L'Atlantique nord colonise l'océan Arctique

Une étude montre que les courants de l’Atlantique nord vers l’océan Arctique se sont intensifiés au cours des deux dernières décennies. Un phénomène nommé “atlantification”, qui permet l’intrusion accélérée d’eau chaude et d’espèces atlantiques dans les eaux boréales.

Cover r4x3w1000 5e8ddb82ac56f barentssea amo 2011226 lrgVue satellitaire d’une efflorescence de phytoplancton en mer de Barents. C’est un tel phénomène qui a permis de tracer l’intrusion d’espèces atlantiques dans l’océan Arctique. © NASA EARTH OBSERVATORY

L'atlantification: à l'instar de l'américanisation ou de l'occidentalisation, ce néologisme désigne un phénomène de modification d'un milieu par un autre. En l'occurrence, les particularités de l'Atlantique Nord s'imposent aujourd'hui de plus en plus dans l'océan Arctique.

À mesure que les températures augmentent et que la surface de la banquise diminue, les eaux de l'Atlantique gagnent le nord et s'écoulent à travers le corridor arctique européen, principale porte d'entrée de l'Arctique, puisque c'est par là que se font 80 % des échanges océaniques.

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Le corridor arctique européen. Les courants atlantiques sont en rouge.

Les masses d’eaux atlantiques, plus chaudes, transportent avec elles des nutriments et des organismes planctoniques. Une nouvelle étude menée par des scientifiques du CNRS et de l’université Laval à Québec (Canada) a montré, grâce à des données altimétriques prises par satellite, que les vitesses de surface des courants dans cette région avaient quasi doublé au cours des vingt-quatre dernières années !

W453 114992 the emiliania huxleyi coccolithophore pillarsLe coccolitophore Emiliania huxleyi. © Dr Jeremy R. Young, Natural History Museum of London

Les chercheurs se sont parallèlement penchés sur la distribution spatiale du coccolithophore Emiliania huxleyi (ci-dessus), utilisé comme traceur des écosystèmes tempérés. Cette micro-algue marine est dotée d’une coquille calcaire qui reflète la lumière : lorsqu’elle est présente en abondance,  la surface de l’océan prend une couleur turquoise sur de grandes étendues, un phénomène visible par satellite.

Les chercheurs ont ainsi pu corréler la présence accrue d’Emiliania huxleyi dans l’océan Arctique avec l’intensification des courants atlantiques. Le transport des organismes vivants par les courants serait ainsi le mécanisme majeur d’intrusion d’espèces atlantiques en Arctique, et non l’augmentation des températures comme on le pensait auparavant.

Ces résultats, concluent les chercheurs, confirment l'atlantification biologique et physique de l'océan Arctique, ce qui pourrait perturber l’ensemble des chaînes alimentaires de ce dernier, ainsi que tous les cycles de transport et de transformation des éléments chimiques entre l’eau, l’air et la vie marine…

Sylvie ROUAT - © Sciences et Avenir

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