ONU: Il faut arrêter de jouer avec le sable

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement publie un rapport alarmant sur l’exploitation du sable dans le monde. Les impacts de l’extraction du matériau solide le plus utilisé au monde s’accroissent tandis que les réserves s’amenuisent.

Repotage - 34mn

POLYVALENT.

Le monde humain est bâti sur du sable. Sans la famille des granulats (sables, gravillons, graviers), pas de béton, pas de verre, pas d’asphalte. Donc pas de villes.

Mieux, les usages s’élargissent avec le silicium des panneaux photovoltaïques, le traitement d’eau potable, la fracturation hydraulique pour le gaz de schiste et même la cosmétique. Et pourtant, peu d’instances se soucient de l’état de la ressource, de la façon dont elle est exploitée, des réserves mondiales.

C’est le constat que dresse le Programme des Nations Unies pour l’environnement dans un rapport issu d’une journée d’études organisée avec l’Université de Genève.

"Le sable est présent partout dans la construction et la production industrielle parce qu’il est bon marché, polyvalent et facile à acheter", note le rapport qui rappelle que ces matériaux sont les plus exploités par l’homme au monde derrière… l’eau !

Essentiels pour l’activité humaine, les granulats sont pourtant très peu surveillés. Il est ainsi bien difficile de connaître précisément combien de tonnes on en extrait et pour quels usages précisément.

C’est ainsi qu’il faut partir de la production de ciment pour estimer les volumes de sable! Le béton est en effet composé de 10% de ciment pour 25% de sable et 45% de graviers (le reste, c’est de l’eau et de l’air). Comme la production mondiale de ciment est parfaitement connue, on obtient les volumes de sable en appliquant les ratios du béton.

C’est ainsi qu’on arrive à une production d’environ 30 milliards de tonnes de granulats en 2017 pour la seule construction. Les estimations des autres usages amène à une ponction annuelle dans les sols de 50 milliards de tonnes tous les ans.

67% des besoins se trouvent en Asie. La Chine est le premier utilisateur, loin devant l'Inde et les États-Unis. Le Global aggregates information network (GAIN) estime les besoins à 3 à 4 tonnes par habitant dans les pays développés et jusqu'à 16 tonnes pour les pays en voie de développement à forte croissance.

L'extraction dans les fleuves et sur les côtes a un impact grandissant sur l'environnement

CONCURRENCE.

Jusqu’à cette dernière décennie, cette industrie extractive ne préoccupait personne. Mais les problèmes environnementaux et économiques commencent à pointer leur nez. Bien que 90% des granulats proviennent des carrières, les 10% prélévés dans le lit et les rivages des fleuves et sur les côtes suffisent à créer des dommages de plus en plus visibles.

Premier écueil: la multiplication des barrages hydroélectriques stoppe le transit de ces matériaux et empêche la recharge des rives et des plages. C’est ce qui arrive aux lagunes méditerranéennes du Languedoc depuis que le Rhône a été aménagé.

Second effet: le creusement des lits et des rives augmente la force et l’étendue des inondations, affectant des surfaces toujours plus grandes de terres agricoles et des villages toujours plus nombreux.

Sur les côtes, l’exploitation entre en concurrence avec d’autres utilisations comme… le tourisme. C’est ainsi que le rapport cite le cas de la côte marocaine entre Safi et Essaouira. L’extraction illégale y a réduit fortement la taille des plages. Paradoxe : ce sable a servi à construire des hôtels pour des touristes censés venir pour les activités balnéaires!

En France, une loi de décembre 2006 dispose que tout ce qui est pris dans le lit d’une rivière doit y être remis. Ce qui bride les tentations. L’exploitation des sables marins fait face à de vives oppositions notamment en Côte d’Armor et en Charente Maritime.

Une solution: le recyclage du béton provenant de bâtiments démolis

MAFIA.

Le PNUE s’alarme par ailleurs des risques de pénurie. Avec les besoins des 10 milliards d’hommes attendus en 2050, des villes entières vont devoir être bâties. Le GAIN estime ainsi que les besoins vont atteindre 60 milliards de tonnes en 2030.

Or, le secteur reste largement informel, ce qui attire la grande délinquance. Le GAIN dénonce ainsi l’action de mafias s’emparant de petites entreprises plus ou moins légales. Le rapport cite le cas de Singapour.

La cité-État a gagné 130 km² sur la mer en 40 ans. Officiellement, 517 millions de tonnes de sable ont été importées des pays voisins pour réaliser ces polders. Mais des estimations plus fiables font état de 637 millions de tonnes. La différence provient probablement de circuits mafieux, estime le rapport.

W453 102517 singapourL'importation de sables et granulats a permis à Singapour de gagner 20% de surface. © UNEP/GRID Genève

Le PNUE ne s’arrête pas au constat. Il propose des solutions. En premier lieu, il invite les chercheurs à améliorer la connaissance sur l’extraction et les usages du sable. Il incite architectes et urbanistes à préserver la ressource quand ils dessinent les plans des villes et les bâtiments.

L’organisme onusien plaide également pour une augmentation des taux de recyclage des bétons provenant de constructions démolies. Le rapport cite en exemple l’Allemagne et son taux de recyclage de 87%.

En France, la pratique est encore balbutiante et la fédération du bâtiment s’est engagée à un taux de 20% dès 2025. La profession s’appuie sur un programme de recherche baptisé Recybéton.

Le PNUE préconise enfin une réorganisation de la filière d’extraction et de commercialisation de ces matériaux pour plus de transparence afin d’en écarter le crime organisé.

Loïc CHAUVEAU - © Sciences et Avenir (abonnés)

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