Recherche tortues désespérément

Les tortues luth, auparavant très nombreuses, ont quasiment déserté les plages de Guyane. Greenpeace et le CNRS se sont rendus sur place pour tenter de comprendre ce phénomène.

Gp0stthw3 pressmedia e1563543862429Tortue luth équipée de sa balise GPS. © Greenpeace/CNRS

Les tortues marines, et en particulier les tortues luth, sont représentatives des relations écosystémiques qui existent entre les zones côtières et la haute mer. Ce sont des espèces migratrices qui viennent pondre sur les plages et parcourent des milliers de kilomètres à la nage.

Dans les années 1990, la Guyane était le premier site de nidification mondial et attirait 40% de la population de tortues luth, en période de ponte. On pouvait compter de 500 à 1000 pontes par nuit. Aujourd’hui, la moyenne est de 4 pontes par nuit, sachant qu’elles ne pondent que tous les trois ans.

Nous avons pu le constater nous-mêmes puisque nous nous sommes rendus sur les plages de Yalimapo et Rémire-Montjoly, en Guyane, afin de participer à une mission du CNRS-IPHC, aux côtés de Damien Chevallier, spécialiste des tortues marines.

La mission consistait à équiper 10 tortues luth de balises GPS. Suivre leurs itinéraires, les endroits où elles s’arrêtent pour se reposer, dormir, manger, se reproduire, permet de mieux les connaître et d’être plus à même de les protéger.

Arya, Stella, Augustine, Charlotte… vous pouvez toutes les suivre en consultant la carte ci-dessous (cliquez sur une tortue pour savoir de laquelle il s’agit !)

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C’est surtout la nuit que les tortues luth viennent pondre sur les plages. Nous avons donc effectué des maraudes toutes les nuits pendant une dizaine de jours, aux côtés de l’équipe du CNRS, afin de trouver les tortues et de pouvoir poser une balise sur leur carapace.

Nous pouvons très largement témoigner du fait qu’elles sont désormais peu nombreuses à venir pondre car nous avons parfois passé des heures à les chercher, sans succès. En voir une par nuit était déjà un véritable soulagement !

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Daniel Williams, chef coutumier du village de Yalimapo, que nous avons pu rencontrer, nous raconte : «J’ai commencé en 1977 [à travailler sur la protection des tortues], mais à cette époque, il n’y avait pas quatre tortues sur la plage ! C’était immense ! Pendant deux heures, je baguais environ 200 tortues. Aujourd’hui, la plage est vide !»

Dans la culture amérindienne, la tortue luth a beau représenter un esprit maléfique, elle reste importante pour les communautés locales. Déjà, il y a 30 ans, Greenpeace organisait des programmes de protection des tortues luth, auxquels participaient des bénévoles de la région avec Daniel Williams.

Gp0stthvw web size with credit line 780x520Le bâtiment occupé par Greenpeace en 1977 lors des premières mission Tortues en Guyane.

Erosion, pêche industrielle et pollution

Les causes du déclin des populations de tortues luth sont variées. D’après Damien Chevallier, l’érosion naturelle des plages, mais surtout la pollution et la surpêche, sont les principales explications de la disparition des tortues luth.

Il arrive encore trop souvent que des tortues se retrouvent prises au piège dans les filets des navires de pêche, dont beaucoup ne s’encombrent pas de méthodes de pêche sélective qui épargneraient les tortues marines.

Lorsqu’une tortue est prise dans les filets d’un palangrier, il arrive qu’elle meurt noyée parce qu’incapable de remonter à la surface, ou parce qu’elle est rejetée à la mer morte ou mourante car considérée comme une prise accessoire.

Nous avons d’ailleurs reçu une triste nouvelle concernant l’une des tortues que nous avons équipées : Frida a été retrouvée morte sur une plage du Suriname, après avoir été capturée dans des filets maillants, à 30 km au large de son site de ponte. Elle s’est noyée et a dérivé.

Des contacts de Damien Chevallier, présents au Suriname, ont pu confirmer la cause de la mort en relevant des traces de filet sur l’épaule droite de Frida. Il nous explique :

Un traité mondial pour les océans comme opportunité

D’après le dernier rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques), environ 66% du milieu marin a été significativement modifié par l’activité humaine.

Or, les océans sont un de nos meilleurs alliés pour lutter contre la crise climatique. Il devient urgent de les protéger, en créant un vaste réseau de réserves marines.

Malheureusement, à l’heure actuelle, il n’existe aucun instrument juridique permettant de créer des réserves marines en haute mer. C’est tout l’objet des négociations onusiennes qui se dérouleront jusqu’en mars 2020 : adopter un traité inter-étatique qui permettra de créer au moins 30% de réserves marines d’ici 2030.

Pour cela, les gouvernements doivent se montrer ambitieux et politiquement courageux ; car pour que les océans soient préservés, ces futures réserves marines doivent être intégralement ou fortement protégées.

Parmi les espaces identifiés comme clés pour la préservation des océans, une zone maritime s’étendant du Venezuela jusqu’au nord du Brésil, en passant par la Guyane, a d’ores et déjà été reconnue par la Convention sur la biodiversité biologique comme étant “écologiquement et biologiquement pertinente”.

Cela signifie que sa bonne santé est cruciale pour la survie de l’ensemble des écosystèmes marins (pas uniquement de ceux de la région).

Or, cette zone est aujourd’hui encore menacée par les ambitions de l’industrie pétrolière, qui a encore la possibilité de forer près du Récif de l’Amazone au Brésil, bien que ce ne soit plus le cas dans les eaux françaises.

En plus d’abriter le Récif de l’Amazone, elle est aussi un lieu de passage pour de nombreuses espèces migratrices comme les tortues marines ou les baleines à bosse.

Nous devons agir et mettre en lumière la richesse de la biodiversité de cette région. Créer des réserves marines dans les eaux nationales ne suffit plus pour protéger les océans au niveau global : la haute mer représente 61% de la surface des océans. Il faut aller plus loin. C’est pour cela que l’Esperanza se rendra au large de la Guyane dans les prochaines semaines.

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© Greenpeace

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