Les lunettes qui pourraient aider à protéger l’Océan

«Et si porter des lunettes pouvait sauver les océans ?». C’est avec cette question percutante que Sea2See tente d’éveiller les consciences et, à sa manière, de contribuer à la dépollution des mers du globe. L’idée de cette société: commercialiser des lunettes entièrement fabriquées avec des déchets plastiques marins collectés par des pêcheurs.

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© Sea2See

C’est en juillet 2016 que François van den Abeele fonde la marque de montures optiques Sea2See. Cet entrepreneur belge, grand amoureux de la mer, s’est installé avec sa famille à Barcelone, au bord de la Méditerranée, il y a maintenant quelques années et, en résidant au plus près de cette grande bleue qu’il aime tant, il ne peut qu’observer qu’elle est de plus en plus polluée.

François van den Abeele creuse le sujet en profondeur et le constat qu’il tire de ses recherches est alarmant. «Chaque année, de 6,5 à 8 millions de tonnes de déchets plastique sont déversées dans les océans et finissent en microparticules ingérées par la faune marine, déplore-t-il. Parmi les déchets retrouvés en mer : des sacs plastique, du matériel de pêche et des emballages alimentaires. Au total plus de 600 espèces sont concernées par le problème des déchets marins» (1).

Pire, si rien n’est fait pour inverser cette tendance catastrophique, les experts estiment qu’en 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans l’océan !

La mode pour sensibiliser les consommateurs

Pour François van den Abeele, hors de question de rester les bras croisés et d’attendre que l’irrémédiable se produise sans réagir. Il a alors l’idée de créer une marque de lunettes entièrement conçues à partir de déchets plastiques marins recyclés.

«La mode me semblait doublement intéressante, explique l’entrepreneur. D'une part, tout le monde achète des vêtements ; d'autre part, la mode est, après le pétrole et le gaz, l'industrie la plus polluante au monde. Elle est donc un point de départ parfait pour sensibiliser le consommateur. D'où mon idée de créer des lunettes solaires et optiques à partir de déchets pêchés en mer. De nos jours, les réseaux sociaux jouent beaucoup sur l'ego : chacun veut récolter un maximum de « likes ». Avec mes lunettes, je cherche à infléchir cette tendance de manière positive : « Je suis fier de porter des lunettes branchées et écologiques à la fois ». Et quoi de plus visible qu'un accessoire porté en plein visage ? » (2).

Un voyage au salon de l’optique de Milan lui suffit pour convaincre un producteur de grandes marques de lunettes de se lancer avec lui dans l’aventure, puis une campagne de crowfunding lui permet de réunir les fonds nécessaires pour réaliser une première collection… et voilà Sea2See lancé !

Des lunettes 100% «made in Italy»

L’autre coup de génie de François van den Abeele, c’est d’avoir impliqué les pêcheurs eux-mêmes dans la collecte des déchets. Car on ne le sait pas mais ce qui contamine le plus les mers et ce qui est le plus meurtrier pour la faune marine, ce ne sont pas les sacs plastique ou les bouteilles comme on pourrait le penser, mais les filets de pêche abandonnés par les pêcheurs.

Le fondateur de Sea2See a donc eu l’idée d’installer des containers dans 27 ports d’Espagne, puis dans une dizaine de zones côtières au Ghana et dans six ports français.

Grâce à l’implication des pêcheurs, plus d’une tonne de déchets est déposée quotidiennement dans ces containers. Une fois collectés, ces déchets sont acheminés dans un hangar à proximité de Barcelone où une entreprise spécialisée opère un tri manuel afin de séparer les différents types de plastiques à recycler.

Car si 90% du plastique peut être recyclé, «seulement» 25% sont utilisables pour fabriquer des montures de lunettes.

Ces déchets sont recyclés sous forme de billes plastiques qui sont ensuite convoyées par camion dans une usine située à Segusino, dans le Nord-Est de l’Italie où sont fabriqués les montures.

Des lunettes 100% made in Italy donc ! Ensuite, les montures Sea2See sont commercialisées, soit via Internet, soit dans des réseaux d’opticiens en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas, ainsi qu’en France où la marque a choisi de s’associer à Optic 2000.

Un partenariat avec Optic 2000 en France

Depuis janvier 2020, les 1200 magasins du premier réseau d’opticien de l’Hexagone propose une collection Sea2See constituée de seize montures adultes : quatre montures femmes, six montures hommes et six montures mixtes.

Conformément aux engagements de Sea2See, toutes ces lunettes sont fabriquées à partir de plastique recyclable décliné en plusieurs coloris inédits comme le bleu strié, la prune dégradé, l’écaille colorée ou encore le rouge vif.

Du côté d’Optic 2000, le choix de cette collaboration avec Sea2See était une évidence puisque l’enseigne est engagée depuis plusieurs années déjà dans une démarche RSE ambitieuse et volontariste comprenant notamment le tri et le recyclage des verres de présentation en magasin, la collecte d’anciennes lunettes pour les redistribuer à des associations ou encore la réduction de la consommation d’eau lors de la fabrication des montures.

La thématique de la mer n’est pas non plus étrangère à Optic 2000 puisqu’en 2013 déjà, l’enseigne s’était associée à la navigatrice Maud Fontenoy, engagée dans la préservation des océans via sa fondation.

Ce genre d’initiatives n’est certes qu’une goutte d’eau dans un océan de plastique, mais au-delà de ce partenariat, l’idée est surtout de faire évoluer les mentalités des consommateurs car, comme aime à le répéter Fabien van den Abeele : «Nous ne produisons pas des lunettes, mais une déclaration de changement. Les lunettes durables ne changeront pas le monde, mais les personnes qui les portent pourront le changer» (3).

(1) http://plastic-lemag.com/sea2see-:-des-dechets-marins-plastique-aux-lunettes-en-plastique-recycle

(2) https://www.glo-be.be/index.php/fr/articles/sea2see-des-lunettes-pour-sauver-les-oceans

(3) https://www.observatoire-groupeoptic2000.fr/actions-sante-groupe-optic2000/initiatives-sante-groupe-optic-2000/optic-2000-et-sea2see-des-montures-issues-de-dechets-plastiques-marins/

© RSE Magazine

En savoir plus : Sea2see

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