Les Orques doivent s’intégrer dans un groupe pour survivre

Des chercheurs français ont mis en lumière les conséquences dramatiques d'une hécatombe survenue dans un groupe d'orques sur les spécimens survivants, encore plusieurs années après l'événement.

Cover r4x3w1000 5ce5473bd0996 killer whales 1945411 1280Les orques sont des cétacés sociaux. © PIXABAY / SKEEZE

La sociabilité de certaines espèces animales n'est pas anodine : elle permet de favoriser la survie des individus qui composent le groupe. Mais si ce système se base sur une association entre spécimens et peut donc être fragilisé si le groupe fait face à une mortalité accrue qui cause sa déstructuration.

Partant de ce principe, des chercheurs français du CNRS et de l'Université de La Rochelle se sont intéressés aux effets d'une hausse de la mortalité d'un groupe d'orque (Orcinus orca), des animaux sociaux.

Des orques qui ont tenté d'intégrer de nouveaux groupes

Entre 1996 et 2002 une pêcherie illégale à la légine australe, une espèce de poisson, avec laquelle les orques interagissaient, a été responsable de la mort de la moitié de la population d'orques de l'archipel Crozet.

"Après cette période, les spécimens ont répondu à la perte de leurs congénères du même groupe en s'associant avec un plus grand nombre de groupes sociaux susceptibles de maintenir une taille de groupe fonctionnelle afin de maximiser les chances de découverte de nourriture", notent les chercheurs dans une étude parue le 20 mai 2019 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Mais cette stratégie n'a pas marché et n'a pas permis de rétablir la stabilité des groupes. Selon les auteurs de l'étude, qui se sont basés sur un suivi des spécimens par photo-identification commencé en 1987, "les orques n'ont pas intégré des groupes sociaux très stables, ainsi leur survie est restée très faible des années après la période mortelle".

Concrètement, les orques survivantes sont passées d'un groupe social à l'autre. Le problème est que "moins ces associations sont durables, plus forte est la probabilité pour les orques de mourir", explique le CNRS dans un communiqué.

Ces cétacés déboussolés n'étaient pas totalement admis dans leurs nouveaux groupes. Ils "n'avaient pas accès à la même quantité de nourriture et finissaient par dépérir".

Une sociabilité qui peut permettre (ou non) à ces animaux de se remettre d'une hécatombe

Cette population d'épaulards n'a pas encore atteint à nouveau le taux de survie dont elle bénéficiait avant la pêche à la légine australe bien que cette période ait plus de 15 ans.

Pour les chercheurs, cette étude est la preuve qu'une déstructuration sociale chez les orques peut conduire à des effets négatifs sur la démographie de l'espèce sur le long terme.

"Plus important encore, cette étude montre que la sociabilité joue un rôle clé dans la résilience des populations face à une mortalité d'origine humaine, notent les chercheurs. Cela a des implications majeures pour la conservation des espèces très sociables et dont la longévité est importante".

Anne-Sophie TASSART – Sciences et Avenir (abonnés)

Ajouter un commentaire