dans un scénario d'émissions élevées. Les anciens modèles le situaient en 2058. Ce moment où la perte de masse annuelle de la calotte glaciaire par la fonte de surface dépassera le gain de masse par les chutes de neige. Où celui que les chercheurs nomment le bilan de masse deviendra négatif.

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Sur la côte nord-ouest du Groenland, la fonte des glaciers «en pente douce» pourrait entraîner un amincissement de la calotte jusqu’à 250 kilomètres à l’intérieur des terres. © Denis FELIKSON, Goddard Space Flight Center, Nasa

L’impact étonnant de la pente des glaciers

Des chercheurs de la Nasa se sont ainsi intéressés plus particulièrement à ceux que l'on appelle les glaciers émissaires. Des langues de glace qui coulent jusque dans la mer. Avec le réchauffement, ils reculent et s'amincissent.

Et la topographie de leurs lits montre que ceux qui coulent sur des pentes plus douces pourraient avoir un impact plus important que le pensaient les chercheurs.

De telles pentes douces permettraient en effet à l'amincissement de se propager plus facilement vers l'intérieur des terres. Grâce à des données satellites - Terra et ICESat - extrêmement précises, les chercheurs ont pu établir que le point de bascule se situait autour d'une inclinaison à seulement 3°.

Une plutôt bonne nouvelle pour les plus grands et les plus rapides des glaciers du Groenland. Ils pourraient en effet potentiellement contribuer de manière significative à l'amincissement et à la fonte de la calotte glaciaire.

Mais ils se situent dans des zones montagneuses où les pentes sont les plus «brutales». Et leur amincissement ne devrait donc finalement pas se propager loin à l'intérieur des terres.

«Les glaciers qui s'écoulent en pente douce, en revanche, pourraient avoir un impact en termes d'élévation du niveau de la mer que nous ne soupçonnions pas. Non pas parce qu'ils sont massifs, mais parce que leur dégradation peut se répandre sur les terres. Il faudra du temps pour cela. Mais à long terme, ils pourraient finir par contribuer tout autant à l'élévation du niveau de la mer que les grands glaciers», conclut Denis Felikson, chercheur, dans un communiqué de la Nasa.

Nathalie MAYER - © Futura science

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