Des scientifiques identifient la larve d’un des plus gros poissons au monde

En Australie, des scientifiques sont parvenus à identifier pour la première fois une larve appartenant à une espèce marine appelée Mola alexandrini.

Mola jan newsletter 2Poisson lune «Mola alexandrini» © Robert DELFS

Si ce poisson figure parmi les plus gros au monde, ses larves elles présentent une taille minuscule, à peine cinq millimètres de long.

Avec une longueur dépassant les trois mètres pour une masse de deux tonnes, les poisson-lune ou Molidés font partie des plus gros poissons au monde. Pourtant, c'est à partir d'une minuscule larve qu'ils se développent.

C'est ce que viennent de démontrer des scientifiques. Pour la première fois, ils sont parvenus à mettre la main sur un spécimen larvaire appartenant à l'espèce Mola alexandrini.

Poisson lune larve decouverte 750x400Forme larvaire du poisson-lune, Mola alexandrini. © Kerryn PARKINSON

Les poisson-lune (ou sunfish en anglais) doivent leur nom commun à leur forme étrange. Ces créatures possèdent un corps rond de grande taille mais très plat qui est doté de deux longues nageoires et est dépourvu de queue. Un aspect insolite qui leur donne une allure de "demi-poisson" et rappelle celui de la pleine lune. D'où leur nom.

Cinq espèces de molidés sont actuellement répertoriées à travers le monde et toutes sont retrouvées dans les eaux australiennes. La plus connue est la môle ou Mola mola, celle qui décroche le titre de poisson osseux le plus lourd au monde. Mais le poisson-lune perroquet ou Mola alexandrini n'a pas grand-chose à envier à son congénère côté mensurations puisqu'il peut également dépasser les deux tonnes.

7e3c1dcd 79c2 4d5a a4a5 9b856172a334 jpegAvec une masse de plus de deux tonnes, la môle ou Mola mola décroche le record du poisson osseux le plus lourd au monde. © Rodrigo FRISCIONE / Getty Images

Des poissons très féconds

La taille n'est pas la seule particularité de ces créatures. Elles sont aussi connues pour être particulièrement fécondes. D'après les spécialistes, une femelle Mola mola de 1,5 mètre de long est capable de produire quelque 300 millions d’œufs en une saison. Pourtant, les larves de ces poissons s'avèrent particulièrement difficiles et rares à observer.

"Etant donné que les poisson-lune sont si incroyablement féconds, pourquoi leurs œufs ne sont-ils jamais retrouvés et pourquoi leurs larves sont-elles si rares ? C'est une énigme", explique dans un communiqué le Dr Marianne Nyegaard, spécialiste de l'Auckland War Museum. C'est pour résoudre le mystère que cette scientifique et ses collègues ont mené une nouvelle étude dans les eaux australiennes.

En 2017, ils sont partis en expédition à bord du vaisseau RV Investigator du CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation) au large des côtes de Nouvelle-Galles du Sud. Et ils sont parvenus à collecter plusieurs spécimens larvaires de poisson-lune.

Des spécimens qui sont apparus minuscules, mesurant à peine cinq millimètres de long.

47c08b43 32a6 450d 8e7e 1f90cb433848 jpegLes minuscules larves de Mola alexandrini collectées dans les eaux au large de la Nouvelle-Galles du Sud. © Amy COGHLAN

Avec une taille 600 fois plus petite qu'à l'âge adulte, il s'avère difficile d'identifier l'espèce à laquelle appartiennent les larves. D'autant plus que ces dernières ne présentent pas encore les caractéristiques utiles pour identifier les différents poissons-lunes. Les chercheurs ont donc eu recours à une analyse ADN sur l'un des spécimens qui a abouti à des résultats sans appel.

Ils ont montré que la larve, aux allures de mini soleil ou de flocon de neige, appartient à l'espèce Mola alexandrini ou poisson-lune perroquet. "C'est la première fois que nous parvenons à identifier génétiquement un spécimen larvaire de Mola alexandrini dans le monde", s'est réjouie le Dr. Nyegaard à la tête de l'étude qui n'a pas encore été publiée dans une revue.

Mieux connaitre les poissons-lunes pour mieux les protéger

Cette avancée ouvre la voie vers une meilleure compréhension de la biologie des poissons-lunes qui reste largement méconnue, notamment en matière de reproduction. Elle confirme ainsi que ces espèces connaissent bien durant leur développement l'une des croissances les plus extrêmes observées chez les vertébrés.

"L'identification génétique de l'une de ces larves est incroyablement importante mais cela ne représente qu'une étape du long chemin à parcourir pour décrire l'ontogenèse (le développement des organismes, ndlr) des trois espèces de Mola", a souligné le Dr. Nyegaard. Néanmoins, ce progrès pourrait aussi aider à préciser la classification des différentes espèces ainsi qu'à les protéger.

Comme d'autres espèces marines, les poissons-lunes sont menacés par la surpêche, les prises accidentelles, la pollution et la dégradation de leur habitat. Avec une population en déclin, l'espèce Mola mola est actuellement considérée comme vulnérable par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

"Si nous voulons protéger ces géants marins, nous devons comprendre leur cycle de vie complet, y compris savoir à quoi ressemblent leurs larves et où elles apparaissent", a conclu le Dr. Nyegaard.

Emeline FERARD - © GEO

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