Requin blanc: un prédateur qui n’a pas livré tous ses secrets

Une attaque de grand requin blanc dans le Maine aux États-Unis a coûté la vie à une sexagénaire. Ce genre d’incident est rarissime et la présence de grands requins blancs dans cette région étonne. Mais connaissons-nous réellement le grand requin blanc ?

2020 08 04 16h48 55Mesurant jusqu’à 6 mètres de long, le grand requin blanc se nourrit principalement de poissons de grande taille comme les thons, les tarpons et les espadons, de phoques, de calamars, de dauphins et de tortues marines. © fr.m.wikipedia.org

Le 27 juillet une New-Yorkaise de 63 ans, a succombé des morsures d’un grand requin blanc dans le sud du Maine, sur la côte nord-est des États-Unis. Ces dernières semaines, plusieurs de ces colossaux spécimens ont été observés à divers endroits de la côte est du pays, notamment près de New York, ce qui est jugé inhabituel pour ce grand prédateur marin.

Que font-ils dans ces eaux froides ? Est-ce une conséquence du réchauffement climatique ou d’un manque de nourriture dans leurs zones d’habitation connues ? Ou bien connaissons-nous simplement mal celui que nous surnommons, à tort, la «mort blanche» ?

La méconnaissance humaine du monde marin

«En deux mots : c’est notre perception qui change, pas les requins.» Le ton est donné. Pour François Sarano, docteur en océanographie, spécialiste des requins et fondateur de l’association Longitude 181, qui a pour objectif de «réconcilier l’homme avec l’océan», le requin a toujours été présent dans les eaux froides du Maine. Mais nous ne le rencontrons simplement pas fréquemment.

«Lorsque j’ai commencé à travailler sur les grands requins blancs dans les années 1990, on disait alors que c’était des animaux côtiers qui vivaient dans les premiers 100 à 200 mètres de profondeurs et qui restaient toujours dans le même coin», se souvient François Sarano.

Depuis, et grâce aux progrès techniques, les scientifiques se sont aperçus que les grands requins blancs traversent les océans, voguent jusqu’à 700 ou 1 000 mètres de profondeur et ce, dans toutes les régions du monde, même les plus chaudes.

«Nous ne connaissons rien du monde marin, résume le plongeur professionnel. C’est notre méconnaissance qui fait que nous continuons de découvrir.»

L’océanographe, qui fut également conseiller scientifique du Commandant Cousteau, donne l’exemple de la raie manta observée mi-juillet au large de Nice sur la côte méditerranéenne qui a engendré la fermeture des plages. L’homme rencontre rarement ce spécimen à cet endroit, mais cela ne signifie pas que les raies manta ne sont pas des habituées de ces eaux.

Image 1024 1024 15381031© Flickr / @Elias Levy

Le requin blanc: un grand voyageur

Les requins blancs sont de grands migrateurs. Ils se déplacent sur des milliers de kilomètres et ont une incroyable faculté d’adaptation aux températures. Ils sont notamment capables de réguler leur propre température jusqu’à 25 °C au-dessus de la température ambiante, ce qui explique également leur présence dans les eaux plus froides.

Les grands requins blancs sont de grands voyageurs: ni les kilomètres, ni les profondeurs, ni même les températures ne peuvent les conditionner.

Les requins blancs de Nouvelle-Zélande sont d’ailleurs un parfait exemple de cette capacité de migration. Les océanographes ont longtemps pensé qu’ils vivaient près de l’île Stewart sans jamais se déplacer bien loin.

Après leur avoir mis des balises, la communauté scientifique s’est rendu compte que ce majestueux animal est capable de rallier la Nouvelle-Zélande à la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Outre les milliers de kilomètres parcourus en s’enfonçant dans des grandes profondeurs pendant des mois, les eaux y sont beaucoup plus chaudes.

Pour ce passionné de requins, «nous pensons que les requins changent, mais en définitive, nous améliorons notre observation et, avec elle, nos connaissances».

La personnalité du requin

Le tragique accident mortel survenu dans le Maine est le résultat d’un «concours de circonstances» pour l’océanographe: «Ça aurait été un autre requin, il n’y aurait peut-être pas eu d’accident. La personnalité du requin joue un rôle très important dans ce genre d’accident, et c’est valable pour toutes les espèces de requins.»

Pour le spécialiste, la rencontre inopportune entre un homme et un requin a très peu de chance d’arriver. Cette potentielle rencontre dépend d’ailleurs de la personnalité du requin.

Un requin blanc – même affamé – ne s’approchera pas des baigneurs ou des humains en général. «Nous ne sommes absolument pas son type de proie. En somme, il nous fuit.»

Lorsqu’un requin attaque un homme, c’est que, par nature, il est plutôt «explorateur». Le requin ne mangera d’ailleurs pas l’individu, qui n’est pas à son goût, mais le mordra: on parle de «morsure d’exploration».

Image 1024 1024 15381032Le grand requin blanc, grand prédateur à la terrible réputation. © Morne HARDENBERG

Les attaques de requin, aussi tragiques qu’elles soient, restent des phénomènes rarissimes et isolés. Et bien que le trafic maritime, le réchauffement climatique et la diminution drastique des ressources marines puissent avoir des conséquences sur le comportement des grands requins blancs, il serait hâtif d’expliquer leur présence dans certaines eaux comme une conséquence de ces évolutions.

«Celui qui vous donnera une réponse est un escroc», conclut l’océanographe.

Joséphine MAUNIER - © Ouest-France

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