Et si l'on pouvait prédire l'avenir des océans ?

Une équipe du CNRS vient de mettre au point un modèle permettant d'anticiper les "surprises climatiques" des océans, ces changements biologiques rapides, liés aux changements du climat, qui mènent à la disparition soudaine d'espèces ou à l'apparition de nouvelles.

640 000 1b45v0Avec la chute du plancton et du phytoplancton, le CNRS a observé les difficultés de jeunes lions de mer pour se nourrir, conséquence de l'évolution du Pacifique prédite par leur modèle. (Illustration) © Martin BERNETTI / AFP

360 millions de kilomètres carrés méconnus et très peu observés : les océans demeurent un mystère pour la recherche qui, aujourd'hui, n'a pas les moyens d'en étudier la totalité de la surface et se restreint à quelques pourcentages de sa superficie totale.

Une équipe du CNRS, dirigée par Grégory Beaugrand, vient de concevoir un modèle destiné à analyser, mais aussi à prédire, les "surprises climatiques", des changements biologiques rapides causés par les évolutions climatiques. "Pour la première fois, traduit le chercheur, nous avons, grâce à ce modèle, les moyens de pouvoir les anticiper, en particulier dans des endroits du monde qui ne sont pas étudiés aujourd'hui."

Le CNRS a ainsi pu constater des évolutions prédites au niveau de l'océan Pacifique, en pleine évolution comme le confirme Grégory Beaugrand : "Récemment, on a observé le premier blanchiment du corail à Hawaï, on a également observé une chute du plancton et du phytoplancton dans la région et une diminution relativement importante des captures de saumon.

On a également observé de jeunes lions de mer affamés le long des côtes californiennes, donc on a observé tout un ensemble de phénomènes dans un endroit où le modèle prévoyait ces changements."

Prédire les changements de biodiversité pour adapter l'exploitation des ressources

Les changements de biodiversité ne sont pas sans incidence. Avec des changements d'abondance des espèces, c'est toute la chaîne alimentaire qui est modifiée.

"Cela va avoir des effets très importants sur l'exploitation des écosystèmes" confirme le directeur de recherche, qui, prenant en exemple l'Alaska, souligne qu'"on ne pêche pas la crevette comme on pêche la morue", la première espèce étant en train de supplanter la seconde en nombre.

Pour cette étude, les scientifiques ont mis au point un modèle d'anticipation qui permet de prédire l'avenir et de voir comment les océans vont évoluer, en créant de grands nombres d'espèces virtuelles, qui peuvent supporter des variations de température, afin d'analyser comment ils s'adaptent et colonisent les océans.

Un modèle digne de la science-fiction que Grégory Beaugrand justifie par le nombre d'espèces aujourd'hui inconnues qui évoluent dans nos fonds marins : "actuellement, rappelle-t-il, on ne connaît que 200 000 espèces mais on estime qu'il en existe deux millions, cela signifie que l'on ne connaît que 10 % des espèces qui sont présentes dans l'océan.

Et sur ces 10 % que l'on connaît, on ne sait que très peu de choses sur leur biologie."

Accélération des changements depuis 2010

Les recherches du CNRS montrent aussi une accélération non négligeable de la survenue de ces surprises climatiques, "liées probablement au dérèglement du climat" : "Lorsque l'on regarde la période 1960-2015, on note qu'environ 2,8% de la superficie des océans est concernée par des surprises climatiques, ce qui est relativement faible.

Ce qui est surprenant, c'est qu'après 2010, la part augmente fortement et désormais, on est à peu près à 14 % des océans."

C'est en particulier l'océan Arctique qui est le plus concerné par ces surprises climatiques, ce qui montre qu'il est en train de changer fortement depuis les années 2010, probablement en raison des hausses de température dans cette région.

© Célia QUILLERET – France Inter

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