La France interdit la pêche électrique dans ses eaux territoriales

Interdite en Europe depuis 1998 mais bénéficiant de dérogations à titre expérimental, la pratique de la pêche électrique, jugée destructrice pour la faune et les fonds marins, sera désormais prohibée dans les eaux territoriales françaises.

R4x3w1000 5a54cf67a73a0La pêche électrique consiste à faire passer un courant de 10 volts dans les chaînes situées le long du chalut. © Reuters

Interdite depuis 1998 par un règlement en faveur de la conservation des ressources marines, la pêche électrique bénéficiait toutefois de dérogations à titre expérimental octroyées par la Commission européenne depuis 2006.

Le cri d’alarme de certains pêcheurs, des ONG et des scientifiques, qui dénoncent depuis de longues années une méthode hyper efficace ayant un impact trop lourd sur la ressource, aura finalement été entendu.

L’Assemblée nationale a voté jeudi 10 mai à l’unanimité l’interdiction de la pêche électrique dans les eaux territoriales françaises, anticipant l’interdiction générale dans l’Union européenne en 2021.

Les députés ont voté par 54 voix une proposition de loi portée par l’élu du Finistère Erwan Balanant (MoDem), cosignée par 135 députés de tous bords, avec le soutien du gouvernement. Elle doit désormais être validée par le Sénat pour que l’interdiction entre en application, dans la limite fixée des 22,2 km au large des côtes.

Interdite en Chine, au Brésil et aux USA

La pêche électrique consiste à envoyer depuis un chalut des impulsions électriques dans le sédiment pour y capturer des poissons vivant au fond des mers.

Peu usitée en France, elle est toutefois en plein essor en Mer du Nord, en particulier aux Pays-Bas, où l’on trouve ses principaux partisans en Europe. Selon eux, la pratique de la pêche électrique se justifie par le fait que les populations de poissons ont tellement diminué que la «simple» pêche ne permet plus d’amortir les coûts engagés.

0b448137 570b 47c5 875e 3d6aa0421865 jpegLa pêche électrique en mer. © Vincent LEFAI / AFP

Mais pour les détracteurs de cette technologie – déjà interdite en Chine, aux États-Unis et au Brésil –, elle ne fait en réalité qu’accélérer l’effondrement de la ressource.

En signe de protestation, des pêcheurs des Hauts-de-France ont récemment porté plainte contre des bateaux néerlandais. En 2018, le directeur scientifique de l’ONG Bloom, Frédéric Le Manach, expliquait que cette méthode «destructrice» mettait en péril «le tissu social et économique des côtes françaises (...), car elle touche tous les poissons, y compris les œufs et les juvéniles».

Le ministre de la Transition écologique François de Rugy a salué cette «initiative parlementaire» d’interdiction, soulignant notamment l’enjeu de «protection de la biodiversité marine», quelques jours après la publication du rapport alarmant de l'IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), dont le constat est sans appel : «La nature décline de façon globale et à des rythmes sans précédent dans l'histoire humaine.»

Les changements d’usage de la mer figurent d’ailleurs parmi les principaux facteurs qui affectent la nature, d’après les experts.

Marie PRIVÉ - © GEO - https://www.geo.fr/environnement/la-france-interdit-la-peche-electrique-dans-ses-eaux-territoriales-195591

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