Les dugongs, animaux magiques, menacés d'extinction

Longtemps victime de la chasse, recherché pour sa viande, mais aussi pour son huile et sa peau, le dugong est aujourd'hui inscrit au rang des espèces protégées sur les listes de la Cites.

1280px dugong marsa alam copieUn dugong broutant les fonds marins à la recherche de plantes aquatiques © Julien Willem - Wikimedia CC BY-SA 3.0

Le premier rapport mondial sur la population des dugongs, présenté devant le Conseil d'administration du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) en 2002 par Helene Marsh, professeur en science de l'environnement à l'université James Cook de Townsville, en Australie, était alarmant.

«Les dugongs, écrivait-elle, semblent avoir disparu ou s'être éteints à certaines endroits comme dans les eaux autour de l'île Maurice, les Seychelles, l'ouest du Sri Lanka, les Maldives, les îles japonaises de Sakishima Shoto, l'estuaire de la Pearl River à Hong Kong, plusieurs îles des Philippines y compris Zambales et Cebu, et dans certaines parties des eaux du Cambodge et du Vietnam». En tout, le rapport portait sur 37 pays où des populations de dugongs sont établies.

398b11e09c 50068068 2800 dugong 6940Le dugong est un mammifère marin, appartenant à l'ordre des siréniens. © Photo Alexis Rosenfeld

Il ne subsisterait que quelques endroits reculés où se perpétue encore une chasse à caractère rituel, mais si limitée qu'elle n'a pas de véritables conséquences sur les populations. Le problème est ailleurs, directement lié aujourd'hui à la destruction de son habitat.

Le dugong, un mammifère marin herbivore

Le dugong (Dugong dugong) est l'un des deux seuls mammifères marins herbivores :  il se nourrit de plantes aquatiques, des phanérogames, qu'il broute inlassablement sur le fond en rampant, appuyé sur ses nageoires pectorales.

Mais il lui faut chaque jour près de 40 kilogrammes de nourriture ! Les précieuses plantes couvrent les petits fonds sablonneux de baies bien abritées, qui sont aussi malheureusement des sites privilégiés pour la construction d'hôtels et autres aménagements touristiques.

526b14466f 50068066 2801 dugong 6929Le dugong a besoin de près de 40 kg de nourriture par jour. © Alexis Rosenfeld

Et c'est là que le bât blesse : l'habitat des dugongs, autrefois présents sur toutes les côtes tropicales, se réduit partout comme peau de chagrin, et ils ont de plus en plus de mal à trouver la quiétude dont ils ont besoin.

Animaux souvent solitaires, vivant parfois en petits groupes restreints, ils sont extrêmement sensibles à toute modification de leur environnement.

Un taux de reproduction très bas

Les dugongs, difficulté supplémentaire pour la survie de l'espèce, se reproduisent lentement : mâles et femelles n'atteignent la maturité sexuelle que vers dix ans, et il semblerait, même si la reproduction est possible toute l'année, que les mères ne donnent naissance à un petit, unique, que tous les 4 ou 5 ans !

Après un an de gestation, le petit dugong mesure à la naissance environ un mètre et pèse une trentaine de kilos, il a une peau très claire qui foncera en grandissant. Poussé par sa mère vers la surface dès la naissance, il aspire sa première goulée d'air et entame sa vie de mammifère. Il est allaité pendant au moins un an et demi, avant qu'il ne soit capable de digérer lui aussi les plantes marines.

Les dugongs régulent-ils leur reproduction ?

Au moindre déséquilibre, si la nourriture par exemple n'est pas assez abondante, les dugongs comme poussés par la crainte instinctive de ne pouvoir nourrir leur progéniture, cessent de se reproduire.

Bebe dugongBébé dugong retrouvé abandonné par sa mère au large de Phuket, une île de Thaïlande. © CB2/ZOB/WENN.COM/SIPA

Le rapport du professeur Marsh insiste donc sur la nécessité de protéger les prairies marines dans toutes les zones où existent encore des colonies.

Le dugong, le mammifère marin le plus menacé

On ne connaît pas de façon extrêmement précise la population globale des dugongs, mais quelques pays disposent de chiffres fiables: il en resterait environ 70.000 dans le Nord de l'Australie et 6.000 dans le Golfe Persique, les deux seules régions du monde, au dire des spécialistes, où l'espèce a de véritables chances de survie à moyen terme.

Ailleurs, ils ne se comptent que par petites populations résiduelles, une centaine au Mozambique, une cinquantaine au Kenya par exemple, quelques dizaines en Malaisie, et encore n'est-on pas certain des chiffres.

Il est considéré aujourd'hui comme le mammifère marin le plus menacé, et dans de nombreux pays, comme les Maldives ou l'île Maurice, le dugong n'est déjà plus qu'un souvenir.

La légende des sirènes

Il ne reste aujourd'hui que deux représentants de l'ordre des siréniens: le dugong, et son cousin le lamantin, à la morphologie un peu différente, et qui affectionne les eaux douces de la Floride.

2019 10 12 14h29 17Le lamantin, cousin du dugong. © PublicDomainImages, Pixabay, DP

La Rhytine de Stella (vache de mer)*, découverte au XVIIIe siècle dans le détroit de Béring, plus grande puisqu'elle pouvait mesurer huit mètres, disparaissait 27 ans seulement après avoir été découverte par les naturalistes européens !

De ces placides mammifères serait née la légende des sirènes (d’où l'ordre des siréniens), charmant les marins trop longtemps retenus sur les grands voiliers.

Mais leur morphologie est en fait bien éloignée des canons de la beauté féminine: long de 3 à 4 mètres, le dugong peut peser jusqu'à 900 kilogrammes, et ressemble davantage à une vache marine qu'à une ondine surgie des flots !

Le corps du dugong est plus effilé que celui du lamantin, mais reste très massif, terminé par une queue en demi-lune semblable à celle des cétacés. Il a une peau très lisse, parsemée de petits poils doux. Contrairement à son cousin américain, le dugong ne vit que dans les eaux salées des côtes tropicales.

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Un dugong vu de dos. © Alexis Rosenfeld

Isabelle CROIZEAU - © Futura Sciences

* La Rhytine de Steller (Hydrodamalis gigas), aussi connue sous le nom de vache de mer, était un grand mammifère marin, appartenant à la famille des dugongidés, qui vivait dans les eaux arctiques proches de l'île Béring et de l'île Medny.

La découverte de nombreux fossiles indique que l'on trouvait, avant l'apparition de l'Homme, des rhytines tout autour des côtes du Pacifique nord, du Mexique, aux Aléoutiennes et jusqu'au Japon.

Elle disparaît au XVIIIe siècle, peu après que les Occidentaux en eurent fait la découverte.

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