Ces mouches qui vont révolutionner la pisciculture… mais pas que

Les larves de mouches minutieusement sélectionnées recyclent les déchets organiques pour en faire de l'engrais et de la nourriture destinée à l'élevage et à l’aquaculture. Un système qui pourrait à terme augmenter de manière écologique les rendements agricoles.

Le concept de la start-up japonaise Musca semble sorti d'un polar rétrofuturiste sur fond de guerre froide. Grâce à un élevage sélectif, une espèce de mouches - la musca domestica - sélectionnée par les scientifiques à l'époque de l'URSS pour les voyages sur Mars, elle ambitionne, ni plus ni moins, de résoudre des crises alimentaires dans le monde.

Comment ?

En permettant aux larves de décomposer les déchets organiques, puis en transformant ces insectes en nourriture pour le bétail et les poissons. La dorade rouge nourrie par les larves Musca aurait une couleur plus vive et serait en moyenne 40% plus grosse, selon les études de l'Université Ehime (Japon). Des résultats qui semblent prometteurs, quand on sait que l'aliment principal qui sert à nourrir les poissons d'élevage est... la farine de poisson.

Les excréments des larves sont aussi utilisés comme engrais. Ils sont tout à fait efficaces, selon des travaux de l'Université de Miyazaki, sur la culture de radis et des concombres. La croissance des végétaux serait remarquable. Une hausse du taux de vitamines et de sucre est aussi notée selon ces mêmes recherches.

Forte de ces résultats, la firme Musca veut augmenter le rendement des cultures tout en répondant à un constat alarmant que mettent en avant de nombreux chercheurs: la production alimentaire mondiale actuelle est une catastrophe écologique.

Avec l'augmentation de la population dans le monde, elle risque de gravement peser sur la pollution et sur le climat. Pour nourrir la planète dans les décennies à venir, notamment les populations les plus fragiles, le système de la start-up nipponne basé sur l'économie circulaire a le mérite de réutiliser les déchets alimentaires pour en faire de la matière première tout en étant écologique: pas de produits chimiques, pas de rejets de CO2...

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Les larves, destinées à l'élevage et à la pisciculture. © Musca INC

«Il s'agit aussi de créer de nouvelles sources de revenus pour les producteurs. De nombreux agriculteurs souhaitent travailler avec nous», affirme Yuya Roy Komatsu, le directeur en charge des relations internationales, qui était en visite en France. Musca propose à des entreprises de restauration, de gestion des déchets, ou des fermes agricoles d'installer leur propre station de recyclage et s'engage à leur racheter les larves et le compost qu'elles produisent.

D'où viennent ces fameuses mouches ?

À la chute de l'Union soviétique, les scientifiques ont revendu leurs brevets et le fruit de leurs recherches à de nombreux entrepreneurs, notamment japonais. L'élevage sélectif de mouches choisies pour le voyage spatial dans le contexte de la guerre froide a ainsi été poursuivi au Japon pendant 45 ans.

Cette espèce de mouche est dotée d'une résistance accrue aux environnements surpeuplés, garantissant un taux d'éclosion élevé et une vitesse de croissance au-dessus de la moyenne. «Les différences entre nos mouches et les autres? Comme celles entre une Ferrari et une voiture basique», s'amuse Yuya Roy Komatsu. Après 1100 générations de sélection, les mouches sovietico-japonaises sont prêtes.

Et maintenant ?

Reste la question de la sécurité alimentaire. Au Japon, la sûreté des produits Musca a été testée et approuvée par l'agence de Sciences et de technologie et il n'y a pas d'obstacle à leur mise en circulation. La production à grande échelle sera lancée au mois de mars dans des locaux situés dans la préfecture de Kyushu. Ce qui n'est pas le cas pour l'Europe. Musca se heurte pour l'instant à un obstacle législatif concernant la nourriture pour animaux.

Les créateurs tentent de promouvoir et d'exporter leur concept et leurs produits, déjà récompensés dans de nombreux prix au Japon (Wired Audi Innovation Award 2018, TechCrunch Japan Tokyo 2018) et à l'international (Helsinki Award lors du SLUSH 2018). La championne des start-up du Japon se base sur la philosophie nipponne de «sampo yoshi»: bénéfique à l'acheteur, bénéfique au vendeur, bénéfique à la société».

Paul CARCENAC - © Le Figaro - http://www.lefigaro.fr/societes/2019/01/28/20005-20190128ARTFIG00007-des-mouches-d-ex-urss-pour-s-attaquer-a-la-faim-dans-le-monde.php

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