La mauvaise gestion des pêcheries de thon

Le 2 mai, le monde entier célèbre chaque année la Journée mondiale du thon. Cette journée a été proclamée par les Nations Unies afin de souligner l'importance culturelle, écologique et économique du thon, ainsi que l'importance d'une gestion durable des stocks de ce poisson.

16x9 mLe thon rouge du Pacifique connaît un déclin particulièrement important, notamment en raison d'une gestion inadaptée de la pêche. © Ralph PACE

En effet, le thon fait partie des espèces de poissons les plus importantes sur le plan commercial, les sept plus grandes flottes en pêchant pour environ 42,5 milliards de dollars annuellement. Toutefois, la très forte demande, qui concerne principalement les sushis coûteux, les darnes de thon, mais aussi les conserves de poisson abordables et produites à la chaîne, a entraîné une surpêche et une mauvaise gestion de nombreuses populations de thon.

Qu'il s'agisse de l'emblématique thon rouge de l'Atlantique, du Pacifique et des océans austraux ou d'individus plus petits et moins prestigieux comme le thon listao et le thon albacore, cette espèce parcourt les océans tout au long de l'année.

Tour à tour prédateur et proie, elle joue un rôle essentiel dans les chaînes alimentaires marines. La pêche des sept principales espèces de thons génère chaque année plus de 42 milliards de dollars et constitue une manne essentielle pour les économies côtières, car elle crée de l'emploi dans les secteurs de la pêche et du commerce dans le monde entier.

La Journée mondiale du thon, célébrée chaque année le 2 mai, offre ainsi l'occasion de souligner l'importance de ces poissons dans l'écosystème marin et l'économie mondiale.

En dépit de cette valeur environnementale et commerciale, les organisations régionales de gestion de la pêche (ORGP), qui sont chargées de fixer des quotas de pêche préservant la vitalité des populations de poissons, n'ont pas réussi à assurer la durabilité à long terme de ces poissons.

La gestion à courte vue menace la santé des espèces

Le thon rouge de l'Atlantique, le thon obèse de l'Atlantique et le thon rouge du Pacifique rapportent chaque année des milliards de dollars, notamment parce qu'ils sont très prisés pour la confection de sushis et sashimis haut de gamme. 

Malheureusement, cette demande conjuguée aux mauvaises décisions des ORGP a entraîné la surpêche et l'épuisement de ces populations.

La Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA), qui assure la gestion des stocks du thon rouge et du thon obèse de l'Atlantique, a pris pendant des années des décisions délétères pour la reconstitution des stocks et la pérennité de la pêche.

À un moment donné, la gestion du thon rouge de l'Atlantique par la CICTA était si catastrophique qu'une étude indépendante avait qualifié l'organisation de «honte internationale». Au cours de la dernière décennie, la CICTA a néanmoins travaillé sur un plan de reconstitution des stocks qui a permis une hausse des stocks du thon rouge.

Malheureusement, en 2017 et 2018, l'organisation a fait un énorme retour en arrière en augmentant les quotas de pêche alors qu'aucune donnée ne montrait que les populations de thons de l'Atlantique avaient retrouvé leur niveau d'origine, et en supprimant les mesures de surveillance et de contrôle susceptibles d'empêcher la surpêche et les activités illégales.

Cette gestion déplorable du thon rouge de l'Atlantique montre qu'il est nécessaire de gérer les autres espèces couvertes par la convention avec une plus grande précaution. Cependant, la gestion du thon obèse assurée par la CICTA n'a pas été bien meilleure.

Même si les stocks de thon obèse de l'Atlantique sont considérablement réduits, les quotas actuels demeurent trop élevés et les réglementations ne sont pas appliquées.

L'année dernière, les gestionnaires de la CICTA ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur un plan de reconstitution des stocks et ont même continué à déréglementer la pêche. Ces décisions pourraient entraîner une surpêche encore plus importante du thon obèse de l'Atlantique et retarder encore davantage la reconstitution des stocks.

Dans l'océan Pacifique, la Commission des pêches pour le Pacifique occidental et central (WCPFC) et la Commission interaméricaine du thon tropical (CITT) n'ont adopté que récemment un plan de reconstitution des stocks à long terme du thon rouge du Pacifique, dont la population a diminué de plus de 96 % par rapport à son plus haut niveau historique après des décennies de surpêche.

Les gestionnaires de ces deux commissions ont mis des années à reconnaître publiquement l'existence du problème et convenir d'un plan. Par ailleurs, le piteux état des stocks n'a pas empêché certains pays de militer pour une augmentation des quotas.

Malheureusement, le plan adopté manque cruellement d'ambition et ne vise qu'un retour des stocks de thon rouge du Pacifique à hauteur de 20 % de son plus haut niveau historique pour 2034.

Il s'agit d'un horizon bien lointain pour un poisson à la reproduction rapide qui, avec une gestion adaptée, pourrait reconstituer ses populations de manière bien plus importante sur cette période.

D'autres espèces, comme le thon albacore de l'océan Indien, sont également menacées en raison d'une gestion trop laxiste.

En continuant de fixer des quotas de pêche annuels, les gestionnaires des ORGP se plient souvent aux demandes à court terme des marchés et acteurs de la pêche au lieu de défendre une pêche saine sur le long terme, et par conséquent, ne prennent pas les décisions rationnelles qui s'imposent.

Passer à une gestion fondée sur les données scientifiques

Les ORGP doivent abandonner le système actuel de quotas à courte vue et adopter une nouvelle approche durable : des procédures connues sous le nom de stratégies de pêche qui s'appuient sur des modèles scientifiques pour fixer des limites prédéfinies qui changent automatiquement en fonction de la santé des populations de poissons. 

Certaines ORGP commencent à adopter ces stratégies, notamment pour le thon rouge du sud et le thon albacore de l'Atlantique Nord, mais cette transition doit être accélérée et doit s'étendre à davantage d'organisations.

En s'appuyant sur des stratégies de pêche pour convenir d'objectifs comme la reconstitution d'une population surpêchée, le maintien des quotas actuels ou l'augmentation des profits liés à la pêche, les ORGP n'ont plus à statuer annuellement sur les quotas et peuvent se concentrer sur la durabilité à long terme.

À mesure que les ORGP feront des progrès en ce sens, The Pew Charitable Trusts s'efforcera de faire en sorte que les stratégies qu'elles adoptent soient solides, prudentes et fondées sur la science, et que la durabilité soit considérée comme un pilier de la gestion de la pêche.

La Journée mondiale du thon constitue le moment idéal pour montrer pourquoi ces espèces incroyables doivent être pêchées de manière durable.

Grâce à une mise en œuvre adéquate des stratégies de pêche, les ORGP peuvent faire en sorte que les thonidés et les activités de pêche qui y sont associées prospèrent pendant de nombreuses années à venir.

Amanda NICKSON (Director, International Fisheries The Pew Charitable Trusts) - © The Pew Charitable Trusts - https://www.pewtrusts.org/fr/research-and-analysis/articles/2019/04/30/on-world-tuna-day-its-time-to-start-fishing-sustainably

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