Parasitisme sexuel, ou comment ces poissons se reproduisent

Les couples de baudroies abyssales sont hors du commun. Le mâle, très petit à côté de la femelle, fusionne avec sa partenaire pour pouvoir se reproduire. Une stratégie unique dans le monde animal qui a longtemps laissé perplexes les scientifiques. Pourquoi le système immunitaire de la femelle ne rejette pas ce corps étranger ? Une étude récente détient la solution.

Baudroie des abyssesMelanocetus jonhsonii, une espèce de baudroie abyssale. © National Geographic / CC by-sa 4.0

La reproduction est une étape essentielle dans la vie des êtres vivants. Plantes, animaux ou encore bactéries, chacun a sa propre technique pour transmettre son patrimoine génétique. Celle des baudroies abyssales a longtemps questionné les scientifiques.

En effet, chez ces poissons des profondeurs, le mâle est minuscule comparé à la femelle. Pour se reproduire, il fusionne avec son effrayante dulcinée et ne la quittera plus jamais. Ils partageront une circulation sanguine commune puisque le mâle n'est plus capable de se nourrir seul. C'est ce qu'on appelle du parasitisme sexuel.

Mais les scientifiques ne comprenaient pas pourquoi le corps de la femelle ne rejetait pas ce corps étranger, comme l'organisme peut rejeter une greffe. Une équipe germano-américaine met en lumière le mécanisme immunitaire qui permet cette fusion unique dans une publication de Science.

Baudroie des abysses 2La femelle est beaucoup plus grosse (et effrayante) que le petit mâle qui est accroché à son ventre. © Edith A. WIDDER

Un système immunitaire unique

Les scientifiques se sont intéressés au CMH de plusieurs espèces de baudroies abyssales (ou Melanocetidae). Le CMH divisé en deux molécules, le CMH de classe I et le CMH de classe II, est le système qui permet à l'immunité de reconnaître le soi du non soi. Il est unique à chaque individu, mis à part pour les vrais jumeaux.

L'être humain possède six gènes qui codent pour le CMH I et huit gènes qui codent pour le CMH II.

Chez les baudroies abyssales, qui pratiquent le parasitisme sexuel, les gènes qui codent le CMH ne sont pas aussi nombreux. «À part cette combinaison inhabituelle des gènes du CMH, nous avons aussi découvert que la fonction des lymphocytes T cytotoxiques, qui normalement éliminent les cellules infectées ou attaquent les tissus étrangers durant le processus de rejet de greffe, était aussi sévèrement diminuée, si ce n'est pas complètement perdue», explique Jeremy Swann dans un communiqué de presse de l'Institut Max-Planck pour l'immunologie et l'épigénétique.

Les anticorps, aussi susceptibles de s'attaquer au mâle en fusion, sont tout bonnement absents chez certaines espèces de baudroies étudiées.

Les fonctions immunitaires, qui empêcheraient la baudroie abyssale mâle de fusionner avec la femelle, sont donc largement diminuées pour permettre cet accouplement hors du commun.

Julie KERN – Futura Sciences

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