Pesticides néonicotinoïdes: huîtres et crevettes aussi affectées

Outre les dommages collatéraux sur les insectes pollinisateurs, de nouvelles études menées par des scientifiques australiens révèlent que les néonicotinoïdes peuvent avoir un effet nocif sur les crevettes et les huîtres. Ils alertent sur l'importance de mieux gérer les impacts potentiels du ruissellement de ces pesticides dans les zones d'agriculture côtière intensive.

Crevette tigree noireUne crevette tigrée noire. © Unversité de Southern Cross

Les néonicotinoïdes, des pesticides tueurs d'abeilles… de mollusques… et de crustacés ?

Utilisés dans le monde pour se prémunir des ravageurs (chenilles, cochenilles, charançons, pucerons…) dans les cultures céréalières et arboricoles, on connaissait les dommages collatéraux sur les pollinisateurs causés par ces produits neurotoxiques, tenus pour être les principaux coupables de l'effondrement des populations d'insectes au cours des 25 dernières années selon Stéphane Foucart, journaliste au Monde et auteur du livre Et le monde devint silencieux – Comment l'agrochimie a détruit les insectes (Le Seuil, 2019).

Dans un communiqué paru le 20 août, des chercheurs australiens du Centre national des sciences marines de l'université Southern Cross révèlent que l'imidaclopride, principe actif du Gaucho de Bayer, peut aussi affecter les huîtres et les crevettes.

Soluble dans l'eau, il est à l'origine d'une "contamination imprévue des systèmes aquatiques sur la planète entière", écrivent-ils.

"Les crustacés et les mollusques sont vulnérables aux insecticides"

"Nous montrons que l'exposition des crevettes à de fortes concentrations de néonicotinoïdes peut avoir un impact significatif", déclare Peter Butcherine, dont l'étude s'est concentrée sur les tigrées noires adultes, pointant une diminution de la consommation alimentaire et une perte de poids des crustacés.

"Si elles ne sont pas bien gérées, ces substances chimiques peuvent affecter la productivité et la durabilité des pêcheries de crevettes d'élevage", ajoute-t-il.

Les huîtres de roche de Sydney sont également sensibles à l'imidaclopride, selon les conclusions d'une étude séparée co-signée par la professeure Kirsten Benkendorff. "Ces deux publications indiquent que les crustacés et les mollusques sont vulnérables aux insecticides, ce qui affaiblit leur système immunitaire", précise-t-elle, plaidant pour "une gestion efficace de l'utilisation des pesticides et des écoulements provenant de l'agriculture intensive dans les zones côtières".

Les néonicotinoïdes, des pesticides systémiques

Difficile de tracer le chemin de ces substances toxiques. "On ne les applique pas en les pulvérisant, mais directement sur la semence, détaillait à GEO le journaliste Stéphane Foucart en septembre 2019.

Ce qu'on met dans la terre, ce ne sont pas des graines classiques, mais des sortes de petits Smarties colorés qui sont gainés avec une résine toxique. On les appelle 'systémiques' parce qu'une fois que la graine est en terre et que la plante pousse, le poison imprègne tous les tissus: des racines aux feuilles en passant par la tige, le pollen, le nectar, la fleur… Comme ces substances sont solubles dans l'eau, elles peuvent ensuite se disperser de manière imprévisible dans l'environnement."

Après des années de bataille, les principaux néonicotinoïdes ont été bannis en Europe pour les cultures en plein champ et exclus de tout usage phytosanitaire en France.

Mais début août, le gouvernement a ré-autorisé les planteurs de betteraves à utiliser dès 2021, et jusqu'en 2023 maximum, sous "conditions strictes", des semences enrobées d'un insecticide néonicotinoïde, afin de "pérenniser" la filière sucrière française, malgré l'opposition des apiculteurs et défenseurs de l'environnement.

Une pétition de protestation mise en ligne dans la foulée par l'ONG Générations futures a recueilli à ce jour plus de 120 000 signatures.

Léia SANTACROCE - © GEO

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