Méduses: une gélification mondiale des océans ?

Les côtes australiennes ont été prises d’assaut par des méduses au début de ce mois de janvier, ravivant les craintes de prolifération de ces animaux dans les océans.

Meduses 1

Début janvier, les côtes australiennes situées au nord-est de l’île ont été envahies par des physalies, ces animaux proches des méduses. Le nombre de blessés avait battu un record : en un mois, 22 282 personnes ont dû recevoir un traitement, contre 6 831 sur la même période l’année dernière.

Ces incidents ne font qu’accentuer les craintes d’une «gélification des océans». Mais y a-t-il vraiment une prolifération des méduses ?

«C’est très dur à dire», nuancent les spécialistes. «Si les scientifiques sont tous plus ou moins persuadés qu’il y a de plus en plus de méduses, nous ne pouvons pas l’affirmer, à cause du manque de données historiques et du manque de soutien à la recherche sur le sujet, détaille Fabien Lombard, enseignant-chercheur à l’Institut de la mer de Villefranche-Sorbonne Université-CNRS. Mais nous savons que depuis 1993, nous n’avons que des années à méduses, c’est-à-dire qu’il y a des méduses non-stop toute l’année.»

2019 01 24 17h08 41Selon Pierre-Yves Bouis, biologiste, il y a des cycles plus ou moins favorables aux méduses. © Torsten BLACKWOOD / AFP

Plusieurs causes peuvent expliquer cela, comme la disparition des prédateurs due à la surpêche. «Les thons par exemple, se nourrissent de méduses. Mais comme il y a moins de prédateurs, les méduses se développent», précise Dominique Barthelemy, conservateur adjoint en charge du milieu vivant à Océanopolis à Brest (Finistère). La surpêche serait aussi responsable de la baisse du nombre de «compétiteurs : le nombre d’animaux se nourrissant de plancton diminue, en laissant davantage aux méduses», complète Pierre-Yves Bouis, biologiste à la Cité de la mer, à Cherbourg (Manche).

«Les méduses excellent en reproduction»

Plus étonnant, la pollution ne dérange pas autant les méduses que les autres animaux marins, bien au contraire : «La pollution (souvent engrais, nitrates, phosphates) augmente la production des algues planctoniques : il y a donc plus d’algues et par conséquent plus de planctons, ce qui veut dire plus de proies pour les méduses», résume Fabien Lombard.

Plus de nourriture, moins de prédateurs… Les conditions sont optimales pour que les méduses se développent tranquillement. «En biologie, c’est très simple, il n’y a qu’une seule phrase à apprendre : manger sans être mangé pour se reproduire. Si vous oubliez une partie de la phrase, vous disparaissez. Mais les méduses excellent en reproduction : deux méduses peuvent donner naissance à des millions de descendants», explicite Pierre-Yves Bouis.

Des méduses apparues il y a 600 millions d’années

Le réchauffement climatique, et plus particulièrement ici, de l’eau, pourrait également accélérer le développement de ces animaux apparus il y a 600 millions d’années. Fabien Lombard, lui, explique plutôt la présence anormalement élevée des méduses en Australie en janvier par un phénomène climatique bien particulier : El Niño. «Il y a deux zones dans l’océan Pacifique : une d’eau froide, le long de la Californie, du Pérou… et de l’autre côté, il y a «la piscine d’eau chaude». Parfois, il y a une inversion : une espèce de vague chaude traverse le Pacifique. C’est ce qu’on appelle El Niño. Avec ce phénomène, la température globale peut augmenter de 0,5-0,8 degrés.»

Mais l’Australie est loin d’être le seul pays pris d’assaut par les méduses : «Les méduses ont colonisé tous les océans, de l’eau glacée aux eaux chaudes, il y en a partout. C’est un animal opportuniste installé dans les océans depuis des millénaires», affirme le biologiste de la Cité de la mer.

Alors, concrètement, peut-on parler d’une invasion de méduses ? «On peut parler d’un cycle remarquable, qui, s’il se produit encore plusieurs années de suite, montrera qu’il y a un déséquilibre océanique, poursuit-il. Mais cela peut aussi se rééquilibrer, si les prédateurs reprennent le dessus.»

Léa VIRIET - © Ouest France - https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/43203/reader/reader.html?utm_source=neolane_of-eds_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=lienarticle&utm_content=20190122#!preferred/1/package/43203/pub/62616/page/6

Lire aussi :

Des méduses géantes venimeuses débarquent sur les plages britanniques

Les méduses pourraient compromettre les écosystèmes des océans

Traquer les méduses grâce au poisson-lune

Ajouter un commentaire